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  • 14 janvier 2020  à 20:13
  • Temps de lecture: 7 minutes
  • CULTUREEssaouira: Haut lieu des « Street Arts »

    Essaouira: Haut lieu des « Street Arts »
    Essaouira: Haut lieu des "Street Arts''

    Espace incontournable de villégiature et de détente, la ville d’Essaouira où se croisent et se mêlent, en toute spontanéité et symbiose, différents modes d’expression culturelle et artistique, se veut sans nul doute, un haut lieu des « Street Arts », un art « vivant », « coloré » et « proche » de tous.

    Prendre le temps de musarder dans les petites ruelles de « Mogador », en quête de découverte et d’immersion au cœur de l’histoire rayonnante de cette belle cité, est un plaisir de tous les jours, dès que les curieux visiteurs, se trouvent accompagnés, le temps d’une ballade, de différents rythmes et sonorités de groupes musicaux qui investissent différents espaces de la ville.

    A Essaouira, les « Street Arts » ne se réduisent pas uniquement à des prestations musicales et rythmiques, bien plus : il s’agit aussi d’une invitation à découvrir l’art plastique et ses belles couleurs, à la découverte des histoires de conteurs, en passant par les jeux de feux et les acrobaties pour ne citer que quelques formes d’expression artistiques.

    Pour ce qui est de la musique de rue, à travers des sonorités et chants de la musique amazighe avec des « Rwayess » (chefs de troupes), de la musique moderne dite de « la nouvelle génération », de la musique arabe et des rythmes Gnaoua, en passant par les musiques du monde : Rock, Reggae, Slow, musique africaine…etc, la Place Moulay El Hassan, la place « Al Khayma », ou encore les allées du Menzah, se transforment, chaque jour, en scènes de spectacles à ciel ouvert et ce, pour le bonheur de tous.

    Approché par la MAP, M. Abdallah Cheikh, critique d’art, a fait savoir qu’à l’instar de plusieurs villes marocaines, le paysage artistique souiri est, désormais, marqué ces dernières années par des manifestations créatives des Street Arts, suivies par un large public, notant qu’il s’agit d’un art urbain fondé sur la théâtralité et les improvisations éphémères.

    « On assiste dans les places emblématiques de la cité des Alizés à des animations musicales et des shows théâtraux présentés par des jeunes créateurs provenant de plusieurs régions marocaines, souvent en compagnie d’artistes étrangers issus des quatre coins du monde », a-t-il dit.

    Pour M. Cheikh, également professeur de l’histoire de l’Art à l’Ecole des beaux arts de Casablanca, les Street Arts ont pour but de créer une forme d’art spectaculaire qui échappe aux conventions traditionnelles des musées, des galeries et des centres culturels, estimant que ce qui intéresse ces acteurs, c’est aussi l’altération de l’œuvre vivante en plein air par les imprévus de l’entourage collectif sans qu’ils en gardent le contrôle.

    « J’ai été impressionné par cette forme d’art récente à Essaouira dans laquelle les actions d’un individu ou d’un groupe, dans l’espace urbain partagé et à un moment donné, constituent une œuvre d’art », s’est-il réjoui, expliquant que ces performances, qui peuvent être réalisées n’importe où et à tout moment, mettent en action différentes pratiques artistiques contemporaines exécutées particulièrement dans la rue ou dans des endroits publics, et englobent diverses techniques telles que le graffiti rapide sur mur, les installations….etc.

    Dans ce sens, il a tenu à souligner que la ville d’Essaouira est hautement reconnue pour son art urbain, doté d’une très longue histoire multiple et complexe, faisant observer que les premiers tags, les graffitis et les fresques en demeurent le grand témoignage.

    L’appropriation par le « Street Artist » d’un lieu public avec à vocation esthétique est née à la conjonction de mouvements esthétiques et d’un contexte socioculturel dynamique et propre à cette ville dite carrefour des cultures et des religions, a relevé M. Cheikh.

    Il a, en outre, estimé qu’étant donné qu’une partie des arts urbains a gagné une vocation esthétique, il est temps que la ville d’Essaouira envisage l’organisation de symposiums et de festivals pour contribuer à la promotion et au développement de cet art qui s’est déplacé de l’objet spécialisé en espaces officiels et conventionnels vers l’environnement urbain réel.

    « Je suis convaincu que toutes les expérimentations d’intégration de l’art dans la ville vont impulser la création de plusieurs œuvres, dont celles d’artistes créateurs de renom, considérés comme des précurseurs de l’art urbain », a-t-il ajouté.

    A ses yeux, il s’agit de la meilleure façon pour valoriser l’art urbain à Essaouira en tant qu’initiative individuelle ou collective, à savoir que la tendance aujourd’hui est plutôt « l’institutionnalisation » du Street Art, qui a actuellement sa place dans les galeries, les musées, les salles de ventes ou sur des façades monumentales.

    Justement pour mettre en valeur cet art qui contribue, sans nul doute, à l’animation artistico-culturelle de la cité des Alizés, une initiative singulière, baptisée « Mogador Street Art », avait été lancée en janvier 2019 par le Conseil provincial du Tourisme d’Essaouira (CTPE). Il s’agissait d’un concept novateur destiné à organiser les prestations des troupes de musique de rue.

    Ce programme mené dans le cadre des efforts visant l’animation touristique de la ville, traduisait l’engagement du CPTE dans le cadre de son plan d’action de renforcer davantage l’attractivité de cette cité.

     »Ce concept émane de la volonté d’organiser les prestations des différentes troupes musicales aussi bien locales qu’étrangères à la ville qui investissent les espaces publics de l’ancienne médina d’Essaouira », a expliqué de son côté M. Redwane Khanne, président du CPTE.

    L’approche consistait à organiser ces arts de la rue selon un planning bien défini et une répartition géographique tenant compte de l’importance des rues et espaces les plus prisés par les visiteurs de la cité des Alizés, a-t-il indiqué.
    Pour M. Khanne, grâce entre autres aux Street Arts, « Essaouira confirme sa place de choix sur l’échiquier des destinations culturelles et créatives en mettant en avant sa dimension incontournable comme havre de paix, d’accueil, de tolérance et de brassage des cultures », notant que tous ces atouts confèrent à Essaouira cette capacité inégalable à accueillir des artistes et des musiciens des quatre coins du Monde afin de jouir de ce lieu de prédilection, de médiation et d’inspiration.

     »Mogador Street Music » ambitionne donc de restructurer et de réorganiser l’animation artistique au niveau des places publiques et ruelles de la Médina.

    Avec ce concept, non seulement les jeunes musiciens ont l’opportunité d’agir dans un cadre bien structuré, à même de leur permettre de mettre en avant leur talent artistique devant un public issu des quatre coins du monde, mais contribuent à garantir une animation artistique continue tout au long de l’année.

    Dans le cadre de la mise en exécution de ce programme, le CPTE a veillé à offrir à certaines troupes musicales des costumes traditionnels aux couleurs illustrant l’ambiance de la ville à savoir : le bleu et le blanc mais aussi, ceux du drapeau national (rouge et vert). L’objectif étant de permettre une meilleure présentation et présence sur scène des artistes bénéficiaires.

    Avec un rayonnement phare à l’international suite à deux récentes distinctions au cours de l’année 2019, après son inscription dans le réseau mondial des villes les plus créatives par l’UNESCO, et la classification de l’Art Gnaoua comme patrimoine immatériel de l’humanité, la cité des Alizés qui joue désormais dans la Cour des grands, semble offrir aux Street Arts la meilleure scène non seulement pour continuer de s’exprimer mais aussi, pour se développer davantage à l’avenir.

    Samir Lotfy

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