Maroc-Espagne : Madrid rejette le gel des accords avec Rabat face à une offensive politique et médiatique
Après plus de 70 jours de crise à Sebta, Madrid rejette le gel des accords UE-Maroc malgré la pression politique et médiatique du PP

La Vérité
Plus de sept semaines après la crise de Sebta, la pression contre Rabat se poursuit en Espagne. Mais le gouvernement de Pedro Sánchez refuse de transformer les tensions migratoires en rupture commerciale, rappelant le caractère stratégique du partenariat avec le Maroc.
La crise migratoire qui a secoué Sebta les 30 et 31 juillet continue de produire des effets politiques en Espagne. Plus de sept semaines après les événements, le dossier reste au centre d’une intense séquence politique et médiatique, avec le Parti populaire espagnol en première ligne contre le gouvernement de Pedro Sánchez et contre la relation avec Rabat.
La proposition visant à suspendre ou geler les accords commerciaux entre l’Union européenne et le Maroc s’inscrit dans cette dynamique. Le gouvernement espagnol s’y oppose clairement. Le ministre de l’Agriculture, de la Pêche et de l’Alimentation, Luis Planas, a qualifié cette perspective d’« immense erreur » et d’« une véritable absurdité », soulignant le caractère stratégique du partenariat avec le Maroc pour l’Espagne.
Le contraste est désormais manifeste. Alors que l’opposition espagnole cherche à prolonger politiquement les conséquences de la crise de Sebta, l’exécutif de Madrid défend le maintien des canaux de coopération avec Rabat. Pour le gouvernement espagnol, les intérêts économiques, migratoires et sécuritaires qui lient les deux pays ne peuvent être sacrifiés à une logique de confrontation.
Une pression qui se prolonge
Depuis la crise de juillet, le discours du PP s’est durci. Alberto Núñez Feijóo a affirmé que l’opération « était partie du Maroc » et qu’elle aurait été « consentie » ou coordonnée par Rabat, tout en accusant le gouvernement espagnol de ne pas avoir réagi suffisamment aux alertes disponibles.
Le 7 septembre, Feijóo et le président de Sebta, Juan Jesús Vivas, ont encore accusé Rabat d’avoir organisé l’arrivée massive de migrants afin d’obtenir des concessions de Madrid. Ces accusations ont contribué à maintenir le dossier au premier plan du débat politique espagnol.
Cette offensive politique s’accompagne d’une forte exposition médiatique du dossier. Des débats, tribunes et déclarations continuent de présenter la crise sous l’angle de la sécurité, de la souveraineté et d’une supposée instrumentalisation de la migration. Le Parlement européen s’est lui-même saisi du sujet, avec une résolution adoptée le 17 septembre.
Rabat a rejeté ces accusations et dénoncé une escalade jugée « irrationnelle et populiste ». Le Maroc a également rappelé, par voie diplomatique à Bruxelles, sa lecture des événements et son engagement dans la coopération migratoire.
Madrid refuse de casser le partenariat
Malgré cette pression, Madrid maintient donc une ligne différente. Luis Planas a insisté sur l’importance des relations commerciales avec le Maroc, notamment pour l’agriculture et la pêche. L’Espagne demeure un partenaire économique majeur du Royaume et le ministre espagnol défend également la reprise du dialogue autour de l’accord de pêche.
La question dépasse d’ailleurs largement les échanges commerciaux. Migration, sécurité, agriculture, pêche, investissements et relations humaines constituent aujourd’hui un ensemble étroitement lié entre Rabat et Madrid.
C’est précisément ce qui donne à la séquence actuelle une dimension particulière. Après plus de 70 jours, la crise de Sebta n’est plus seulement un dossier migratoire : elle est devenue un terrain de confrontation politique et médiatique en Espagne. Mais le gouvernement espagnol refuse, pour l’heure, d’en tirer la conséquence d’une rupture avec Rabat.
Pour le Maroc, cette évolution montre surtout que la bataille autour de Sebta se joue désormais autant dans l’espace politique et médiatique que dans les relations diplomatiques. Et malgré les tentatives de certains acteurs de faire de la crise un nouveau point de rupture, Madrid continue officiellement de défendre le caractère stratégique de son partenariat avec Rabat.

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