Entretien avec Jaouad Boumaajoune* : Un Master en Stratégies de la Communication Digitale pour joindre le professionnel et l’éthique
LA VÉRITÉ
Dans cet entretien éclairant, nous explorons les enjeux de la communication digitale avec le Professeur Jaouad Boumaajoune, Enseignant-chercheur et Chef du Département de Communication à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Tétouan. Également Coordonnateur du Master « Stratégies de la Communication Digitale », le Professeur Boumaajoune aborde la nature même de la communication digitale, qu’il décrit comme un pouvoir capable de construire comme de manipuler.
Au cours de cette discussion, il partage sa vision sur l’importance de former des professionnels conscients de cette responsabilité. L’entretien mettra en lumière le rôle central de la communication au sein des sciences humaines, l’adaptation constante du département face aux évolutions rapides du numérique et des technologies de l’information, et la pertinence d’un Master conçu pour allier réflexion théorique et compétences techniques solides, tout en insistant sur le volet critique et éthique de la formation.
Q : Bonjour professeur, merci de nous recevoir. Vous êtes chef du Département de Communication à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Tétouan. Dites-nous, quel rôle joue aujourd’hui la communication dans les sciences humaines ?
R : Bonjour, et merci à vous. La communication est devenue une discipline centrale dans les sciences humaines. Elle fait le lien entre les savoirs académiques et les réalités sociales, culturelles, médiatiques. Elle permet d’analyser les discours, les représentations, les usages des médias, mais aussi de former les futurs professionnels de la médiation, des médias et de la communication institutionnelle.
– Comment votre département s’adapte-t-il aux évolutions rapides du numérique et des technologies de l’information ?
– C’est un défi permanent. Nous avons intégré dans nos formations des modules sur la communication digitale, les médias sociaux, la stratégie de contenu ou encore l’intelligence artificielle. Mais nous veillons toujours à maintenir une base théorique solide, car comprendre les mutations actuelles nécessite des outils d’analyse issus des sciences sociales, de la sémiologie, de la sociologie ou encore de la philosophie du langage.
– Certains estiment que la communication, dans sa forme actuelle, devient de plus en plus superficielle, dictée par les tendances et le « buzz ». Quel est votre avis sur cette critique ?
– C’est une critique récurrente, et elle n’est pas sans fondement. Le risque, effectivement, c’est de céder à une logique de visibilité à tout prix. Mais la communication n’est pas condamnée à être superficielle. C’est aussi un espace de réflexion critique. À l’université, justement, nous apprenons aux étudiants à prendre du recul, à questionner les discours dominants, à analyser les mécanismes de manipulation, à déconstruire les récits médiatiques.

– Vous coordonnez un Master en Stratégies de la Communication Digitale. Pourquoi avoir créé une telle formation au sein d’une faculté des lettres et des sciences humaines ?
– L’idée de ce Master est née d’un constat clair : la communication digitale est aujourd’hui au cœur des dynamiques sociales, culturelles, économiques et même politiques. Or, pour comprendre ces transformations et y contribuer de manière stratégique, il faut des profils à la fois analytiques, créatifs et critiques. La faculté des lettres et des sciences humaines est l’endroit idéal pour croiser ces approches, en alliant la réflexion théorique à des compétences techniques solides.
– Concrètement, quels sont les grands axes que vous abordez dans cette formation ?
– Le programme repose sur trois grands piliers. D’abord, la stratégie de communication : positionnement des marques, storytelling digital, gestion de l’image. Ensuite, les outils numériques : réseaux sociaux, création de contenus, SEO/SEA, web design. Enfin, un volet critique et éthique : analyse des discours numériques, régulation, protection des données, lutte contre la désinformation. Nos étudiants apprennent à penser avant d’agir.
– Quels types de profils intégrez-vous dans ce Master ? Et quelles qualités attendez-vous d’eux ?
– Nous accueillons des étudiants issus des sciences humaines, des lettres, des sciences juridiques, économiques et sociales, de la communication, du journalisme, parfois même du marketing ou de l’informatique. Ce que nous cherchons, ce sont des personnes curieuses, ouvertes, capables de réflexion critique et prêtes à apprendre en continu. La communication digitale évolue très vite, donc l’adaptabilité est essentielle.
– Justement, dans un univers numérique en mutation permanente, comment assurez-vous la mise à jour du contenu pédagogique ?
– C’est un travail constant. Nous collaborons avec des professionnels du secteur, intégrons des études de cas récentes, et organisons régulièrement des ateliers pratiques, des masterclasses ou des conférences. De plus, nous encourageons fortement les stages et les projets réels en entreprise, qui permettent aux étudiants d’être directement confrontés aux enjeux actuels.
– En parlant d’enjeux, quels sont selon vous les défis majeurs de la communication digitale aujourd’hui ?
– Il y en a plusieurs. D’abord, la saturation informationnelle : capter l’attention dans un monde saturé de contenus est un vrai défi. Ensuite, l’éthique : la frontière entre influence, manipulation et information devient floue. Et bien sûr, l’arrivée massive de l’intelligence artificielle dans la production de contenu, qui bouleverse les méthodes traditionnelles. Mais tout cela crée aussi des opportunités nouvelles pour celles et ceux qui savent conjuguer stratégie, sens et innovation.
– Quelles sont les perspectives professionnelles pour vos diplômés ?
– Elles sont très variées. Nos diplômés sont prêts à devenir des chargés de communication digitale, des social media managers, des gestionnaires de contenu, des consultants en stratégie numérique, des responsables marketing digital ou encore des cadres de la fonction publique. Certains peuvent poursuivre en doctorat ou créer leur propre structure de travail. Le monde professionnel est dynamique, et il attend des profils capables de penser, d’analyser et de communiquer de manière responsable.
– Et justement, comment préparez-vous vos étudiants à concilier communication professionnelle et éthique ?
– Nous insistons sur l’éthique dès le premier semestre. Que ce soit à travers des séminaires, des études de cas ou des stages, nous encourageons une approche critique. La communication est un pouvoir : elle peut construire comme elle peut manipuler. Notre rôle est de former des professionnels conscients de cette responsabilité.
– Pour conclure, comment voyez-vous l’avenir de la communication dans les sciences humaines ?
– Je le vois comme un avenir riche, complexe, mais porteur de sens. La communication va continuer à se transformer, à se technologiser. Mais il faudra toujours des esprits capables de comprendre les enjeux humains, culturels et politiques qui y sont liés. Et c’est justement la vocation de notre département.
– Merci beaucoup pour cet échange éclairant, professeur.
– Merci à vous. C’est toujours un plaisir de mettre en valeur le travail de l’université dans ce domaine en pleine expansion.
* Jaouad Boumaajoune est enseignant-chercheur à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Tétouan, Chef du Département de Communication, Coordonnateur du Master « Stratégies de la Communication Digitale ».
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