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Enseignants : le métier à réformer

Les écoles pionnières ont introduit des méthodes communes, des évaluations régulières et un accompagnement renforcé. Leur efficacité dépendra désormais de la formation des enseignants, de leur autonomie et de la qualité du suivi pédagogique.

Par Hamza Abdelouaret


À 15 ans, 23 % des élèves marocains atteignent le niveau minimal attendu en sciences. Ils sont 16 % en mathématiques et 13 % en compréhension de l’écrit. Les résultats de PISA 2025 donnent ainsi une mesure précise des difficultés accumulées par le système éducatif. Le Maroc obtient 358 points en sciences, 357 en mathématiques et 353 en lecture. Les élèves capables d’atteindre les niveaux les plus élevés représentent une proportion statistiquement presque nulle dans les 3 disciplines.

Ces résultats évaluent une génération formée avant le lancement des écoles pionnières. Ils dressent le bilan du système antérieur et fournissent le point de comparaison à partir duquel la réforme actuelle devra être jugée. Leur lecture demande également une précision importante. Entre 2018 et 2025, le nombre de jeunes Marocains de 15 ans susceptibles de participer à PISA a augmenté de plus de 30 %, alors que la population de cet âge est restée relativement stable. L’enseignement secondaire accueille donc davantage d’élèves auparavant éloignés de l’école. Cette progression de la scolarisation modifie la composition de l’échantillon et explique une partie de la baisse enregistrée.

La difficulté demeure considérable. Entre 2022 et 2025, les performances ont reculé en mathématiques et en lecture, tandis qu’elles sont restées globalement stables en sciences. Par rapport à 2018, la proportion d’élèves sous le niveau minimal a augmenté de 8 points en mathématiques, de 14 points en lecture et de 8 points en sciences.

Ces données conduisent directement au métier d’enseignant. La réforme prend une forme concrète lorsque le professeur doit expliquer une notion, observer les réactions de ses élèves, identifier une incompréhension et choisir la méthode adaptée. Les programmes, les référentiels et les outils d’évaluation organisent ce travail. La qualité de l’apprentissage dépend ensuite de milliers de décisions prises chaque jour dans les classes.

PISA apporte sur ce point un constat qui mérite attention. Au Maroc, 73 % des élèves déclarent que leur professeur de sciences s’intéresse à l’apprentissage de chacun. Ils sont 76 % à affirmer que l’enseignant poursuit son explication jusqu’à ce que les élèves comprennent et 76 % à recevoir une aide supplémentaire lorsqu’ils en ont besoin. Ces proportions se situent au-dessus de plusieurs moyennes internationales.

Le soutien pédagogique existe donc dans les classes, alors que les acquis restent très faibles. Ce contraste oriente l’analyse vers la formation, les conditions de travail, les ressources disponibles et l’organisation de l’enseignement. Il montre aussi que l’engagement individuel du professeur produit difficilement ses effets lorsqu’il intervient dans un cadre où s’accumulent les retards scolaires, les écarts de niveau et les contraintes matérielles.

L’enquête internationale TALIS 2024, consacrée aux enseignants et aux chefs d’établissement, complète le diagnostic. Elle décrit un corps enseignant marocain relativement jeune. L’âge moyen s’établit à 39 ans, contre 45 ans dans les pays comparés. Près de 24 % des professeurs ont moins de 30 ans, contre 10 % en moyenne. Le Maroc dispose ainsi d’une génération susceptible d’exercer pendant plusieurs décennies. La qualité de sa préparation aura un effet durable sur le système éducatif.

Or, parmi les enseignants récemment diplômés, 64 % jugent leur formation initiale de bonne qualité, contre 75 % en moyenne dans les pays étudiés. Cet écart concerne précisément la période durant laquelle se construisent les gestes professionnels : préparer un cours, transmettre une notion, gérer une classe, évaluer une compétence et adapter l’enseignement aux différents profils.

La formation continue rencontre elle aussi des obstacles clairement identifiés. Au Maroc, 74 % des enseignants évoquent le manque d’incitations et la même proportion le manque de soutien de leur employeur. Pour 57 %, les horaires des formations entrent en conflit avec leur emploi du temps. Chez les débutants, 64 % signalent également l’éloignement géographique des dispositifs proposés.

La professionnalisation du métier exige donc une organisation stable. La formation doit être accessible pendant le temps professionnel, reliée aux difficultés rencontrées en classe et suivie d’un accompagnement. Une session ponctuelle transmet des consignes. Un parcours organisé construit une compétence, vérifie son acquisition et permet à l’enseignant de l’appliquer dans plusieurs situations.

Les écoles pionnières répondent à une partie de cette difficulté. Lancé en 2023 dans 626 établissements primaires, le programme a ensuite été étendu à 2 500 écoles, puis à 4 000 durant l’année scolaire 2025-2026. Il repose sur des évaluations initiales, des activités de remédiation selon le niveau réel des élèves, l’enseignement explicite, des supports communs et un suivi régulier.

Cette méthode apporte une cohérence qui faisait défaut. Deux élèves inscrits dans des écoles différentes doivent pouvoir bénéficier d’exigences pédagogiques comparables. Les guides donnent aux enseignants une progression claire et réduisent les écarts liés à la préparation initiale. Ils permettent également de concentrer le travail sur les apprentissages fondamentaux.

Le mode d’application déterminera cependant la portée de ces outils. TALIS indique que les enseignants marocains déclarent disposer d’une autonomie pédagogique inférieure à la moyenne internationale. Les chefs d’établissement signalent également une participation réduite des professeurs aux décisions concernant les programmes, les méthodes d’enseignement et les politiques internes.

Cette donnée modifie la lecture du débat sur les écoles pionnières. Les prescriptions pédagogiques arrivent dans un système où l’autonomie était déjà faible. Un guide très détaillé peut sécuriser le travail d’un enseignant débutant ou accompagner une opération de remédiation. Son utilisation permanente peut aussi installer une pratique fondée sur l’exécution, avec une capacité réduite à modifier le rythme, approfondir une notion ou choisir un autre exercice.

L’autonomie pédagogique correspond à une compétence professionnelle précise. Elle associe la maîtrise de la discipline, la connaissance des méthodes d’apprentissage, l’analyse des résultats et la capacité à décider en fonction de la classe. Elle s’exerce dans un cadre national et répond à des objectifs mesurables. La liberté du professeur trouve alors sa justification dans la qualité de ses décisions et dans les progrès de ses élèves.

Le contexte quotidien complique cette mission. Selon PISA 2025, 41 % des élèves marocains déclarent que le bruit et le désordre perturbent la majorité de leurs cours de sciences. Ils sont 36 % à estimer qu’ils travaillent difficilement durant ces séances. Du côté des enseignants, 70 % présentent la correction des travaux comme une source importante de stress, 68 % citent le nombre de cours et 67 % la discipline en classe.

Les ressources constituent une autre donnée concrète. Près de 69 % des élèves fréquentent un établissement dont la direction estime que le manque de matériel pédagogique affecte l’enseignement. La proportion atteint 52 % pour les infrastructures et 76 % pour le personnel d’accompagnement. La pénurie d’enseignants, elle, concerne les établissements accueillant 36 % des élèves, contre 56 % en 2022. Cette amélioration confirme l’effet des recrutements, tandis que les besoins en assistance pédagogique et en équipement restent élevés.

L’expérience jordanienne, souvent citée dans le débat, apporte surtout une indication de méthode. La professionnalisation y a été organisée autour de standards de compétences, de qualifications, de formation continue et de progression de carrière. L’amélioration des résultats d’un pays provient d’un ensemble de décisions maintenues dans le temps. La licence professionnelle constitue un instrument de contrôle et de reconnaissance. Sa valeur dépend du contenu de la formation, de la qualité de l’évaluation et de l’accompagnement proposé aux enseignants.

Pour le Maroc, la prochaine étape consiste à relier les écoles pionnières à une évolution complète du métier. Les méthodes communes peuvent répondre à l’urgence des apprentissages. La formation initiale doit ensuite préparer les enseignants à comprendre ces méthodes, à en mesurer les effets et à les adapter. La formation continue doit corriger les difficultés observées. L’évaluation professionnelle doit reconnaître les compétences acquises et orienter l’accompagnement.

L’évaluation des écoles pionnières peut commencer avant le prochain cycle de PISA. Les progrès réalisés après la remédiation doivent être vérifiés plusieurs mois plus tard afin de mesurer leur conservation. Les élèves doivent également être confrontés à des exercices différents de ceux utilisés durant l’apprentissage. Cette étape permet de distinguer la mémorisation d’une procédure de la maîtrise réelle d’une compétence. Le suivi doit aussi mesurer les écarts entre établissements, entre milieux urbain et rural et entre élèves de niveaux sociaux différents.

Le professeur pourra alors passer progressivement d’une méthode fortement guidée à une pratique fondée sur son expertise. Cette évolution donnera un sens concret à la professionnalisation : des connaissances solides, des compétences vérifiées, une autonomie accompagnée et une responsabilité mesurée à partir des apprentissages. La réforme de l’école marocaine prendra sa valeur dans cette transformation du métier.


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