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    LA VÉRITÉ / AFP

  • 22 janvier 2021  à 15:25
  • Temps de lecture: 4 minutes
  • INTERNATIONALEn Espagne, les hôpitaux paient cher les fêtes de Noël

    En Espagne, les hôpitaux paient cher les fêtes de Noël

    « Cela fait des semaines qu’il est compliqué d’avoir des lits disponibles », déplore Mapi Gracia, médecin à l’Hôpital del Mar de Barcelone qui se prépare à accueillir une patiente dans une unité de soins intensifs submergée par la nouvelle vague de la pandémie en Espagne.

    « Nous avons entamé la journée avec deux lits libres mais nous avons déjà une admission et nous attendons la deuxième. 100% de (l’unité de soins intensifs) va être de nouveau occupée », ajoute cette médecin de 43 ans, d’une voix résignée.

    Comme redouté, les fêtes de fin d’année, facilitées par l’assouplissement des restrictions, ont fait bondir les contagions à des niveaux record alors que l’Espagne compte déjà officiellement plus de 2,4 millions de cas et plus de 55.000 morts.

    Conséquence, selon les chiffres du gouvernement, le nombre d’hospitalisations et d’admissions en soins intensifs a grimpé respectivement de 82 et de 60% en seulement deux semaines, obligeant notamment l’installation d’hôpitaux de campagne à Valence (est).

    Face à la mer Méditerranée, l’Hôpital del Mar, créé en 1905 pour soigner les marins atteints de maladies infectieuses, consacre déjà quatre de ses douze étages aux patients Covid.

    Pour son directeur, Julio Pascual, « ce n’est pas le tsunami que nous avons vécu en mars ou avril, mais c’est pire que lors de la deuxième vague » de l’été et de l’automne.

    « En novembre, l’unité de soins intensifs n’était pas complètement pleine de patients Covid. Maintenant, si », ajoute-t-il depuis son bureau au sommet de l’hôpital, avec vue sur les plages barcelonaises.

    Dix étages plus bas, dans un concert de bips alertant sur l’état de patients pour la plupart intubés et inconscients, les personnels de l’unité de soins intensifs n’ont pas une seconde de répit.

    Ils allongent un patient sur le ventre pour faciliter sa respiration, scrutent une radio montrant des poumons blanchis par une pneumonie tandis qu’un kinésithérapeute fait bouger les membres d’une femme endormie.

    « Admission imminente », hurle l’interphone. « Avez-vous des bouteilles d’oxygène ? », « du matériel d’intubation ? », peut-on entendre tandis que huit soignants entourent une patiente arrivée sur un brancard.

    « Nous sommes fatigués, nous sommes dans la même situation depuis un an », soupire la Dr Gracia.

    « Nous savions qu’après Noël, cela allait se produire, car les restrictions n’étaient pas sévères » et « maintenant, nous ne savons pas jusqu’où ça ira », souffle la médecin qui espère que le système hospitalier « ne s’effondrera pas ».

    Hors du service de soins intensifs, la situation est la même.

    Après quarante jours d’hospitalisation, Dora Lopez, 71 ans, attend de pouvoir sortir. Arrivée mi-décembre « avec une forte fièvre », cette femme atteinte du Covid-19 a été dirigée peu après vers l’unité de soins intensifs.

    « Les premiers jours en soins intensifs, je n’en pouvais plus, j’étouffais », raconte Dora, qui terminera sa convalescence chez elle.

    Six sorties étaient prévues ce jour-là au sein du même étage mais déjà 13 nouveaux patients attendaient leur admission aux urgences.

    « Nous nous efforçons d’accélérer les sorties pour que l’hôpital ne s’effondre pas, mais il y a toujours plus de monde », explique Silvia Gomez, infectiologue.

    « Émotionnellement, nous sommes touchés, affectés. Et quand tu sors dans la rue, tu vois que les gens ne respectent pas (les normes sanitaires) et tu te sens incomprise, comme s’ils ne se rendaient pas compte de nos efforts », poursuit cette femme de 39 ans.

    Une étude menée par le centre de recherche du même hôpital auprès de 10.000 professionnels de santé espagnols a montré que 45% d’entre eux souffraient de troubles psychologiques à la fin de la première vague de la pandémie.

    28% présentaient des signes de dépression, un taux six fois plus élevé que dans la population générale, et 3,5% ont même pensé au suicide, explique le directeur de cette étude, Jordi Alonso.

    « Ici, nous avons tous pleuré. De nombreux collègues ont été très touchés. Et tant que tout ceci ne sera pas fini et que nous ne retrouverons pas un peu de normalité, ils continueront à en souffrir », confie Carla Molina, infirmière de 29 ans.

    Le début de la campagne de vaccination fin décembre leur permet au moins de commencer à voir la lumière au bout du tunnel.

    « Nous atteindrons cette lumière cette année, mais nous savons qu’en 2021, il y aura encore (…) une longue bataille à mener », prévient Julio Pascual.

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