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Emmanuel Macron se trompe d’époque

La volatilité du gaz à des effets secondaires très déroutants. Stupéfiants aussi. Il a suffi qu’un pipe-line ferme les vannes du côté de la vieille Russie pour que les turbines des centrales françaises s’avèrent très en deçà de la demande des populations. Quelle solution face à la récession, à la grogne sociale dans un climat politique très tendu pour une France qui tire la langue après avoir essuyé échec sur échec face à la pandémie, face aux revendications syndicales, face aux conditions de vie des étrangers, face aux scandales à répétition, avec un président de la République pas toujours serein, perdant le contrôle, qui s’emporte, balance des déclarations à l’emporte-pièce, nargue, provoque et finit par le mea culpa de façade pour rectifier la trajectoire du pétard mouillé qu’il a lancé!
Pas très professionnel tout ce manège alors que la France montre de graves signes de fin d’un cycle dont le président Macron semble être le dernier représentant avant que l’hexagone ne vie à droite une bonne fois pour toutes. Ce qui semble très proche.
Dans ce climat délétère, on le sait, les états en crise désignent toujours un ennemi à qui l’on fait endosser la responsabilité. Il devient l’ennemi et la cible. Ce qui est le cas du Maroc face à la politique française depuis au moins une bonne décennie. Motif? Le Maroc grignote beaucoup de terrain en Afrique. Le Maroc consolide ses liens stratégiques avec Washington. Le Maroc signe des accords importants avec Moscou. Le Maroc fructifie ses bonnes relations avec Pékin et Tokyo. Le Maroc monte au créneau et fait taire Madrid puis Berlin face à leurs équivoques positions sur le Sahara marocain. Le Maroc reprend ses relations avec Tel-Aviv et continue sur sa lancée mondiale pour achever 23 ans de travail de fond pour tourner une bonne fois pour toute cette fausse question de la marocanité du Sahara.
Tous ces éléments réunis expliquent sans ambages le désarroi du jeune président Macron. D’où la fausse affaire Pegasus, d’où la rupture des relations diplomatiques de la part d’Alger, d’où la zemmourisation des discours politiques anti marocain dans plusieurs médias français, d’où la fébrilité d’une Tunisie sans poids ni mesure pour finir avec la dernière visite du chef de l’Elysée au palais de la Mouradiya, qui a levé le voile sur les véritables intentions de la France à l’égard du Maroc. L’attaque est claire. L’hostilité est criarde. La trahison est consommée.

Une visite désastreuse

C’est la deuxième visite du président de la République française, Emmanuel Macron en Algérie. À chaque fois, c’est sous haute tension que le chef d’État français se rend à Alger. Cette fois encore, il doit éteindre le torchon qui brûle entre Alger et Paris, relancer les partenariats politiques et surtout économiques qui sont au point mort depuis plusieurs mois.
Cette visite officielle de trois jours et deux nuits à Alger et Oran, sous invitation du président algérien, Abdelmajid Tabboune, obéit au même lexique diplomatique de façade : «approfondir la relation bilatérale tournée vers l’avenir au bénéfice des populations des deux pays, à renforcer la coopération franco-algérienne face aux enjeux régionaux et à poursuivre le travail d’apaisement des mémoires », précise le communiqué de l’Élysée.
Mais au-delà des déclarations de base dans ce type de visite, il y a ce qui se joue dans les coulisses et qui sous-tend les véritables raisons de ce déplacement. Si la France parle volontiers de certaines exigences et ajustements qui doivent être mis en place par l’Algérie, du genre: «Il faudrait quand même qu’il y ait des gestes d’Alger sur un certain nombre de nos demandes que sont les laissez-passer consulaires, les affaires économiques». Le but unique et principal demeure l’approvisionnement en gaz, un gros problème posé pour Paris, depuis l’invasion de l’Ukraine par l’armée russe en février 2022. Il a suffi de six mois de grave crise énergétique pour que Paris change son fusil d’épaule et tend la main à une Algérie pourtant décriée depuis plus de trois ans par plusieurs membres du gouvernement Macron et par le président lui-même qui a multiplié les sorties provoquant l’ire des généraux algériens, qui mènent le pays à la baguette.
Dans ce sens, il ne faut pas oublier que l’Algérie demeure tout de même le troisième fournisseur de l’Europe en gaz. Et que pour la France, c’est un très bon super marché pour assurer une alimentation en flux tendu en hydrocarbures en France, l’un des pays européens, qui a lourdement payé la fracture énergétique causée par Vladimir Poutine, mettent à genoux toute une économie, qui tire la langue et ne sait plus comment s’en sortir étant 100/100 dépendante du pétrole et du gaz. Profitant de cette pénurie, la Sonatrach, le géant pétrolier et gazier public algérien, a même fait savoir, en février 2022, sa décision d’investir 40 milliards de dollars entre 2022 et 2026 dans l’exploration, la production et le raffinage du gaz. Autrement dit, Alger se positionne en sauveur des Européens, malgré le fait qu’elle ne peut en aucun cas répondre aux demandes européennes en gaz puisque la production ne suit pas, puisque jusqu’au 20 septembre 2022, les volumes de gaz de l’Algérie sont très limités et ne peuvent satisfaire tous les partenaires européens, d’où ce pion avancé par Paris, qui joue ici sur plusieurs tableaux. D’abord rétablir l’entente avec Alger, assainir le climat pourri entre les deux pays, et répondre aux conditions d’Alger dont le point nodal reste la question du Sahara et le conflit ouvert avec le voisin marocain. Quelle a été l’attitude du président Macron ? Une volte-face de la part de Paris, ce qui est une erreur politique lourde de sens pour la présence française dans une Afrique, qui a montré depuis plusieurs années qu’elle se passe du paternalisme de Paris se tournant vers des pays comme la Chine et la Russie, qui traitent les Africains de partenaires et non de vassaux.
La fin de cette Françafrique signifie aussi que Macron doit jouer aux équilibristes pour garder de bonnes relations avec Rabat et avec Alger. Ce qui est une équation inextricable. À moins d’opter pour le double-jeu, ce qui est une spécialité française affirmant une chose et faisant derrière les rideaux tout le contraire. Il faut bien se résoudre au fait que la Realpolitik peut souvent exiger ce type de flou, mais la situation de Macron aujourd’hui est plus qu’intenable. Il est obligé, dans un sens, de faire un geste fort vis-à-vis de l’Algérie tout en ménageant Rabat. Comment y arriver ? Il faut qu’il soit un fin négociateur doublé d’un grand stratège, promettant ce qu’il ne peut tenir en attendant une improbable fin de crise en Europe.
Il lui reste la carte des mouvements de protestation au cœur de l’Algérie. Le Hirak peut servir de contrepoids puisqu’au moins treize organisations de la diaspora algérienne attendent des positions claires d’Emmanuel Macron sur l’état actuel des droits humains en Algérie. Des organisations qui avancent des arguments de poids que Macron ne peut écarter sans faire un grand faux-pas politique : «Près de dix mille arrestations suivies d’au moins un millier de détentions provisoires abusives en violation du code pénal sont à l’actif de ce régime depuis le début des manifestations prodémocratie du Hirak, lancé en février 2019 (…) les quelques acquis obtenus au prix de décennies de lutte et d’engagement citoyen (…) sur la liberté d’expression, d’organisation, de manifestation, de presse et de l’activité politique sont en net recul, voire en voie de disparition», comme on peut le lire dans une déclaration conjointe de ces organisations. Il est fort à parier que le président français fera l’impasse sur cette épineuse question des droits de l’Homme, dans un régime totalitaire, dirigé par une junte militaire, qui le crie haut et fort aux yeux du monde, et en toute impunité. Mais le président Macron a détourné le regard. Il a demandé l’approvisionnent en gaz avec en contre-partie un conflit ouvert avec Rabat oubliant que le Maroc se passe déjà d’une France empêtrée dans ses contradictions et ses anachronismes, une France en grave crise, au bord de l’implosion malgré tous les deux rafistolages de façade essayant plutôt mal de régler des urgences dont le gaz est le plus primordial.
C’est là que les relations déjà tendues entre Paris et Rabat basculent dans le non-sens le plus basique, avec cette farce des visas qui mérite que l’on s’y attarde.

Un visa pour Macron

Dans ce climat très brumeux, l’affaire des visas prend tout son sens. En effet, les restrictions drastiques d’obtention des visas qui ont dépassé les 70 % sont l’arbre qui veut cacher la jungle. D’autres enjeux entrent en ligne de compte, qui dépasse ses affaires consulaires, une carte utilisée par Paris pour tordre la main à Rabat, qui reste droit dans ses bottes et refuse tout chantage. Une politique absurde doublée d’une aberration diplomatique mâtinée d’une méprise politique de la part de la République française et du président, Emmanuel Macron, qui, depuis son premier mandat, multiplie les glissades, les faux-pas et autres erreurs de jugement. Le jeu trouble de Paris va, aujourd’hui, au-delà des restrictions d’obtention des visas pour prendre une dimension plus profonde, dans un climat géopolitique et géostratégique qui fait de Rabat la cible de plusieurs attaques de la part de la France. Cela va de la fausse affaire Pegasus et toutes ces allégations farfelues sur l’espionnage à la visite en Algérie, les 27 et 28 août 2022, avec la réception instiguée de toutes pièces par Paris, tapis rouge de surcroît, du présumé chef de la Rasd, invité unilatéralement par la présidence tunisienne. La Tunisie, qui a payé, très vite, la lourde addition d’un acte aussi irresponsable et gratuit, non seulement à l’égard de son ex-allié le Maroc, mais vis-à-vis des autres pays africains participants au sommet avec le Japon, qui a fustigé la Tunisie et pointé du doigt son illogisme et son amateurisme criard.
Mais, avant de développer cette histoire du blocage des visas, il y a une question cruciale à laquelle il faut trouver des réponses. D’abord quelles sont les dessous de cartes entre Paris et Rabat ? La réalité ne souffre aucune ombre. Entre les deux pays rien n’est au beau fixe. Ce que d’aucuns pensaient être une brume dans un ciel d’été a dégénéré en véritable crise diplomatique qui touche les fondements mêmes des relations bilatérales entre les deux pays : Dans ce sens, l’ancien ambassadeur marocain, Ahmed Faouzi donne le ton de toute cette affaire : «De l’extérieur, on a l’impression d’une véritable «zemmourisation» de la vie politique, qui étend à présent ses effets à la politique internationale du président Macron». Ce dernier refuse catégoriquement certains choix du Maroc. En premier lieu, la reprise des relations avec Israël et la reconnaissance, sans ambages de la marocanité du Sahara, par Washington. Depuis, le président français voit rouge, surtout que le Maroc a renforcé sa présence en Afrique, point sur lequel Paris bute depuis plusieurs années, ne pouvant rivaliser ni avec la Chine qui traite avec des États souverains et non avec « des anciens colonies », comme l’avait affirmé Pékin. A cela s’ajoute la solidité des relations entre le Maroc et les USA, qui, elles aussi, ont éjecté la France de plusieurs régions d’Afrique mettant fin à cette Françafrique qui a atteint sa date de péremption depuis de nombreuses années, mais les Français continuent de faire grand cas de cette phrase de François Mitterrand, dite en 1986 : «Les colonies ne cessent pas d’être des colonies parce qu’elles sont indépendantes». Une grave erreur de jugement doublée du déni des mutations connues par cette Afrique qui refuse la tutelle des anciens colons et qui met en place, sous l’impulsion du Maroc et de la politique du Roi Mohammed VI, une véritable coopération Sud-Sud, décomplexée et surtout résolument tournée vers un avenir commun pour les Africains. Et c’est là que la politique du Maroc dérange la France qui accuse Rabat de marcher sur ses plates-bandes. Une accusation vide de sens, puisque Paris a raté plusieurs bons virages dans sa politique africaine. Des ratages que le Maroc a exploité négociants les bons virages et s’installant comme une grande puissance régionale et surtout comme l’unique pays d’Afrique du Nord à la fois stable et solide, car l’Algérie est au bord de l’implosion, la Tunisie, c’est fini, la Libye patauge dans le chaos, la Mauritanie tire la langue, le Mali a été presque décimé par la France et tout un Sahel, géré par Paris comme une mine à ciel ouvert pour uranium et autres terres rares. D’où toutes ces manœuvres de déstabilisations de la part de Paris, qui avait entraîné dans ses sillages Madrid et Berlin, ces deux dernières capitales ayant depuis, revu leurs positions et reconsidéré leurs relations avec Rabat, sur des bases plus saines et surtout plus claires.

Bras de fer

C’est à partir de ce prisme qu’il faut comprendre le récent déplacement d’Emmanuel Macron à Alger où il a été hué en affichant un grand sourire figé. C’est aussi à partir de cet angle qu’il faut comprendre le hara-kiri de Tunis et l’annonce d’une prochaine visite du président français au Maroc, dans une ultime tentative de faire son mea culpa, après tant d’erreurs et de ratés.
On le voit bien, l’affaire est plus vieille que cela, mais l’allume-gaz a été déclenché en septembre 2021, quand la France a décidé de réduire à 50 % l’octroi des visas pour les Marocains au motif que le Royaume refusait de délivrer des laissez-passer consulaires nécessaires au retour de ses ressortissants expulsés. Ces 50% ont dépassé en réalité les 70 % des restrictions consulaires, pour pratiquement stopper net durant tout l’été 2022. Une décision unilatérale qui a eu de graves conséquences sur lesquelles nous reviendront en détail plus loin. On se souvient d’ailleurs de la réponse du ministère marocain des Affaires étrangères, par la voix de Nasser Bourita, qui avait affirmé : «Nous avons pris acte de cette décision et la considérons comme injustifiée pour nombre de raisons, dont la première est que le Maroc a toujours traité la question de la migration avec la logique de responsabilité et le nécessaire équilibre entre la facilitation de la circulation des personnes (Etudiants, hommes d’affaires et autres..), la lutte contre l’immigration clandestine et le traitement ferme réservé aux personnes en situation irrégulière».
Malgré toutes les bonnes dispositions du Maroc, en juin 2022, les choses sont allées plus loin puisque la politique de blocage des visas a empêché le président de la CGEM, Chakib Alj, d’effectuer un déplacement important dans le cadre de ses missions. Cela a également touché de nombreux hommes d’affaires marocains qui travaillent entre le Maroc et la France depuis plus de 20 ans. Cela a mis un point d’arrêt aux projets de très nombreux artistes, d’intellectuels qui devaient donner des conférences et autres rencontres, à des négociants, des commerçants, des enseignants, des journalistes avec ordre de mission dûment signés par leurs rédactions, à des familles qui devaient être au chevet d’un frère, d’une mère, d’un père, d’un fils ou d’une fille, malades et livrés à eux-mêmes. Certains ont perdus des membres de leurs familles et n’ont pas pu assister à leurs funérailles. Des affaires ont été annulées, des mariages sont tombés à l’eau, des projets artistiques ont capoté. Ce type d’exemples qui se comptent par dizaines de milliers explique les chiffres d’obtention des visas qui sont constamment revus à la baisse. Il y a même plus tragi-comique quand on sait que les autorités françaises ont refusé d’octroyer le visa à un homme d’affaires marocain dont le chiffre d’affaires dépasse les 300 millions de dirhams par an. Le prétexte avancé par le consulat est que ce chef d’entreprise «n’a pas les garanties pécuniaires suffisantes pour passer des vacances en France».
D’ailleurs, face à ce genre de non-sens, le porte-parole et vice-président des entreprises de France (MEDEF) a réagi face à cette brouille entre les deux pays, surtout après les restrictions drastiques des demandes de visas. Dans ce sens, Fabrice Le Saché a affirmé sans détours qu’il faut «continuer de bâtir des projets communs » entre Rabat et Paris pour développer davantage les secteurs privés avec « le Maroc qui est un grand pays» surtout qu’une réunion importante est prévue de longue date entre Marocains et Français. Il s’agit de la Rencontre des entrepreneurs de France (REF) 2022, avec la présence d’une délégation marocaine les 29 et 30 août 2022.

Cafouillages

Selon les données publiées par le ministère français de l’Intérieur, en 2020, les Marocains ont obtenu environ 98.000 visas d’entrée en France, contre 346.000 en 2019, environ 303.000 en 2018 et 295.000 en 2017. La France se justifie en affirmant que «C’est une décision drastique, c’est une décision inédite, mais c’est une décision rendue nécessaire par le fait que ces pays n’acceptent pas de reprendre des ressortissants que nous ne souhaitons pas et ne pouvons pas garder en France», comme l’avait souligné l’ancien porte-parole du gouvernement français Gabriel Attal. Cela porte un nom : tordre la main à l’autre pour l’obliger à s’exécuter. Pourtant cette décision de la part de Paris ne se base sur aucune donnée objective de la coopération migratoire entre le Maroc et la France, qui se déroule, dans l’ensemble, de manière efficace, puisque les autorités marocaines ont honoré leurs engagements en matière d’identification et d’établissement des laissez-passer consulaires, comme il est stipulé dans les accords entre les deux pays. C’est dans ce sens que cette décision revêt des allures de chantage pur et simple. Sauf que dans ce bras de fer, Paris semble oublier que Rabat ne tolère plus aucune méprise et traite d’égal à égal avec tous ses partenaires. Une condition sine qua non érigée en principe fondamental pour le Maroc dans ses relations avec l’ensemble de la communauté internationale.
Dans cette configuration, la carte des visas ressemble à un pétard mouillé vu les enjeux entre les deux pays que Paris semble brader en essayant de jouer sur plusieurs tableaux séduisant les militaires algériens, manipulant un président tunisien sans envergure étatique, poussant à la faute une Mauritanie moribonde, tout en continuant de semer le chaos en Libye participant fortement à l’effondrement programmé du Maghreb et d’une Afrique du Nord dont l’unique pilier solide et fiable reste le Maroc qui n’a pas fini d’étonner. Avec, il ne faut pas l’oublier la possibilité de la part de Rabat d’imposer un visa pour tous les ressortissants français et pour tous les touristes! Inversons les données et considérons un seul instant cette éventualité: les Français crieront au scandale et accuseront le Maroc de tous leurs maux. C’est le cas des Marocains qui voient dans ces refus d’obtention de leur visa à la fois une attaque et une insulte. Comme s’il s’agissait de deux catégories humaines: d’un côté, le français à qui l’on déroule le tapis rouge. De l’autre, le Marocain que l’on bloque au poste frontière à Paris! Est-ce normal? Non. Est-ce équitable? Non. Est-ce logique ? Non. Pourtant, c’est cela la cruelle réalité. Ce qui pousse une majorité de Marocains à affirmer qu’il faut imposer des visas à tous les pays qui nous l’imposent.

L’Afrique dit Stop

A tout ceci, il faut aussi voir ce qui se passe aujourd’hui dans plusieurs pays africains qui montent au créneau et pintent du doigt la France. Dans ce climat mondial en profondes mutations, l’Afrique décide finalement de prendre son destin en main et de ne plus se laisser exploiter par les anciens colonisateurs, notamment la France, qui multiplie, sous l’ère Macron des effets de manche disant une chose et son contraire, prêchant le faux pour semer le faux, manipulant les États en les remontant les uns contre les autres, se mêlant ouvertement dans les affaires internes d’États africains souverains qui n’acceptent plus ni la tutelle de Paris ni ses anachroniques leçons de morale.
Autrement dit, la coupe est pleine. Et elle a débordé de partout éclaboussant les relations entre plusieurs pays africains et l’Europe, avec la France en ligne de mire, avec une politique rétrograde du président français, qui fait montre d’un manque d’expérience criard pensant encore que les Africains sont les vassaux des Français recyclant des visions hégémonistes éculées. Sans oublier les échecs cuisants au Mali, en Côte-d’Ivoire et dans toute la région du Sahel, qui est une plaie ouverte causée par une France en parfait décalage avec l’Histoire. Avec la méthode Macron qui ne fait que nuire aux relations futures avec l’Afrique, Paris, qui a déjà perdu du terrain en Afrique, est en passe de perdre le peu de crédibilité qui lui restait.
De Nicolas Sarkozy qui avait dit que «l’homme africain n’est pas suffisamment entré dans l’histoire» à Emmanuel Macron qui dit que «Notre pays est souvent attaqué. Et il est attaqué dans les opinions publiques, par les réseaux sociaux et par des manipulations. Et le continent africain en est le meilleur laboratoire» oubliant toutes les dérives postcoloniales, avec une politique nommée Françafrique, qui a favorisé le pillage des anciennes colonies, favorisant des dictatures et faisant fi des droits de l’Homme, cheval de bataille de Paris à chaque fois qu’il est question des relations avec le Maghreb, le Sahel ou l’Afrique de l’Ouest. Tout ce passif vient s’ajouter à ce que précise ici le politologue ivoirien Sylvain Nguessan : «Les discours de Sarkozy à Dakar, de Macron à Ouagadougou ; la guerre en Côte d’Ivoire ; les résultats décourageants de la campagne contre le terrorisme… Les questions liées à la monnaie, à la dette, au soutien aux dictateurs locaux et aux mots mal choisis». C’est l’échec flagrant d’une diplomatie aux abois. C’est aussi le résultat d’une vision politique qui n’a pas su apprendre des erreurs du passé en établissant des relations saines avec une Afrique qui a changé d’état d’esprit, qui croit en la coopération Sud-Sud, qui a trouvé d’autres partenaires plus solides et plus respectueux comme la Chine ou encore la Russie.
Ce malaise profond explique aujourd’hui que des voix africaines des quatre régions du continent se lèvent et affirment leur refus en disant un « Non » massif et franc à la politique française en Afrique. La rue africaine suit le mouvement et les populations accusent la France de leurs déboires, de leur précarité, de son soutien aux régimes tyranniques, d’avoir fermé les yeux sur les exactions et les dérives de plusieurs régimes soutenus par Paris malgré les faits, qui même camouflés restent des faits. Ce n’est pas anodin qu’au Burkina, on change le nom de l’avenue Charles De Gaulle par Thomas Sankara. Tout un symbole pour ces Africains qui disent : « Ça suffit ». Mais la France est-elle capable d’entendre la voix de la raison face aux réalités africaines d’aujourd’hui. Une Afrique qui veut des partenariats et refuse les aides. Une Afrique qui veut que l’on traite avec elle d’égal à égal. Une Afrique qui veut bien tourner la page noire des colonialismes, mais qui n’oublie pas. Mais, il ne faut pas perdre de vue dans cette équation à plusieurs degrés que la France est au pied du mur. Elle traverse sa pire crise économique depuis plus de vingt ans, avec la grogne sociale qui monte au créneau, avec des scandales politiques, avec une crise énergétique majeure, le tout sous-tendu par une récession que l’on tente de colmater en bricolant dans l’incurable. C’est dans ce sens que Paris s’acharne, contre toute logique et bon sens, à vouloir grignoter le maximum possible avant de se faire éjecter définitivement de l’Afrique. Cela rejoint les paroles de Jared Diamond, dans «Effondrement» : «Des économistes justifient rationnellement ce souci exclusif des profits à court terme en arguant qu’il peut-être de meilleur aloi de récolter une ressource aujourd’hui que demain, dès lors que les profits d’aujourd’hui peuvent être investis et que les intérêts de cet investissement entre aujourd’hui et demain tendent à rendre la récolte d’aujourd’hui plus valable que celle de demain. Quitte à ce que les conséquences néfastes soient supportées par la génération à venir, qui, par définition, n’est pas encore ici pour faire droit à une prospective à long terme.»

 


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