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Législatives 2026 : ce que les partis promettent au portefeuille des Marocains

Pouvoir d’achat, emploi, logement, fiscalité, protection sociale et souveraineté économique : à l’approche du scrutin du 23 septembre, les programmes des partis commencent à dessiner plusieurs visions du Maroc de demain. Mais derrière les chiffres, une question demeure : qui paiera, et avec quels résultats ?

La Vérité


Une élection se gagne rarement avec des tableaux Excel. Elle se gagne avec des mots qui parlent au quotidien : salaire, emploi, logement, école, santé, prix et avenir des enfants. À quelques semaines des législatives du 23 septembre, les partis marocains le savent et placent désormais l’économie au cœur de leur bataille électorale.

Les programmes commencent à se préciser. Le RNI, l’Istiqlal et l’USFP ont déjà avancé plusieurs engagements chiffrés. D’autres formations doivent encore dévoiler ou préciser leurs propositions.

Mais comparer les programmes ne consiste pas à compter les promesses. Il faut surtout regarder ce qu’elles cherchent à résoudre, à qui elles s’adressent, combien elles pourraient coûter et surtout si les mécanismes annoncés permettent réellement de les réaliser.

C’est à cette aune qu’il faut examiner les grands thèmes économiques de cette campagne.

Le pouvoir d’achat, première préoccupation

D’abord, le pouvoir d’achat devrait constituer le principal terrain de confrontation.

Pour beaucoup de ménages, l’économie ne se mesure pas au taux de croissance annoncé dans les rapports officiels. Elle se mesure à la fin du mois, lorsque le salaire doit couvrir le panier alimentaire, le loyer ou le crédit immobilier, les transports, les frais scolaires et les dépenses de santé.

L’Istiqlal fait explicitement du pouvoir d’achat et du renforcement de la classe moyenne l’un des axes majeurs de son programme. Le parti entend également agir sur les services publics et la protection des ménages.

Le RNI emprunte une autre voie, avec notamment la proposition d’indexer certaines aides sociales sur l’inflation. Son programme prévoit également des mesures concernant le salaire minimum et les retraites.

Les deux approches répondent à la même inquiétude, mais elles ne produisent pas nécessairement le même effet. Une aide supplémentaire protège le revenu ; une baisse durable du coût des biens et des services améliore, elle, le pouvoir d’achat à sa source.

C’est précisément cette différence que la campagne devrait permettre d’éclairer.

L’emploi, ou la bataille des promesses chiffrées

Aucune stratégie économique ne pourra échapper à la question de l’emploi.

Le RNI annonce l’objectif de créer un million d’emplois entre 2026 et 2031, avec l’ambition de ramener le chômage sous les 9 % à l’horizon 2031.

L’USFP avance pour sa part un objectif de 500.000 emplois, dont 250.000 dans l’industrie, accompagné d’une ambition de croissance des exportations industrielles.

Ces chiffres impressionnent, mais ils ne suffisent pas à eux seuls.

La vraie question commence après le chiffre : quels secteurs vont créer ces emplois ? Quelle place pour les jeunes diplômés ? Quelle politique pour les territoires où le chômage reste élevé ? Et surtout, combien de ces emplois seront suffisamment productifs et durables pour améliorer réellement les revenus ?

Un million d’emplois constitue un objectif politique. Créer un million d’emplois de qualité constitue un défi économique beaucoup plus complexe.

La classe moyenne au centre du jeu

La classe moyenne revient avec force dans le discours électoral.

Son poids politique est évident, mais sa situation économique est devenue plus difficile à définir. Elle gagne trop pour bénéficier pleinement de certaines aides ciblées et pas assez pour absorber sans difficulté l’ensemble des dépenses liées au logement, à l’éducation privée, à la santé ou aux transports.

L’Istiqlal veut précisément faire de cette catégorie un axe de son programme. D’autres formations cherchent à agir indirectement sur elle à travers la fiscalité, le logement ou les services publics.

Le défi du prochain gouvernement sera donc délicat : protéger les plus vulnérables sans donner à la classe moyenne le sentiment de devenir la grande oubliée des politiques sociales.

Le logement : construire ne suffit plus

Autre dossier décisif : le logement. Les politiques publiques ont déjà développé plusieurs mécanismes d’aide à l’acquisition. La prochaine étape devra répondre à une question plus large : comment rendre durablement le logement accessible alors que les prix, les taux de financement et les coûts de construction pèsent sur les ménages ?

Les propositions des partis convergent sur la nécessité de faciliter l’accès au logement, mais le débat devrait porter davantage sur le modèle économique que sur le simple montant d’une aide.

Faut-il continuer à soutenir directement l’acheteur ? Augmenter l’offre ? Agir sur le foncier ? Faciliter le financement ? Développer davantage le logement locatif ?

Sans réponse à ces questions, l’aide au logement risque de corriger les symptômes sans traiter entièrement le problème.

Fiscalité : qui doit faire davantage d’efforts ?

Sur le terrain fiscal, les différences entre les formations peuvent devenir plus visibles.

Le débat oppose traditionnellement deux visions : réduire la pression sur les ménages et les entreprises pour stimuler la consommation et l’investissement, ou renforcer la contribution des secteurs bénéficiant de situations de rente ou de positions dominantes.

L’Istiqlal propose notamment une fiscalité exceptionnelle pouvant atteindre 40 % sur certains bénéfices liés à des situations de rente ou de monopole réglementé.

La proposition soulève une question intéressante : comment lutter contre les rentes sans décourager l’investissement ?

C’est précisément ici qu’un programme économique doit dépasser le slogan. Une fiscalité plus sévère peut générer des recettes et renforcer l’équité, mais elle doit aussi préserver la capacité des entreprises à investir, embaucher et innover.

Les PME face aux grands investissements

Dans le même temps, la place des petites et moyennes entreprises mérite une attention particulière.

L’Istiqlal propose notamment de réserver 30 % de la commande publique annuelle aux PME.

L’idée paraît simple : utiliser la commande publique comme levier pour renforcer le tissu entrepreneurial national.

Mais là encore, le véritable enjeu réside dans l’exécution. Une PME ne manque pas seulement de marchés. Elle peut aussi manquer de financement, de garanties bancaires, de ressources humaines ou de capacité à répondre aux grands appels d’offres.

Soutenir les PME suppose donc de regarder l’ensemble de leur environnement, et pas uniquement leur accès aux marchés publics.

Énergie : produire pour payer moins ?

Autre proposition intéressante, le RNI veut développer l’autoproduction solaire pour les ménages. Le principe consiste à permettre aux foyers de produire une partie de leur électricité, avec un mécanisme de financement reposant notamment sur les économies réalisées et la possibilité de valoriser le surplus.

Sur le papier, le dispositif répond à plusieurs objectifs : réduire la facture énergétique, accélérer la transition écologique et diminuer la dépendance aux sources d’énergie importées.

Mais son succès dépendra de son accessibilité. Une solution destinée principalement aux ménages capables d’investir dans des équipements solaires ne répondrait pas à l’ensemble de la population.

La question du financement sera donc aussi importante que celle de la technologie.

Industrie : transformer 2030 en emplois durables

En parallèle, la perspective de la Coupe du monde 2030 donne une nouvelle dimension au débat industriel.

Le Maroc investit déjà massivement dans les infrastructures, les transports, l’industrie automobile, l’aéronautique et les énergies renouvelables. L’USFP veut notamment accélérer la création d’emplois industriels et augmenter les exportations.

Mais le véritable enjeu ne sera pas 2030. Il sera 2031.

Les stades, les routes, les aéroports et les hôtels peuvent créer une activité considérable. La question stratégique consiste à savoir si cette dynamique permettra ensuite de développer des entreprises marocaines capables d’exporter, d’innover et de créer des emplois au-delà de l’événement sportif.

Protection sociale : l’enjeu de la durabilité

Enfin, la protection sociale restera au cœur du prochain mandat.

L’enjeu n’est plus seulement de mettre en place des mécanismes d’aide. Il faut désormais garantir leur pérennité financière, leur ciblage et leur efficacité.

L’indexation des aides sur l’inflation, comme le propose le RNI, peut protéger leur valeur réelle. Mais toute indexation automatique suppose également de disposer de ressources publiques suffisantes pour la financer dans la durée.

C’est ici que les programmes électoraux devraient être les plus précis.

Une promesse sociale peut être généreuse dans son intention et difficile à maintenir si elle ne s’accompagne pas d’une stratégie claire de financement.

Au-delà des promesses, le prix de la politique économique

Au fond, la campagne économique de 2026 pose une question qui dépasse les clivages entre partis : quel Maroc économique voulons-nous construire entre 2026 et 2031 ?

Un Maroc qui redistribue davantage ? Un Maroc qui investit davantage ? Un Maroc qui réduit les impôts ? Un Maroc qui renforce les services publics ? Ou un compromis entre ces différentes orientations ?

Les programmes actuellement disponibles montrent déjà des nuances.

Le RNI insiste sur l’emploi, les aides sociales, l’investissement et l’énergie. L’Istiqlal met fortement l’accent sur le pouvoir d’achat, la classe moyenne, la lutte contre les rentes et la souveraineté économique. L’USFP insiste notamment sur l’emploi industriel, la croissance et les exportations.

Aucune de ces orientations n’est, en soi, suffisante.

Créer des emplois nécessite de l’investissement. Protéger le pouvoir d’achat nécessite des revenus, mais aussi une offre compétitive. Développer la protection sociale exige des ressources. Soutenir les entreprises suppose de leur ouvrir des marchés, mais aussi de garantir une concurrence saine.

Le véritable examen des programmes devrait donc porter sur leur cohérence plutôt que sur le nombre de promesses.

À partir du 10 septembre, les partis disposeront de treize jours de campagne officielle pour convaincre les électeurs. Le débat gagnerait à se concentrer moins sur « qui promet le plus » que sur une question beaucoup plus exigeante : qui explique le mieux comment il compte financer, appliquer et évaluer ce qu’il promet ?

Car au lendemain du 23 septembre, les slogans resteront dans les archives de la campagne. Les factures, elles, resteront dans les poches des marocains.


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