El Mansouri à la tête du gouvernement : le Maroc vu par la presse internationale
La nomination de Fatima Ezzahra El Mansouri comme première femme Cheffe du gouvernement du Royaume a rapidement trouvé un écho au-delà des frontières. De Reuters à El País, de Le Monde à Al Jazeera, les médias internationaux y voient un moment historique pour la représentation politique des femmes, tout en suivant déjà la formation de la future majorité et les grands dossiers économiques et sociaux qui attendent le nouvel Exécutif

La Vérité
En moins de vingt-quatre heures, la nomination de Fatima Ezzahra El Mansouri a installé le Maroc dans les pages internationales des grands médias. Le fait retient d’abord l’attention par sa portée institutionnelle : pour la première fois dans l’histoire du Royaume, une femme est chargée de diriger le gouvernement.
Sa Majesté le Roi Mohammed VI a reçu, mardi 29 septembre au Palais Royal de Rabat, la coordinatrice de la direction collégiale du Parti Authenticité et Modernité et l’a nommée Cheffe du gouvernement, conformément à l’article 47 de la Constitution, avant de la charger de former le nouvel Exécutif. Le PAM était arrivé en tête des élections législatives du 23 septembre avec 97 sièges sur les 395 de la Chambre des représentants.
Cette articulation entre résultat électoral et procédure constitutionnelle apparaît dans une grande partie de la couverture étrangère. Mais c’est la dimension féminine de l’événement qui domine les titres.
Reuters retient une première politique dans l’histoire du Royaume
Reuters présente immédiatement Fatima Ezzahra El Mansouri comme la première femme appelée à diriger le gouvernement marocain. L’agence replace sa nomination dans la séquence ouverte par les législatives et souligne désormais le défi de la constitution d’une majorité parlementaire, puisque les 97 sièges du PAM ne suffisent pas à gouverner seul.
Cette lecture est importante : la presse internationale ne décrit pas uniquement un changement de personnalité. Elle observe une transition organisée dans le cadre institutionnel existant, suivie d’une phase de négociations entre formations représentées au Parlement.
Reuters rappelle également que le futur gouvernement devra piloter une période particulièrement dense pour le Royaume, avec les politiques économiques et sociales et les préparatifs de la Coupe du monde 2030, que le Maroc organisera avec l’Espagne et le Portugal
Le regard étranger associe ainsi deux images : celle d’un Maroc qui confie pour la première fois son gouvernement à une femme et celle d’un pays engagé dans un cycle d’investissements et de transformations de grande ampleur.
Pour AP, le symbole doit désormais se traduire en action publique
L’Associated Press adopte une approche comparable. Elle insiste sur le caractère inédit de la nomination, tout en rappelant le parcours de la nouvelle Cheffe du gouvernement : juriste, maire de Marrakech et ministre chargée notamment de l’aménagement du territoire et de l’habitat avant son accession à la primature.
L’agence américaine place rapidement l’attention sur les dossiers qui attendront l’Exécutif : création d’emplois, inflation, salaires et investissements associés au Mondial 2030.
Cette manière de traiter l’information montre que, pour les médias internationaux, la portée de la nomination ne se mesurera pas seulement à son caractère historique. Elle sera également observée à travers la capacité du prochain gouvernement à répondre aux priorités économiques et sociales.
Le passage d’une femme à la tête de l’Exécutif devient ainsi, dans cette couverture, le point de départ d’une interrogation plus large sur l’évolution de l’action publique marocaine.
Le Monde replace El Mansouri dans une trajectoire politique déjà longue
En France, Le Monde ouvre également son article sur la première historique. Le quotidien souligne cependant que Fatima Ezzahra El Mansouri n’arrive pas à la tête du gouvernement comme une nouvelle venue.
Il rappelle son expérience à Marrakech, ses responsabilités ministérielles et son rôle à la direction du PAM. Le journal présente donc sa nomination à la fois comme une avancée symbolique pour les femmes et comme l’aboutissement d’une trajectoire construite au sein des institutions marocaines.
Cette distinction compte dans la perception internationale : la nouvelle Cheffe du gouvernement n’est pas décrite comme une personnalité propulsée soudainement au sommet, mais comme une responsable ayant accumulé des expériences locales, parlementaires et gouvernementales.
Le journal français insiste également sur la nécessité de bâtir une coalition. C’est désormais l’un des principaux sujets suivis depuis l’étranger.
Avec 97 députés, le PAM doit trouver des partenaires pour atteindre une majorité à la Chambre des représentants. La composition du futur Exécutif donnera donc une première indication sur les équilibres politiques de la nouvelle législature.
En Espagne, le regard porte aussi sur l’évolution de la place des femmes
La nomination suscite une attention particulière en Espagne, partenaire directement concerné par plusieurs dossiers économiques, humains et stratégiques communs avec le Maroc.
El País présente Fatima Ezzahra El Mansouri comme la première femme à diriger le gouvernement à Rabat et replace l’événement dans l’évolution plus générale de la représentation féminine dans la vie publique marocaine.
Le quotidien espagnol rappelle également les réformes antérieures concernant les droits des femmes et souligne les attentes qui subsistent en matière d’égalité.
L’article élargit ensuite son regard aux grands dossiers que devra gérer le prochain gouvernement, notamment les investissements liés au Mondial 2030. Pour Madrid, cette dimension présente un intérêt particulier puisque l’Espagne, le Maroc et le Portugal préparent ensemble cette échéance internationale.
Cette proximité donne à la couverture espagnole une tonalité différente : le changement politique marocain y est lu à la fois comme un événement intérieur et comme une évolution concernant un partenaire directement lié à l’Espagne par de nombreux dossiers.
Dans le monde arabe, la nomination prend une dimension régionale
La couverture arabe insiste fortement sur une autre donnée : Fatima Ezzahra El Mansouri devient la deuxième femme à diriger un gouvernement dans le monde arabe, après la Tunisienne Najla Bouden. Al Jazeera met cette dimension en avant dans son traitement de l’événement.
Le média qatari retrace son parcours, depuis son élection à la mairie de Marrakech en 2009 jusqu’à ses responsabilités ministérielles, et présente la nomination comme un événement « historique ».
Cette visibilité régionale place le Maroc dans un débat plus large sur l’accès des femmes aux fonctions exécutives dans les pays arabes.
Asharq Al-Awsat adopte une tonalité comparable. Le quotidien consacre plusieurs articles au parcours d’El Mansouri et décrit sa nomination comme une étape marquante de l’histoire politique marocaine. Il met notamment en avant la montée des compétences féminines dans les institutions et les responsabilités économiques et sociales que devra assumer le nouvel Exécutif.
Arab News reprend lui aussi cette dimension historique et souligne que la nouvelle Cheffe du gouvernement devra désormais former une coalition et conduire des politiques liées à l’emploi, aux salaires et aux investissements.
En Allemagne, DW insiste sur la combinaison entre symbole et défis sociaux
Deutsche Welle consacre également une large place à la nomination. Le média allemand rappelle le fonctionnement constitutionnel marocain : le Roi nomme le Chef du gouvernement au sein du parti arrivé en tête des élections législatives.
DW replace ensuite le parcours d’El Mansouri dans un contexte de fortes attentes sociales, notamment chez les jeunes. Dans sa version arabe, le média évoque la confiance dans les institutions et les disparités sociales parmi les défis de la prochaine étape.
Cette présentation rejoint un fil conducteur que l’on retrouve dans presque tous les grands médias : la première féminine est largement reconnue, mais elle ouvre immédiatement une seconde séquence, celle de l’exercice du pouvoir.
Certaines lectures étrangères restent plus critiques
La couverture internationale n’est évidemment pas uniforme.
Certains médias, notamment britanniques, replacent la nomination dans une analyse plus critique des institutions marocaines, des rapports entre les partis et la monarchie ou encore des mouvements sociaux récents.
The Times, par exemple, associe la portée historique de la nomination aux interrogations sur le chômage des jeunes, les services publics, la participation électorale ou les investissements nécessaires avant 2030.
Certaines critiques estiment que le journal devrait distinguer la portée symbolique de ce changement d’une transformation plus large du fonctionnement politique.
Il s’agit là d’analyses et de points de vue rapportés par le média, et non de constats établis comme tels.Ces lectures font partie du paysage médiatique international et permettent également aux observateurs de mesurer les sujets sur lesquels le nouveau gouvernement sera observé depuis l’étranger.
Une image du Maroc qui dépasse la seule question du genre
Dans presque tous les médias examinés, elle se combine avec plusieurs caractéristiques du Maroc contemporain : continuité institutionnelle, grandes infrastructures, réformes économiques, rôle régional, préparation du Mondial 2030 et attentes sociales.
La nomination de Fatima Ezzahra El Mansouri agit ainsi comme une porte d’entrée vers une lecture plus large du Royaume.
Le fait qu’une femme accède à la direction du gouvernement constitue en lui-même une rupture historique vérifiable. Ce que cette nomination produira ensuite en matière de politiques publiques dépendra des choix du futur Exécutif et de la coalition qui doit encore être constituée.
La coalition, prochaine étape scrutée depuis l’étranger
C’est désormais sur ce terrain que le regard international devrait se déplacer.
Le PAM dispose de 97 sièges, devant le RNI avec 66 et l’Istiqlal avec 65. Le PJD compte pour sa part 54 députés. Aucun parti ne disposant seul de la majorité absolue, les discussions engagées par la nouvelle Cheffe du gouvernement détermineront la composition de l’Exécutif.
La nomination du 29 septembre a donc refermé une première séquence, celle du scrutin et de la désignation du Chef du gouvernement. Une seconde commence : celle de la majorité, du programme et de la répartition des responsabilités.
Pour la presse internationale, Fatima Ezzahra El Mansouri incarne déjà une première historique. Pour le Maroc, l’étape suivante sera celle de l’action gouvernementale.
C’est à travers cette transition entre symbole et exercice du pouvoir que se construira désormais l’essentiel du récit international autour du nouveau gouvernement marocain.

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