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Économie : la résilience comme héritage, l’investissement comme levier d’une croissance inclusive

La Vérité


Le Maroc a consolidé ses équilibres économiques et renforcé son attractivité face aux crises successives. À l’approche des législatives du 23 septembre, une nouvelle étape se dessine : transformer cette résilience en investissements productifs, en emplois et en croissance plus inclusive.

La résilience de l’économie marocaine s’est progressivement imposée comme l’un des marqueurs de la trajectoire du Royaume. Sécheresse, tensions géopolitiques, perturbations des échanges internationaux et incertitudes économiques mondiales n’ont pas interrompu les grandes réformes engagées au cours des dernières années. Le pays a continué à investir dans ses infrastructures, à renforcer son attractivité et à consolider les fondations de son modèle économique.

Mercredi à Rabat, devant des ambassadeurs et des représentants de plus de 60 pays et organisations internationales, la ministre de l’Économie et des Finances, Nadia Fettah, a rappelé les principaux chantiers engagés dans cette direction. Organisée par la Fondation diplomatique, la 157e session du Carrefour diplomatique a placé au centre des échanges les nouveaux leviers de l’investissement et du développement inclusif et durable.

Cette rencontre intervient à quelques semaines d’un rendez-vous politique majeur. Les législatives du 23 septembre ouvriront une nouvelle séquence, avec une équation économique qui ne partira pas d’une page blanche. Les choix engagés ces dernières années constituent désormais un héritage qu’il faudra consolider, accélérer ou réorienter en fonction de leurs résultats.

Une dynamique d’investissement déjà installée

D’abord, le Maroc dispose aujourd’hui d’un cadre destiné à placer l’investissement privé au cœur de sa stratégie de croissance. La nouvelle Charte de l’investissement, l’amélioration du climat des affaires, le développement des partenariats public-privé et l’orientation des capitaux vers les secteurs à forte valeur ajoutée constituent les principaux leviers mis en avant par les autorités.

La dynamique est déjà importante. Depuis l’opérationnalisation de la Charte en mars 2023, les Commissions nationales des investissements ont approuvé 282 projets et avenants représentant 430,5 milliards de dirhams d’investissement et 141.734 emplois directs et indirects annoncés. Le gouvernement s’était également fixé, à l’horizon 2026, un objectif de 550 milliards de dirhams d’investissements privés et de 500.000 emplois sur la période 2022-2026.

Ces chiffres donnent une mesure de l’ambition affichée. Ils appellent toutefois une lecture qui dépasse les montants annoncés. Un investissement approuvé ne constitue pas encore un emploi créé, une usine pleinement opérationnelle ou une valeur ajoutée effectivement produite. La question centrale sera donc celle de la concrétisation et de l’impact économique de cette dynamique.

C’est à ce niveau que la politique d’investissement devra franchir une nouvelle étape : attirer les capitaux, certes, mais aussi s’assurer qu’ils renforcent la production nationale, développent les chaînes de valeur, stimulent les exportations et créent des emplois durables.

Quand l’attractivité doit rencontrer l’emploi

Ensuite, la question de l’emploi restera probablement l’un des principaux critères permettant de mesurer l’efficacité de cette stratégie. Pour les jeunes Marocains, l’attractivité du Royaume ne se résume pas au nombre de projets internationaux annoncés ou à la construction de nouvelles infrastructures. Elle se mesure aussi à la capacité de l’économie à offrir des perspectives professionnelles, à développer les compétences et à créer des emplois de qualité.

Cette exigence suppose de rapprocher davantage la politique d’investissement des besoins du marché du travail. Les grands projets peuvent jouer un rôle moteur, mais leur effet sera plus important s’ils entraînent dans leur sillage les PME, les sous-traitants, les entrepreneurs locaux et les centres de formation.

La montée en gamme de l’industrie marocaine constitue, dans cette perspective, un enjeu essentiel. L’objectif n’est plus seulement de produire davantage, mais de produire davantage de valeur au Maroc, avec des compétences marocaines et un tissu d’entreprises capable de bénéficier de cette transformation.

Le développement ne peut pas rester concentré

Par ailleurs, la dimension territoriale occupe une place croissante dans l’équation économique. Nadia Fettah a notamment insisté sur la justice territoriale et sur plusieurs grands projets structurants, parmi lesquels les ports de Nador et de Dakhla. Ces infrastructures doivent renforcer l’ouverture des régions sur les échanges nationaux et internationaux et contribuer à leur intégration dans la dynamique économique du Royaume.

Mais l’infrastructure ne représente que la première étape. Son véritable effet se mesurera à travers les activités économiques qu’elle permettra d’attirer, les entreprises qui pourront se développer autour d’elle et les emplois qu’elle contribuera à créer.

La Charte de l’investissement place d’ailleurs la réduction des disparités territoriales parmi ses objectifs. Cette orientation devra désormais se traduire par une capacité accrue des différentes régions à attirer et surtout à retenir les investissements.

Le défi consiste donc à faire de l’investissement un instrument de développement territorial et non uniquement un moteur de croissance des pôles économiques déjà les plus compétitifs.

Financer la croissance tout en consolidant l’État social

Enfin, la transformation économique doit être mise en regard d’un autre chantier majeur : la construction de l’État social. Lors de son intervention, Nadia Fettah a notamment cité la généralisation de la couverture médicale ainsi que le développement des établissements hospitaliers universitaires dans les différentes régions du Royaume.

Ces réformes modifient progressivement la relation entre l’État, l’économie et les citoyens. Elles nécessitent cependant des ressources importantes et durables, alors même que les finances publiques doivent continuer à accompagner l’investissement et les grands projets structurants.

Cette équation imposera donc de trouver un équilibre entre plusieurs impératifs : préserver les équilibres macroéconomiques, financer les politiques sociales, soutenir l’investissement public et créer les conditions permettant au secteur privé de prendre davantage le relais.

Les partenariats public-privé peuvent, dans ce contexte, constituer un outil important. Ils permettent de mobiliser des ressources privées pour certains projets tout en maintenant un pilotage public sur les infrastructures et les services qui relèvent des responsabilités de l’État.

Une nouvelle étape après les législatives

Au fond, le bilan présenté devant le corps diplomatique montre un Maroc qui a considérablement renforcé ses infrastructures, diversifié ses partenariats et construit un cadre plus structuré pour l’investissement. Cette trajectoire constitue un point d’appui important pour les années à venir.

Mais la résilience ne constitue pas une finalité économique. Elle donne au pays une capacité à absorber les chocs et à poursuivre ses transformations. L’étape suivante consiste à convertir cette solidité en résultats plus visibles dans l’économie réelle.

C’est là que les législatives du 23 septembre prennent également une dimension économique. La future majorité devra composer avec une stratégie déjà engagée, mais aussi avec des attentes fortes autour de l’emploi, du pouvoir d’achat, de la compétitivité, du développement régional et de la qualité des services publics.

L’enjeu sera moins de repartir de zéro que de transformer les investissements annoncés en capacités productives, les grands projets en écosystèmes régionaux et la croissance en opportunités davantage partagées.

La question des prochaines années sera donc simple dans sa formulation, mais exigeante dans sa réalisation : le Maroc peut-il transformer la résilience acquise face aux crises en une croissance qui profite plus largement à ses citoyens et à ses territoires ?

C’est sur cette capacité à passer de la solidité macroéconomique aux résultats concrets que se mesurera une nouvelle étape de la trajectoire économique du Royaume.


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