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Du phosphate au yellowcake : Uranext, OCP–UM6P amorcent une nouvelle filière stratégique

LA VÉRITÉ


Dans un monde en quête d’alternatives énergétiques maîtrisées, le Maroc avance sur un terrain encore inexploré à l’échelle continentale : celui de la production d’uranium à partir du phosphate. L’initiative s’inscrit dans la dynamique d’innovation impulsée par le Groupe OCP et l’Université Mohammed VI Polytechnique, à travers la start-up Uranext, dédiée à l’extraction d’uranium à partir du phosphate. Un projet concret, financé, technologiquement abouti, qui s’apprête à donner au Maroc une nouvelle profondeur stratégique dans les industries de haute valeur ajoutée.

Installée à Moulay Abdellah, dans la province d’El Jadida, à proximité directe du pôle industriel de Jorf Lasfar, l’unité pilote d’Uranext entrera dans sa phase opérationnelle dès la validation des procédures réglementaires, lancées le 29 mai 2025. Le choix du site ne relève pas du hasard. Il s’inscrit dans la continuité territoriale du groupe OCP, qui y concentre déjà une part majeure de sa chaîne de valeur, de la réception du phosphate brut jusqu’à la fabrication d’engrais de spécialité. C’est dans ce même environnement que la technologie dite « Continuous Ion Exchange » (CIX), mise au point par des équipes marocaines au sein de l’UM6P, sera déployée pour extraire l’uranium de l’acide phosphorique de manière continue, stable, traçable et industrialisable. À aucun moment il ne s’agit de recourir à une exploitation minière directe. Le modèle repose au contraire sur la valorisation d’un sous-produit présent dans les flux existants, dans une logique de circularité et de montée en gamme.

Avec un investissement initial estimé à 100 millions de dollars, Uranext marque un tournant dans la structuration de filières technologiques émergentes autour du phosphate, dans une optique dépassant les seules productions agricoles. Pour le Royaume, cela signifie deux choses. D’une part, une capacité à intégrer des segments industriels à très haute valeur ajoutée, traditionnellement réservés aux puissances nucléaires. D’autre part, une confirmation que l’innovation locale, lorsqu’elle est adossée à une vision industrielle claire, peut générer des percées réelles sur le terrain. Le yellowcake, concentré intermédiaire du combustible nucléaire civil, n’est plus une matière importée ou réservée à une minorité d’États. Il devient, dans le cadre strictement encadré du projet marocain, un produit stratégique à potentiel national, maîtrisé de bout en bout.

Sur le plan réglementaire, les démarches en cours sont supervisées par l’Agence marocaine de sûreté et de sécurité nucléaires et radiologiques (AMSSNuR), en coordination avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), auprès de laquelle le Maroc figure parmi les pays les plus rigoureusement conformes aux normes de traçabilité, de transparence et de contrôle. Aucun enrichissement n’est prévu. La production reste dans le cadre d’un usage civil, conforme aux engagements du pays. Le Maroc a signé l’ensemble des accords de garanties et le protocole additionnel de l’AIEA, renforçant ainsi sa crédibilité dans la gestion des matériaux sensibles. Le dernier rapport de l’AIEA, publié en mai 2025, classe d’ailleurs le Royaume dans la catégorie des États disposant du niveau de conformité le plus élevé sur le continent africain.

Mais au-delà du cadre normatif, ce projet s’inscrit dans une dynamique industrielle profonde, qui redéfinit le rôle du Groupe OCP dans les chaînes technologiques globales. Leader mondial des phosphates, l’Office ne se contente plus d’exporter une matière première transformée. Il devient un acteur d’innovation stratégique, capable de générer de nouvelles filières à partir de ressources existantes, et de les accompagner jusqu’à leur maturation industrielle. À travers InnovX et l’UM6P, OCP soutient un écosystème d’entreprises pionnières comme Uranext, qui répondent à des besoins industriels émergents tout en consolidant la souveraineté productive du pays. Ce positionnement ne relève plus de la prospective : il s’incarne dans des installations réelles, des technologies brevetées, des compétences locales formées et déployées sur le terrain.

L’UM6P, en tant que socle académique et scientifique du projet, joue ici un rôle clé. Elle démontre que l’université marocaine peut devenir une plateforme d’innovation industrielle, connectée aux besoins réels de l’économie nationale, capable de développer des procédés complexes tout en assurant leur application concrète dans des environnements à haute exigence technique. Cette articulation entre recherche, formation et industrialisation, encore rare sur le continent, constitue une singularité stratégique du modèle marocain.

Si les autorisations sont obtenues dans les délais attendus, la production pilote de yellowcake pourrait débuter avant la fin de l’année 2025. À terme, le Maroc pourrait non seulement couvrir une partie de ses besoins en uranium naturel pour des usages énergétiques civils, mais aussi se positionner comme un fournisseur fiable dans la chaîne d’approvisionnement nucléaire mondiale. Une position encore inoccupée sur le continent africain, qui viendrait renforcer le rôle du Royaume comme acteur industriel crédible, stable et tourné vers l’avenir.


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