Donner sens à l’université marocaine
L’université marocaine n’est pas seulement un lieu de formation. Elle est le miroir d’une société qui cherche sa place dans un monde en mouvement, un baromètre de la confiance que la jeunesse accorde encore à ses institutions, et une promesse de mobilité sociale qu’il ne faudrait pas briser. Aujourd’hui, cette promesse vacille. Les réformes s’accumulent, les textes changent, les organes de gouvernance se multiplient, mais la question essentielle demeure : que veut-on faire réellement de l’université publique au Maroc ?
Le projet de loi en cours a ouvert une controverse qui dépasse de loin la technique juridique. Derrière les débats sur les PFE supprimés ou la voix consultative des présidents, c’est une vision du rôle même de l’université qui se dessine. Doit-elle se réduire à un simple relais de la politique économique, alignée mécaniquement sur les filières stratégiques du moment, ou rester un espace de pensée, de recherche et d’émancipation ? La nuance est capitale, car c’est de cette réponse que dépendra la confiance des étudiants, des enseignants et de la société dans son ensemble.
La vérité, c’est que le Maroc ne peut plus se permettre une université qui fonctionne par inertie. Avec un décrochage massif, un sous-emploi chronique et une recherche en quête de moyens, laisser le système suivre son cours reviendrait à hypothéquer l’avenir de toute une génération. Le pays s’est engagé sur des chantiers immenses comme la transition énergétique, l’intelligence artificielle ou les infrastructures continentales, et chacun d’eux exige des compétences de haut niveau. Or, comment bâtir ces compétences si l’université reste engluée dans des logiques de survie plutôt que dans une ambition claire et assumée ?
Il est temps de rappeler une évidence : une université n’est pas seulement un budget ou un organigramme. C’est d’abord une communauté humaine, faite d’étudiants qui aspirent à une chance, de professeurs qui s’épuisent dans l’anonymat, de chercheurs qui résistent malgré tout, et d’une jeunesse qui refuse de se voir condamnée au sous-emploi. C’est aussi un territoire de rencontre, où la science se frotte à la société, où les projets nationaux trouvent leurs relais régionaux, où la connaissance devient levier de transformation.
Face à cette urgence, il ne s’agit pas de plaider pour une réforme de plus, mais pour un choix de fond : donner à l’université publique marocaine la dignité qu’elle mérite, la gouvernance qu’elle réclame et les moyens qu’elle attend. Ni vitrine, ni appendice, ni espace secondaire. Une université debout, autonome, responsable et reconnue comme pilier central du développement. À ce prix seulement, elle cessera d’être perçue comme un problème pour redevenir une force, au service d’un Maroc qui veut croire à son avenir.
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