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Discours du Trône : Le Royaume face à l’exigence d’unité

Par Mohammed Taoufiq Bennani


Dans une allocution d’une rare densité, SM le Roi Mohammed VI a recentré l’action de l’État sur les fractures sociales, la souveraineté nationale et la justice territoriale. À travers des mots clairs et des priorités nettes, le Souverain appelle à un rééquilibrage profond du modèle de développement et trace une ligne d’action qui engage autant qu’elle interpelle.

SM le Roi Mohammed VI, à l’occasion de la Fête du Trône, n’a pas livré un simple bilan. Il a mis en lumière un déséquilibre profond qui continue de structurer silencieusement le territoire national : l’existence d’un Maroc qui progresse à un rythme soutenu, et d’un autre qui reste en retrait. Ce constat, formulé avec une précision assumée, ne relève pas d’un simple diagnostic. Il engage une vision politique du développement, fondée sur l’unité, l’inclusion et la justice entre les territoires. « Il n’y a pas de place dans notre pays pour deux vitesses ou pour deux catégories de Marocains », a déclaré le Roi, donnant ainsi à cette fracture territoriale la dimension d’un enjeu stratégique.

Le message ne se limite pas à alerter. Il cible, propose, engage. Le Souverain appelle à l’élargissement des infrastructures de base dans les zones rurales, à la mise en œuvre de nouveaux programmes de développement territorial et à la cohérence des politiques sociales à travers le déploiement du Registre Social Unifié. L’objectif est clair : dépasser les logiques ponctuelles pour installer un État social fondé sur des critères transparents, des actions traçables et une dignité garantie à chaque citoyen. « L’injustice territoriale est inacceptable, tout autant que le sentiment d’exclusion ou de relégation », a-t-il insisté. L’inclusion n’est plus une promesse. Elle devient une responsabilité collective.

Ce recentrage sur l’équité s’inscrit dans une vision plus large. Le Roi met en avant la nécessité d’outils de gouvernance plus modernes, mieux articulés, capables d’identifier, de suivre et d’évaluer en temps réel les besoins de la population. À travers le RSU et la structuration des aides sociales, le Royaume entre dans une phase de rationalisation sociale, où les dispositifs sont mieux ciblés et davantage inscrits dans la durée. Il ne s’agit plus seulement de compenser les retards, mais de prévenir leur reproduction. « Ce système permettra d’identifier les familles qui ont réellement besoin d’aide, en fonction de critères objectifs et transparents », a précisé SM le Roi.

Le développement, selon le Souverain, ne saurait être porté uniquement par l’État central. Il interpelle aussi les collectivités territoriales, les acteurs économiques, les élus locaux et la société civile. Chacun doit contribuer à une dynamique plus circulaire, où les richesses nationales irriguent l’ensemble des régions. Cette logique de répartition équilibrée, déjà amorcée dans plusieurs chantiers structurants, doit désormais se prolonger dans les politiques de proximité. « Nous appelons à l’adoption d’une nouvelle génération de programmes territoriaux intégrés, plus adaptés aux spécificités et aux besoins réels des citoyens », a-t-il affirmé.

Dans un registre plus diplomatique, le Roi a réitéré son appel au dialogue avec l’Algérie. Cette main tendue, formulée une fois encore dans un esprit de responsabilité et de fraternité, souligne la constance de la vision marocaine. « Le Maroc continuera de tendre la main, dans un esprit de responsabilité, de bonne foi et de confiance dans l’avenir commun », a-t-il souligné, insistant sur la nécessité d’un Maghreb apaisé, débarrassé des clivages artificiels, tourné vers la complémentarité. Si le silence reste la seule réponse de l’autre rive, le Maroc, lui, avance.

Un autre signal politique, discret mais structurant, a aussi marqué cette allocution. En évoquant la réforme du code électoral, à engager avant les prochaines législatives, le Roi invite la classe politique à se hisser au niveau des attentes populaires. « Nous insistons sur la nécessité d’une réforme du code électoral, dans la perspective des prochaines échéances législatives », a-t-il affirmé. Le renouvellement institutionnel est posé comme une condition de crédibilité. L’État social et les équilibres territoriaux doivent s’appuyer sur une gouvernance plus lisible, plus représentative, plus responsable.

Cette orientation sociale, politique et territoriale s’accompagne d’un appel clair à la responsabilité collective. Le Roi a tenu à rappeler que l’État ne peut réussir seul. Les partis politiques, les élus, les gestionnaires territoriaux et les forces vives du pays doivent, eux aussi, se montrer à la hauteur de l’ambition nationale. La réussite des réformes ne dépend pas uniquement des lois votées ou des programmes lancés, mais de la capacité des institutions à fonctionner en cohérence, à servir l’intérêt général, à répondre aux attentes concrètes des citoyens. En ce sens, l’appel à une réforme du code électoral dépasse le seul cadre technique. Il s’agit de refonder la relation entre les citoyens et leurs représentants, sur la base de l’efficacité, de la transparence et de la proximité.

Le Souverain a également insisté sur les avancées enregistrées au cours des dernières années, en particulier dans les secteurs de la protection sociale, de la santé, de la généralisation de l’AMO et du soutien direct aux familles vulnérables. Ces chantiers ne sont pas ponctuels. Ils forment une architecture cohérente, pensée à long terme, où chaque réforme vient consolider la suivante. C’est cette approche systémique qui fait la force du modèle marocain, dans un monde où beaucoup de pays sont contraints de reculer sur leurs engagements sociaux. « Nous nous félicitons des résultats obtenus dans le cadre du projet de généralisation de la couverture sociale et des aides directes », a-t-il déclaré.

À travers ce Discours du Trône, SM le Roi Mohammed VI a aussi rappelé les fondements constants de la monarchie marocaine : l’attachement à la souveraineté, à l’équilibre institutionnel, à l’unité du pays et à la solidarité entre les générations. Le message n’est pas seulement politique. Il est aussi profondément humain. Il s’achève sur un hommage solennel rendu aux Forces Armées Royales, aux forces de sécurité, aux services publics mobilisés au service du peuple, et à la mémoire de feu SM Hassan II et feu SM Mohammed V. Par cet hommage, le Roi inscrit son action dans la continuité d’un héritage, tout en affirmant une pleine lucidité sur les défis contemporains.

Ce discours, dans sa forme comme dans son fond, n’est ni un exercice de célébration ni une simple communication de politique générale. Il réaffirme une vision de stabilité active, de transformation équitable et d’engagement total au service de la Nation. Dans un monde instable, le Souverain trace une voie d’équilibre. Et dans un pays en transition, il rappelle que l’unité, la justice et la dignité ne sont pas des discours. Elles sont les conditions de la souveraineté réelle.


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