[ after header ] [ Mobile ]

[ after header ] [ Mobile ]

Développement territorial : le diagnostic de la Cour des comptes

Par Yassine Andaloussi


Par-delà les chiffres et les tableaux budgétaires, le dernier rapport de la Cour des comptes dresse un constat lucide, parfois sévère, sur l’état du développement territorial au Maroc. Présenté devant le Parlement par la Première présidente de l’institution, Zineb El Adaoui, ce travail met en lumière un décalage persistant entre les ambitions affichées et la réalité de l’exécution sur le terrain.

Depuis plusieurs années, le développement territorial est érigé en pilier de la politique publique nationale. Régionalisation avancée, contrats-programmes État–Régions, projets structurants… les leviers existent. Pourtant, selon la Cour des comptes, leur efficacité reste largement entravée par des failles structurelles qui freinent l’impact réel des investissements consentis.

Premier point d’alerte : la conception même de nombreux programmes. La Cour relève que plusieurs projets sont élaborés sans diagnostic territorial approfondi, ni prise en compte suffisante des capacités financières, humaines et techniques des collectivités concernées. Résultat : des objectifs parfois irréalistes, des calendriers intenables et des projets qui peinent à dépasser le stade de l’intention.

La question de la coordination revient comme un fil rouge du rapport. Entre administrations centrales, régions, provinces et communes, la synergie attendue reste souvent théorique. Les retards dans la réalisation des études techniques, la multiplication des intervenants et l’absence de pilotage clair compliquent la mise en œuvre des projets, au détriment de leur cohérence globale. La Cour souligne que cette fragmentation institutionnelle engendre une dilution des responsabilités et nuit à la lisibilité de l’action publique.

Les contrats-programmes État–Régions, censés incarner une nouvelle génération de gouvernance territoriale, illustrent ces dysfonctionnements. Pour la période 2020–2022, moins de 10 % des projets auraient été achevés dans les délais impartis. Un chiffre qui interroge, alors même que ces contrats mobilisent des montants financiers conséquents et portent des attentes fortes en matière de réduction des disparités régionales.

Au-delà de la réalisation des projets, la Cour des comptes attire l’attention sur un aspect souvent négligé : l’exploitation et la maintenance des infrastructures. Routes, équipements publics, installations socio-économiques… trop de projets sont livrés sans qu’un schéma clair de gestion à long terme ne soit défini. L’absence de budgets dédiés à l’entretien ou de structures responsables fragilise la pérennité des investissements et réduit leur impact sur les populations locales.

Pour autant, le rapport ne se limite pas à un exercice de critique. La Cour formule une série de recommandations visant à renforcer l’efficacité des politiques territoriales. Elle appelle notamment à un diagnostic rigoureux des besoins locaux, à la définition d’objectifs mesurables et atteignables, ainsi qu’à une meilleure articulation entre les différents niveaux de gouvernance. L’intégration, dès la phase de conception, des contraintes de gestion et de maintenance figure également parmi les priorités soulignées.

En filigrane, le développement territorial ne peut se résumer à une accumulation de projets ou à une logique purement budgétaire. Il exige une vision cohérente, une coordination renforcée et une culture de résultats. À l’heure où le Maroc engage d’importantes réformes économiques et sociales, le rapport de la Cour des comptes rappelle que la réussite de ces chantiers passe, avant tout, par une action publique ancrée dans la réalité du terrain.


À lire aussi
commentaires
Loading...
[ Footer Ads ] [ Desktop ]

[ Footer Ads ] [ Desktop ]