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Dette publique : pourquoi Fitch maintient le Maroc à  BB+

Fitch Ratings maintient la note souveraine à « BB+ », avec une perspective stable, malgré un niveau d’endettement supérieur à celui de la plupart des pays de même catégorie. L’agence met en avant plusieurs amortisseurs : une structure de dette relativement favorable, des réserves extérieures solides, l’accès aux financements internationaux et la résilience du cadre macroéconomique

La Vérité


Avec une dette appelée à atteindre 67% du PIB en 2028, le Maroc reste nettement au-dessus de la médiane des pays notés « BB ». Fitch Ratings conserve pourtant la note du Royaume à BB+, avec une perspective stable. Réserves extérieures, structure de la dette et accès aux financements internationaux expliquent cette décision

La dette publique reste l’un des principaux points de vigilance pour les finances du Royaume. Selon les projections de Fitch Ratings, le ratio d’endettement de l’État devrait atteindre environ 67% du PIB en 2028, contre une médiane de 51% pour les pays classés dans la catégorie « BB ».

L’écart est significatif. Pourtant, il ne conduit pas l’agence à modifier la notation du Maroc. Fitch conserve ainsi le Royaume à « BB+ », avec une perspective stable. Cette décision repose sur plusieurs éléments qui, selon l’agence, permettent de contenir les risques associés au niveau élevé de la dette.

Une dette élevée, mais une structure jugée favorable

Le premier élément concerne la composition de la dette publique marocaine.

Fitch souligne notamment la longueur relativement importante des maturités, la part élevée des emprunts à taux fixe et le recours à des financements extérieurs concessionnels. Cette configuration limite l’exposition du Maroc aux risques de refinancement et aux fluctuations des taux de change.

Autrement dit, le niveau de dette constitue une faiblesse par rapport aux pays comparables, mais sa structure réduit une partie des risques financiers qui pourraient normalement accompagner un endettement aussi élevé.

Les réserves extérieures constituent un autre amortisseur

Fitch prend également en compte la position extérieure du Maroc.

Les réserves internationales ont atteint environ 48 milliards de dollars à fin 2025. L’agence prévoit leur progression au cours des prochaines années, notamment grâce aux recettes d’exportation et à la reprise des flux nets d’investissements directs étrangers.

Sur la période 2026-2028, ces réserves devraient représenter en moyenne 5,1 mois de paiements extérieurs courants, contre 4,9 mois pour la médiane des pays notés « BB ».

Le Maroc dispose par ailleurs d’une deuxième ligne de crédit modulable du Fonds monétaire international, accordée en avril 2026 pour environ 4,5 milliards de dollars. Ce mécanisme renforce la protection du Royaume contre d’éventuels chocs extérieurs.

Un déficit qui devrait rester sous contrôle

La situation budgétaire demeure néanmoins sous pression.

Fitch prévoit un déficit budgétaire de 4% du PIB en 2026, après 3,5% en 2025. Cette dégradation est notamment liée aux dépenses supplémentaires provoquées par la hausse des prix de l’énergie dans le contexte de la crise du détroit d’Ormuz.

La hausse des coûts énergétiques pèse notamment sur la compensation du gaz butane, le soutien aux opérateurs de transport et les transferts destinés à l’Office national de l’électricité et de l’eau potable.

L’agence considère toutefois que cette pression devrait progressivement s’atténuer. Elle prévoit un déficit moyen de 3,4% du PIB en 2027-2028, avec la diminution des dépenses liées au choc énergétique et une normalisation progressive des prix de l’énergie.

Les recettes fiscales devraient également conserver une certaine solidité, soutenues par les réformes engagées, l’amélioration du respect des obligations fiscales et le renforcement du recouvrement.

Le coût des grands investissements à surveiller

Le maintien de la note intervient aussi alors que le Maroc poursuit un important programme d’investissement dans les infrastructures.

Fitch prévoit que les dépenses d’investissement inscrites au budget resteront élevées, autour de 7,5% du PIB en moyenne, notamment avec l’approche de la Coupe du monde 2030.

Une partie importante de ces projets devrait cependant être financée ou portée par les entreprises publiques, les partenariats public-privé et d’autres structures situées en dehors du budget central.

Cette organisation permet de limiter l’impact immédiat sur les comptes de l’État. Elle crée néanmoins d’autres points de vigilance.

Fitch cite notamment les risques de dépassements de coûts, les besoins éventuels de soutien financier de l’État et l’accumulation de passifs qui pourraient, à terme, revenir sur le bilan du Royaume.

Une croissance attendue à 4% en 2026

La croissance constitue également un élément important de l’évaluation.

Fitch prévoit un ralentissement de la croissance réelle à 4% en 2026, contre 4,9% en 2025. L’activité devrait ensuite progresser à un rythme moyen de 4,2% en 2027-2028.

Le choc énergétique et le ralentissement de la demande européenne devraient peser sur l’économie marocaine en 2026. Plusieurs facteurs pourraient toutefois amortir cet effet, notamment une bonne campagne agricole et la poursuite des investissements dans les infrastructures, l’industrie et le tourisme.

Pourquoi la note reste-t-elle à BB+ ?

Le maintien de « BB+ » s’explique donc par un équilibre entre plusieurs facteurs.

D’un côté, Fitch relève un niveau de dette supérieur à celui des pays comparables, des déficits encore élevés et les risques liés à l’ampleur des investissements engagés à l’horizon 2030.

De l’autre, le Maroc bénéficie d’une structure de dette relativement favorable, de réserves extérieures importantes, d’un accès à des financements internationaux et d’un cadre macroéconomique que l’agence considère comme suffisamment solide pour absorber une partie de ces pressions.

Pour Fitch, une forte hausse durable du ratio dette/PIB, des déficits plus importants que prévu, la matérialisation de passifs éventuels ou une dégradation des perspectives de croissance pourraient exercer une pression sur la notation.

À l’inverse, une réduction durable de la dette rapportée au PIB et une amélioration des perspectives de croissance à moyen terme constitueraient des éléments favorables au profil de crédit du Royaume.

Le maintien de la note à « BB+ » ne signifie donc pas que la dette marocaine ne constitue plus un sujet de vigilance. Il traduit plutôt l’appréciation de Fitch selon laquelle les amortisseurs financiers et macroéconomiques dont dispose actuellement le Maroc permettent de compenser, dans son évaluation, le niveau d’endettement supérieur à celui de ses pairs.


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