Désinformation : la HACA veut frapper au portefeuille
Désinformation : la présidente de la HACA appelle à Abidjan à la démonétisation immédiate des contenus manipulateurs. Les plateformes sommées d'utiliser leurs outils techniques pour couper les revenus publicitaires des auteurs de fake news. Le Maroc défend une régulation garantissant la transparence sans entraver l'innovation ni les libertés fondamentales.
LA VÉRITÉ
Réunie à Abidjan ce lundi 2 juin 2026, la présidente de la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle (HACA), Latifa Akharbach, a exposé la stratégie marocaine pour une régulation numérique équilibrée. Face aux défis de l’intelligence artificielle et des réseaux sociaux, elle exhorte les géants du Web à assumer leur responsabilité en privant de revenus publicitaires les contenus manipulateurs, tout en garantissant la liberté d’expression.
Un cadre de régulation entre innovation et libertés
Lors d’une conférence internationale organisée à Abidjan, la présidente de la HACA, Latifa Akharbach, a précisé la position du Royaume du Maroc concernant la gouvernance du Web. Pour l’instance de régulation marocaine, l’encadrement des plateformes ne doit en aucun cas freiner le développement technologique ou porter atteinte aux droits fondamentaux des usagers. L’objectif affiché est de renforcer trois piliers essentiels : la transparence des processus, la traçabilité des sources d’information et la responsabilité directe des acteurs numériques.
Cette intervention s’est déroulée dans le cadre des travaux du Réseau des Instances Africaines de Régulation de la Communication (RIARC) et du Réseau Francophone des Régulateurs des Médias (REFRAM). Sous le thème « Intelligence artificielle, réseaux sociaux et liberté de communication : enjeux de régulation », l’événement rassemble une vingtaine d’instances africaines et francophones, ainsi que des représentants des principales plateformes mondiales.
Le levier financier contre la manipulation
Le cœur de la proposition marocaine repose sur la démonétisation de la désinformation. Selon Mme Akharbach, les plateformes numériques possèdent déjà l’arsenal technique pour identifier les acteurs malveillants. Elle affirme que ces entreprises peuvent priver de revenus publicitaires les sites et les comptes qui s’appuient sur l’usurpation d’identité médiatique ou la manipulation de l’information pour prospérer.
Pour la HACA, cette approche financière constitue un levier majeur pour assainir l’espace informationnel global. Cette méthode permettrait d’agir efficacement sans remettre en cause la liberté économique des acteurs légitimes, ni la liberté d’expression des citoyens. L’absence de clarté sur l’origine des contenus est aujourd’hui perçue comme une menace directe pour le libre choix des citoyens, qui ont droit à une information fiable.
La spécificité de la position marocaine
Mme Akharbach a tenu à rappeler que le Maroc reste profondément attaché à un espace numérique ouvert et concurrentiel. Malgré le fait que le Royaume soit régulièrement la cible de campagnes de désinformation massive, il a maintenu une politique de respect strict de la liberté d’internet.
La présidente de la HACA souligne que la protection de la liberté d’expression se joue désormais sur deux échelles distinctes. La première, traditionnelle, concerne le lien entre l’État, les médias et les citoyens. La seconde, plus contemporaine, touche aux infrastructures numériques elles-mêmes, qui structurent désormais l’accès à l’information et orientent le débat public.
Vers une régulation adaptée à l’intelligence artificielle
L’un des objectifs majeurs de la rencontre d’Abidjan est de maintenir un dialogue constant pour adapter la régulation aux transformations rapides induites par l’intelligence artificielle (IA) dans le secteur des médias. Les régulateurs cherchent à définir un cadre équilibré capable de répondre aux nouvelles formes de production de contenus.
Pour porter ce message, la présidente de la HACA est accompagnée d’une délégation d’experts. Celle-ci comprend Mme Fatima Baroudi et M. Yassir Ghorbal, tous deux membres du Conseil Supérieur de la Communication Audiovisuelle, ainsi que M. Talal Salahdine, manager des Affaires africaines et internationales au sein de l’institution. Les discussions avec les plateformes numériques présentes sur place visent à concrétiser ces principes de responsabilité partagée.
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