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Dernière fenêtre, premier acte : Listes électorales 2026, s’inscrire pour exister politiquement

Au Maroc, le calendrier électoral commence bien avant les affiches, les meetings et les slogans. Il débute dans un silence presque administratif, entre le 1er et le 31 décembre, lorsque s’ouvre la révision annuelle des listes électorales générales en vue des élections de 2026. Une période courte, souvent reléguée au second plan de l’actualité, mais qui conditionne pourtant tout le reste. Être inscrit ou ne pas l’être, c’est déjà être dans le jeu démocratique ou en dehors.

Par Fayçal El Amrani


Le ministère de l’Intérieur rappelle que cette opération concerne les citoyennes et citoyens remplissant les conditions légales, notamment les personnes ayant atteint ou atteignant l’âge de 18 ans avant le 31 mars 2026, mais aussi celles et ceux dont la situation a changé, déménagement, nouvelle commune de résidence ou besoin de transfert d’inscription. Passé le 31 décembre, la porte se referme, sans garantie d’une réouverture avant le scrutin. À ce stade, la politique continue, mais sans ceux qui auront laissé passer cette fenêtre.

 

L’inscription, angle mort du débat démocratique

Le débat public se focalise souvent sur la participation le jour du vote, sur l’abstention, sur la défiance envers les partis. Mais une réalité plus discrète pèse lourdement sur les équilibres électoraux : des centaines de milliers de citoyens ne sont tout simplement pas inscrits. Ils ne figurent pas parmi les abstentionnistes. Ils ne pèsent sur aucune analyse. Leur absence ne déclenche aucune alarme politique.

C’est ce point qui donne à la question des listes électorales une portée bien plus large qu’un simple rappel administratif. L’inscription est le premier acte politique. Sans elle, ni le vote ni l’abstention ne deviennent un message. Elle constitue la condition minimale pour exister dans les calculs des partis, des candidats et des institutions.

 

Une procédure simplifiée, mais une défiance persistante

Sur le plan technique, l’argument de la complexité ne tient plus. La plateforme officielle listeselectorales.ma permet aujourd’hui de s’inscrire, de vérifier son statut ou de demander un transfert de manière entièrement dématérialisée, en quelques minutes. Pour celles et ceux qui préfèrent des canaux alternatifs, la vérification peut se faire par SMS via le numéro gratuit 2727, ou directement auprès des autorités locales.

Cette digitalisation marque un tournant. Elle enlève les excuses logistiques, mais elle met en lumière une autre réalité, plus politique : le désintérêt, la lassitude ou la défiance envers le jeu électoral. Dans les grandes villes en particulier, les taux de non inscription et d’abstention restent élevés. Le rythme de vie, la pression sociale et le sentiment que les décisions se prennent loin des citoyens alimentent un décrochage silencieux.

 

Les voix invisibles, un enjeu de pouvoir

C’est dans ce contexte qu’intervient, en sous-axe mais avec une portée révélatrice, la mobilisation de la société civile. L’association Kif Mama, Kif Baba a lancé une campagne nationale pour encourager les femmes à s’inscrire sur les listes électorales et à s’approprier ce premier levier de participation. Leur message ne porte pas sur le choix d’un parti ou d’un candidat, mais sur le droit fondamental d’être comptée.

L’idée est simple et politiquement lourde de sens : plus une voix est socialement fragile, plus son absence des listes la rend inexistante dans les arbitrages publics. Les jeunes femmes urbaines, les salariées sous pression, celles qui ne se reconnaissent pas dans l’offre partisane sont souvent les premières à disparaître du corps électoral. Leur réalité quotidienne, dès lors, pèse moins dans les programmes, les priorités budgétaires et les réformes.

Dans cette lecture, l’inscription devient un acte d’affirmation civique. Elle ne préjuge pas du vote. Elle ne constitue pas une adhésion idéologique. Elle ouvre simplement la possibilité de choisir, y compris celle de l’abstention, qui n’a de sens politique que lorsqu’elle est visible.

 

2026 se prépare maintenant

À l’approche des élections de 2026, les partis affinent leurs stratégies, les candidatures indépendantes se multiplient et les discours se réorganisent. Mais la qualité de cette offre politique dépendra aussi de la composition réelle du corps électoral. Tant que des segments entiers de la population restent absents des listes, leur pouvoir de négociation reste nul.

Ce mois de décembre, dernier de l’année, agit donc comme un révélateur. Il interroge moins la ferveur électorale que la capacité collective à ne pas se retirer du champ démocratique par inertie. S’inscrire sur les listes électorales ne change pas tout, mais ne pas le faire garantit une chose : ne pas compter.

Pour une démocratie qui se veut représentative, la question n’est pas seulement de savoir qui votera en 2026. Elle est de savoir qui aura encore le droit de choisir.


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