Dépenses excessives des élus locaux au Maroc
Quand le budget ne reflète pas la réalité du terrain
Par Yassine Andaloussi
Au Maroc, les collectivités territoriales disposent chaque année de budgets impressionnants, destinés à financer le développement local, les infrastructures et les services publics. Pour 2025, certains budgets communaux atteignent plusieurs milliards de dirhams. Pourtant, les résultats visibles sur le terrain sont bien loin de refléter ces montants. Dans de nombreuses communes, des projets d’infrastructures sont inachevés, des routes restent impraticables, des équipements publics tombent rapidement en désuétude et des services essentiels demeurent insuffisants. Ce décalage met en lumière un problème structurel, à savoir les dépenses excessives et souvent mal ciblées des élus locaux ne produisent pas l’impact attendu pour les citoyens.
La ville de Casablanca illustre parfaitement ce constat. Avec un budget dépassant les 5 milliards de dirhams pour 2025, la commune est censée financer des projets de transport, de logement et d’aménagement urbain. Pourtant, plusieurs projets annoncés restent bloqués depuis des années, d’autres sont partiellement réalisés et certains équipements sont laissés à l’abandon. Les dépenses de fonctionnement restent élevées, souvent au détriment des investissements réellement visibles sur le terrain. Ces constats sont confirmés par les rapports de la Cour des comptes et des Cours régionales, qui pointent régulièrement les dépassements budgétaires, l’absence de suivi rigoureux et le manque de transparence.
Le cadre juridique marocain existe pour encadrer cette situation. La Constitution de 2011, à l’article 149, confie aux Cours régionales des comptes le contrôle des finances des collectivités territoriales et consacre le principe de transparence et de reddition de comptes. Le Code des collectivités territoriales et la loi organique n° 130-13 sur les finances locales imposent la justification des dépenses et la publication des comptes. Toutefois, l’application reste insuffisante et les citoyens n’ont que rarement accès à des informations fiables sur la réalisation concrète des projets.
Pour remédier à cette situation, il est nécessaire de combiner solutions juridiques et mesures administratives basées sur le terrain. Les collectivités doivent publier systématiquement leurs budgets prévisionnels, les comptes exécutés et l’état d’avancement réel des projets. La Cour des comptes et les CRC doivent intensifier les audits indépendants et rendre leurs rapports accessibles au public, avec des analyses frontales comparant le budget voté, les dépenses réelles et l’impact sur le terrain. Les élus doivent être tenus responsables par des sanctions légales en cas de dépenses injustifiées ou d’inefficacité manifeste. Enfin, la participation citoyenne doit être intégrée au suivi des projets pour signaler retards, gaspillages ou dysfonctionnements, assurant ainsi un contrôle réel de la dépense publique.
En appliquant ces mesures, le Maroc pourrait enfin réduire l’écart entre les montants astronomiques alloués aux collectivités et les résultats tangibles pour les habitants. La transparence, la responsabilité et la reddition de comptes ne sont pas seulement des obligations légales, elles constituent la condition sine qua non d’un développement local efficace et équitable pour un Maroc à une vitesse.
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