« Défense, c’est trop timide » : Trump justifie le retour au « Département de la Guerre »
Symbole guerrier à 1.2 milliard $ : Le nouveau "Département de la Guerre" de Trump fait polémique.
Par Mohammed Taoufiq Bennani
Un vent de changement, teinté d’une nostalgie guerrière, a soufflé sur Washington ce vendredi 5 septembre 2025, lorsque le président Donald Trump a signé un décret exécutif historique. Il a ordonné que le Département de la Défense reprenne son ancienne désignation : le Département de la Guerre. Depuis le Bureau ovale de la Maison Blanche, cette décision marque bien plus qu’une simple modification sémantique, elle proclame une nouvelle ère, axée sur la force et la détermination, pour une Amérique que son président envisage en colosse prêt à en découdre.
Un retour symbolique aux sources
Donald Trump a justifié sa décision avec sa grandiloquence habituelle, affirmant que le terme « Défense » sonnait « trop timide, trop fade ». En effet, selon lui, l’appellation « Guerre » « ça claque, ça montre qu’on ne se contente pas d’attendre ». Le président a également déclaré que cela envoyait un message clair de « victoire et de force » aux alliés comme aux ennemis des États-Unis. Pour lui, l’ancien nom reflète mieux les victoires militaires de la nation, notamment lors des deux guerres mondiales.
Le décret exécutif autorise le Pentagone et le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, à utiliser désormais le titre secondaire de « Secrétaire à la Guerre ». En outre, les bureaux du Département de la Défense pourront être désignés comme le Département de la Guerre dans les communications officielles et non statutaires. Il est vrai que cette mesure, largement symbolique, permet de contourner la nécessité d’une approbation immédiate du Congrès pour un changement de nom officiel et permanent. Toutefois, des membres du Congrès, comme le représentant Greg Steube et le sénateur Mike Lee, ont déjà introduit une législation pour rendre ce changement officiel et permanent.
Une rupture avec l’héritage de la paix
Cette décision n’est pas qu’un caprice sémantique. Elle représente un camouflet aux idéaux de paix qui ont émergé après la Seconde Guerre mondiale. En effet, en 1947, sous la présidence d’Harry Truman, les États-Unis avaient choisi de fusionner les Départements de la Guerre et de la Marine pour créer le Département de la Défense. Ce nom a été délibérément choisi pour refléter une mission de protection plutôt que d’agression. Le secrétaire d’État de l’époque, George Marshall, avait alors déclaré : « Nous sommes une nation qui défend la liberté, pas une nation qui impose sa volonté ». Ce virage s’inscrivait dans un mouvement mondial vers le dialogue et la coopération, symbolisé par la création des Nations unies.
Au contraire, Donald Trump considère cet héritage comme une entrave à la grandeur américaine. Il a d’ailleurs qualifié l’ONU de « club de bureaucrates qui veulent nous donner des leçons ». Par conséquent, la réhabilitation du nom « Ministère de la Guerre » est perçue comme un défi lancé aux principes du droit international et un étendard d’offense. De plus, ce relooking belliqueux a un coût estimé à 1,2 milliard de dollars, une somme que certains estiment mieux investie dans les hôpitaux pour les vétérans.
La « diplomatie de l’offense » en toile de fond
Ce renommage s’inscrit parfaitement dans la « diplomatie de l’offense » caractéristique de l’administration Trump. Par exemple, depuis son retour à la Maison-Blanche en janvier 2025, le président a multiplié les gestes provocateurs. Il a retiré les États-Unis de l’Organisation mondiale de la santé et a abandonné l’Accord de Paris sur le climat, les qualifiant de « fardeau ».
Par ailleurs, sur le plan économique, Washington a imposé des tarifs douaniers records, provoquant des ripostes internationales. Les voisins du Sud n’ont pas été épargnés, avec des détentions massives de migrants et des accusations d’incursions illégales en territoire mexicain. De même, les revendications territoriales audacieuses, comme la proposition d’acheter le Groenland ou l’idée de faire du Canada le « 51e État » américain, ont bafoué les normes internationales et suscité l’indignation. Tous ces actes, y compris le renommage du Pentagone, visent à affirmer une souveraineté sans entraves et à imposer la vision américaine par la force.
Le Pentagone sous l’étendard de la guerre
Au Pentagone, le secrétaire Pete Hegseth incarne cette vision martiale de Trump. Il a clairement exprimé sa volonté de « restaurer une éthique guerrière ». Il a déclaré que le « ministère de la guerre va mener des combats décisifs, et non des conflits sans fin » et que l’armée américaine « combattra pour gagner, et non simplement pour ne pas perdre ». De même, il a affirmé : « On va passer à l’offensive, pas seulement à la défense. Létalité maximale, pas légalité timide. Effet violent, pas politiquement correct ». Dès l’annonce, le site defense.gov redirigeait déjà vers war.gov.
Par contre, ce changement de nom pose des défis logistiques considérables. La mise à jour des systèmes informatiques prendra 18 mois, menaçant de perturber les opérations sur les 700 bases militaires américaines à travers le monde. De ce fait, des soldats se sont déjà montrés ironiques face à l’idée de porter des insignes « Guerre » lors de missions humanitaires. Enfin, Hegseth a supprimé les programmes de diversité, les qualifiant de « distractions inutiles », ce qui a provoqué la démission de plusieurs officiers supérieurs.
Réactions internationales et militarisation accrue
La communauté internationale a accueilli cette annonce avec une retenue diplomatique teintée d’inquiétude. Les partenaires de l’OTAN ont réaffirmé que l’Alliance repose sur la défense collective et le respect du droit international. Néanmoins, en coulisses, les diplomates européens ont exprimé leur préoccupation quant à cette rhétorique qui complique leur position face à des pays comme la Russie. Le président Trump a d’ailleurs menacé de réduire l’aide à l’Ukraine si l’Europe n’augmente pas ses contributions.
En conséquence, la Russie a saisi l’occasion pour ironiser, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, déclarant : « Les Américains affichent leur vraie nature ». La Chine, lors d’une réunion des BRICS, a dénoncé « l’hégémonisme américain ». De plus, ce renommage coïncide avec une montée en puissance militaire notable, le budget de défense pour 2026 atteignant 950 milliards de dollars. Des exercices navals et des frappes de drones, critiquées pour leur manque de coordination, illustrent cette militarisation croissante. Un sondage Pew du 4 septembre 2025 révèle que 52% des Américains soutiennent le renommage, attirés par l’image d’une Amérique forte, tandis que 45% le critiquent.
Le pouvoir du décret exécutif
En effet, un décret exécutif est une directive émise par le président qui gère les opérations de l’administration fédérale, s’appuyant sur la Constitution ou des lois du Congrès. Toutefois, il est soumis à un contrôle judiciaire et peut être annulé s’il dépasse l’autorité présidentielle. Le président Trump a fait un usage record des décrets exécutifs, en émettant 143 au cours de ses 100 premiers jours en 2025.
C’est pourquoi, bien que le décret autorise l’usage du titre secondaire « Département de la Guerre », les références statutaires au « Département de la Défense » demeurent en vigueur jusqu’à ce qu’une loi les modifie. Le secrétaire à la Guerre devra soumettre au président une recommandation sur les actions législatives et exécutives nécessaires pour un changement permanent dans les 60 jours.
En somme, le renommage du Département de la Défense en Département de la Guerre, par un décret du président Donald Trump, est bien plus qu’une simple facétie sémantique. Il s’agit d’une déclaration politique forte, qui rejette un héritage de paix post-Seconde Guerre mondiale au profit d’une posture plus agressive et unilatérale sur la scène mondiale. Cette décision s’inscrit dans une « diplomatie de l’offense », illustrant la volonté de l’administration Trump d’affirmer la puissance américaine sans égard pour les normes et les alliances internationales.
Finalement, alors que les enseignes du Pentagone commencent à être remplacées, la question demeure : ce changement d’appellation sera-t-il réellement le catalyseur d’une « éthique guerrière » ou ne fera-t-il qu’isoler davantage les États-Unis, transformant le monde en un champ de bataille idéologique et diplomatique ? Quel impact cette militarisation de la rhétorique aura-t-elle sur la stabilité mondiale et sur la perception de l’Amérique par ses alliés et ses adversaires dans les années à venir ?
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