Décès de Henry Kissinger Un Nobel de la paix et des accusations de crimes contre l’humanité…

LA VÉRITÉ
L’ancien secrétaire d’État américain (1973-1977) et prix Nobel de la paix Henry A. Kissinger est mort mercredi à l’âge de 100 ans. Considéré comme l’un des plus grands diplomates de tous les temps, ce chantre de la realpolitik et intellectuel conservateur reste une figure controversée pour son rôle dans certaines des pages les plus sombres de la Guerre froide.
Grand artisan du rapprochement historique entre les États-Unis et la Chine communiste au début des années 1970, initiateur de la politique de détente avec l’URSS, son nom reste également associé aux accords de Paris qui ouvriront la voie au retrait américain du Vietnam et lui ont valu le prix Nobel de la paix en 1973.
Mais ce bilan prestigieux n’a jamais cessé de susciter le débat aux États-Unis. À l’occasion du centième anniversaire du diplomate en mai 2023, le magazine The Nation, engagé à gauche, publiait un dessin d’Henry Kissinger prêt à se délecter d’un gâteau d’anniversaire nappé du sang des victimes de toutes les crises qui ont marqué sa carrière.
Bombardements meurtriers au Cambodge, rôle occulte dans le renversement du gouvernement démocratiquement élu de Salvador Allende au Chili en 1973, blanc-seing donné à la brutale invasion indonésienne au Timor-Oriental, appui à l’opération Condor, une vaste campagne d’assassinats d’opposants dans six dictatures militaires d’Amérique latine en 1975… Henry Kissinger a régulièrement été qualifié de « criminels de guerre » par ses détracteurs les plus virulents mais sans rien perdre ou presque de son aura de virtuose des relations internationales.
Loin des projecteurs, Henry Kissinger est toutefois rattrapé par sa légende noire au tournant des années 2000. En séjour en France, l’ancien diplomate, âgé de 78 ans, est convoqué en mai 2001 comme témoin par le juge Roger Le Loire dans le cadre d’une instruction pour « crimes contre l’humanité », « génocide » et « séquestration » ouverte contre le dictateur chilien Augusto Pinochet. La procédure a été ouverte en France après la plainte de plusieurs familles de Franco-Chiliens disparus dans les années 70. Le magistrat s’appuie sur des documents déclassifiés montrant que la CIA avait connaissance des campagnes d’assassinats d’opposants menés dans plusieurs dictatures d’Amérique latine. Henry Kissinger ne répondra jamais à l’appel de la justice française.
Ces dernières années, celui qui n’a jamais réussi à totalement gommer son accent allemand partageait régulièrement lors de conférences ou d’interviews son point de vue sur les grandes crises que traversent le monde. En 2014, après l’annexion de la Crimée et la guerre dans le Donbass, Henry Kissinger plaidait pour la neutralité de Kiev face à la Russie. Il change d’avis lors de l’invasion russe en 2022 et défend l’aide militaire apportée à l’Ukraine. Dans un entretien fleuve de 8 heures accordé en mai 2023 à The Economist, l’ancien diplomate estimait qu’ »il n’y avait plus d’autre issue que de prendre l’Ukraine dans l’Otan, pour sortir l’Europe de l’insécurité ».

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