De l’université au chômage : comment briser le paradoxe qui écarte nos talents féminins du marché du travail
Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) exhorte le Maroc à intégrer massivement les femmes dans le marché du travail. Son rapport 2024 propose des réformes radicales pour transformer la société et booster la croissance nationale.
LA VÉRITÉ
Le CESE a publié, le 6 mars 2026, un plaidoyer vigoureux pour l’inclusion des femmes. À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, l’institution interpelle les décideurs. Elle souhaite transformer le potentiel féminin en un véritable moteur de développement. Ce constat s’appuie sur le dernier rapport annuel du Conseil. Malgré les réformes engagées sous l’impulsion du Roi Mohammed VI, des blocages persistent.
Un paradoxe éducatif frappant
Le Maroc vit aujourd’hui une situation contradictoire. Les femmes réussissent brillamment leurs études, mais elles disparaissent du monde professionnel. Le CESE qualifie cette situation de paradoxe alarmant. En effet, les jeunes filles dominent les filières scientifiques et techniques. Elles représentent 56 % des étudiants en sciences et 42,2 % dans les écoles d’ingénieurs. Cependant, une « fuite progressive » vide les rangs au fil du parcours professionnel. Plus les responsabilités augmentent, plus la présence féminine s’évapore.
Les chiffres de l’emploi illustrent ce fossé béant. En 2024, le taux d’activité des femmes plafonne à 19,1 %. En revanche, celui des hommes culmine à 68,6 %. Le chômage frappe les diplômées comme un couperet. Plus d’un tiers des femmes issues de l’enseignement supérieur n’ont pas d’emploi. Cette inactivité ressemble à un moteur qui tourne à vide. Le pays gaspille ainsi ses talents les plus précieux.
Le fardeau des traditions
Les mentalités agissent comme une ancre qui freine l’émancipation. Selon une enquête de la Banque mondiale, les deux tiers des Marocains lient encore la subsistance financière aux hommes. Ils assignent les femmes aux seules tâches domestiques. Ces représentations emprisonnent les femmes dans des rôles ancestraux. Souvent, les citoyennes intériorisent elles-mêmes ces barrières culturelles.
De plus, l’inégalité se niche au cœur des foyers. Les femmes consacrent plus de cinq heures par jour aux tâches ménagères. Les hommes y dédient moins d’une heure. Ce double fardeau domestique est une véritable course d’obstacles quotidienne. Il limite mécaniquement le temps disponible pour le travail salarié ou l’engagement politique. Par ailleurs, l’économie du soin reste dans l’ombre. Les femmes soignent les enfants et les aînés sans aucune protection sociale. Ce travail invisible alourdit leur charge mentale chaque jour.
L’urgence d’un sursaut économique
Le coût de cette exclusion est exorbitant pour le Royaume. L’inactivité féminine brûle 25,3 milliards de dirhams chaque année. À l’inverse, l’inclusion est une mine d’or inexploitée. Le HCP estime qu’un gain de 9 points du taux d’activité féminin doperait le PIB de 3 % d’ici 2035. L’égalité n’est donc pas seulement un droit, c’est une nécessité économique.
Toutefois, le monde du travail reste injuste. L’écart salarial dans le secteur privé atteint 23 % en moyenne. Dans certaines professions, ce gouffre dépasse les 40 %. Plus de la moitié des salariées touchent moins que le SMIG. Un quart des actives travaillent même gratuitement dans un cadre familial. Le CESE dénonce également une sous-représentation chronique dans les sphères de décision. Les femmes occupent trop peu de postes de haute direction. Elles restent les grandes absentes des instances de gouvernance territoriales et nationales.
Une feuille de route audacieuse
Pour briser ces chaînes, le CESE propose un plan d’action global. Il fixe l’objectif mobilisateur d’atteindre 45 % d’activité féminine en 2035. Ce cap doit orienter toutes les politiques publiques à venir. Le Conseil recommande de renforcer l’offre de formation professionnelle. Il demande aussi des services d’appui concrets. Cela inclut la création de crèches et de transports sécurisés. Le télétravail et les horaires souples doivent faciliter la vie des mères.
D’un autre côté, le CESE veut stimuler la demande d’emploi. Il suggère des incitations pour les entreprises qui recrutent des femmes. La nouvelle Charte de l’investissement doit jouer un rôle central dans ce dispositif. Le Conseil prône également la création d’un indice national de l’égalité salariale. Cet outil mesurera les écarts par secteur et par territoire. Enfin, l’institution appelle à instaurer des quotas progressifs dans les secteurs scientifiques et économiques. La reconnaissance juridique des métiers du soin est aussi une priorité. Transformer ces activités informelles en vrais métiers garantira des droits sociaux aux travailleuses. Le Maroc doit maintenant passer des textes à la pratique pour réussir son développement.
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