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De la Bénédiction à la Calamité : Le Nord sous le Choc du Déluge

Le passage brutal d’une sécheresse historique à des inondations dévastatrices dans la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma ne relève pas seulement de la météo : c’est un avertissement structurel pour l’avenir du Royaume

Par Fayçal El Amrani


Le ciel s’est ouvert sur le Nord, mais ce n’est pas la pluie salvatrice que nous espérions. À l’heure où j’écris ces lignes, Ksar El Kebir et les plaines du Gharb luttent contre les flots. Plus de 54 000 âmes ont été déplacées, fuyant la montée d’un Oued Loukkos devenu incontrôlable. J’ai encore en tête les images de ces mains tendues depuis les toits, cherchant un horizon qui n’est plus que grisaille. Ce paradoxe cruel, mourir de soif hier, se noyer aujourd’hui, est le visage hideux de la « polycrise » climatique marocaine en ce début d’année 2026.

La Physique du Désastre : Un Sol qui ne Sait plus Boire

Le barrage Oued El Makhazine, saturé, rejette ses surplus par nécessité technique, inondant les douars en aval. C’est une tragédie de la physique : après sept ans de sécheresse, nos sols sont devenus hydrophobes. La terre, craquelée et compactée par des années de chaleur extrême, a perdu sa porosité naturelle. C’est le drame de la terre qui refuse son propre remède : au lieu d’absorber la vie, elle rejette la pluie comme un corps étranger. Transformant chaque goutte en un torrent de boue immédiat, elle agit désormais comme une dalle de béton.

Ce n’est pas une simple « alerte rouge » de la Direction Générale de la Météorologie (DGM), c’est une défaillance de notre capacité d’adaptation. Nous avons construit un pays pour gérer la rareté. Aujourd’hui, nous sommes confrontés à l’excès, et nos villes ne sont pas prêtes. La submersion des quartiers périphériques de Tétouan témoigne d’une urbanisation qui a trop souvent ignoré la topographie au profit de la spéculation.

L’Éveil d’une Nation : La Solidarité Digitale et Terrain

Pourtant, au cœur de cette détresse, le Maroc montre son plus beau visage : celui d’une solidarité organique et féroce. Il y a quelque chose de bouleversant à voir un fil X se transformer en une véritable cellule de crise humanitaire en moins de deux heures. Ce n’est plus seulement l’État qui répond, c’est toute une nation qui se lève. Sous l’impulsion de collectifs citoyens et le relais massif de figures comme Achraf Hakimi, dont l’engagement dépasse désormais les limites du terrain, des « ponts de vie » se sont créés entre le Sud et le Nord.

Des convois civils chargés de couvertures, de kits d’hygiène et de denrées alimentaires affluent de Casablanca, Marrakech et Agadir. Sur Reddit et TikTok, les groupes d’entraide coordonnent l’hébergement d’urgence chez l’habitant pour les sinistrés de Ksar El Kebir. C’est là que réside notre vraie force : cette capacité typiquement marocaine à transformer un « clic » en une paire de bras sur le terrain. Les associations locales, connaissant chaque douar, guident les secours là où les cartes officielles peinent encore à identifier l’urgence.

Il est temps que l’écologie soit le pilier central de notre sécurité nationale. La résilience marocaine est mise à l’épreuve par un ciel qui ne pardonne plus nos retards

Le Spectre de l’Inflation et le Devoir de Résilience

Cette union sacrée ne doit cependant pas occulter la question politique. La sécurité alimentaire du Ramadan vacille. Les crues ont noyé les plaines du Sebou et du Loukkos, véritables greniers à blé et à légumes du pays. Voir ces terres, censées approvisionner nos tables d’Iftar, disparaître sous la boue provoque une douleur profonde. Le Sebou dévasté, c’est l’inflation de demain sur nos marchés. Nous devons repenser notre infrastructure non plus comme des remparts contre la sécheresse, mais comme des systèmes résilients capables d’absorber la violence d’un climat sans juste milieu.

Le courage des Forces Armées Royales (FAR) et de la Protection Civile, qui opèrent des sauvetages héroïques est immense. Mais après le reflux des eaux, il restera une boue amère : celle de l’incertitude. Le Maroc de 2026 doit comprendre que le climat est une menace asymétrique constante. Il est temps que l’écologie soit le pilier central de notre sécurité nationale. La résilience marocaine est mise à l’épreuve par un ciel qui ne pardonne plus nos retards.


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