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Crise en Algérie : Surréalisme militariste

Sanae El Amrani


L’Algérie a ceci d’unique, c’est qu’elle ne fait pas dans la demi-mesure. Jamais. Quelle que puisse être la bêtise, le gouvernement algérien y pousse le bouchon jusqu’au bout, sans crier gare. Souvenez-vous, nous avons eu droit, durant 20 ans, au show Bouteflika. Un spectacle qui a été émaillé de quelques épisodes d’anthologie, qui sont restés pour la postérité.

Des instants rares dans la planète du pouvoir absolu. Des moments inoubliables et surréalistes, à la fois. Absurdes surtout. Vous souvenez-vous quand le dernier président avait arboré son accessoire fétiche pour gouverner tout un peuple muselé ? Là, Bouteflika avait pris du grade. Je dirai même qu’il avait touché à un haut degré d’aberration et d’hilarité conjuguées. Vous souvenez-vous de cette séquence où on lui offre un cheval ? Incroyable, mais vraie. On offre une jument à un fantôme. Mais la bête n’a jamais vu le bonhomme.

 

Le cadre du Président !

 

Elle n’a eu droit qu’à sa photo. Les sbires du régime algérien avaient poussé la rigueur surréaliste dans ses confins. On a mené le cheval, un peu paumé, je dois le souligner, sur cette estrade, entouré de généraux, de militaires de tous acabits et d’officiels impliqués et appliqués, vers une énorme image. Même le cheval a halluciné. Comment ? Quel affront ? On me dirige vers une image, mais où est le bonhomme ? Ce que le cheval n’avait pas compris c’est que quand on atteint ce stade de sainteté, on peut juste faire balader ses effigies un peu partout dans le pays et rester scotché à son fauteuil comme un enfant avec son joujou.
Il y a aussi cet autre passage tout aussi incroyable, quand on a fait circuler sur un engin l’énorme portrait de Bouteflika pour un défilé militaire. Vous voyez le truc ! Vous avez des deuxièmes classes par milliers et des officiers et des hauts gradés qui saluent un cadre qui passe. Évidemment, dans les dictatures qui se respectent comme c’est le cas à Alger, le culte de la personne et les images monumentales font office de gouvernance. Mais de là à faire entrer dans la foire, des animaux, les Algériens avaient dépassé là, tout ce qu’on avait pu apprécier dans des régimes satellites de l’ex URSS. Il faut aussi souligner que Saddam, Kadhafi et les autres, ont été cloués au pilori.

 

Le contrecoup du pouvoir à vie est dangereux

 

Le retour de manivelle est toujours corsé. Et la chute est constamment inévitable. Pourtant, il faut se résoudre à cette évidence : c’est une idée machiavélique de la part d’un président à vie, qui n’a jamais reçu une seule personne durant vingt ans de mandats cumulés. Pas un seul artiste, pas un seul intellectuel, pas un seul journaliste, pas un seul cinéaste, pas un seul citoyen. Le pouvoir isole, disait quelqu’un. Il rend surtout criminel quand il n’est pas assis sur la légitimité et l’amour du peuple.
Bref, celui qui avait exigé qu’on l’appelle Sa grandeur monsieur le président, a poussé la symbolique tellement loin, que le jour où il signe sa démission, il est assis sur son accessoire mobile en gandoura grise. Comble de l’élégance et du respect pour ce peuple algérien qui a tant enduré et qui n’est pas encore sorti de l’auberge. Ce peuple qui a été méprisé par un Bouteflika coupé des réalités de son pays. Un président qui voulait être roi. Mais on ne devient pas roi du jour au lendemain, surtout quand on gouverne une république bananière. La royauté est une affaire de lien entre un Souverain aimé et un peuple solidaire. C’est une histoire de siècles de légitimité aussi.

 

Rapport de force

Mais, il faut croire qu’il y a des prétentions fatales qui précipitent certaines nations dans le gouffre de l’Histoire, à tout jamais. Cela a été le cas de républiques plus solides et plus légitimes. Et pourtant le rouleau compresseur de l’Histoire a tout écrasé sur son passage. Vous souvenez-vous de cette phrase terrible quand on avait placé Bouteflika sur le trône d’Alger. En s’adressant à un journaliste étranger lui disant qu’il n’est pas là comme président pour élever le peuple et l’aimer. Si le peuple veut rester arriéré, il va le rester. Ce jour-là, il aurait fallu comprendre le rapport du bonhomme au pouvoir et à l’exercice de l’État.

Mais, nous avons cru à un moment de la longue marche de l’Algérie voisine, que ce même peuple avait pu dire stop. De manière pacifiste, il avait donné une leçon à l’armée, aux généraux, aux sous-fifres du pouvoir algérien, au clan Bouteflika, aux islamistes qui sont en embuscade… Le mot d’ordre était simple : liberté et dignité. Comme ces Algériens la méritent cette vie meilleure. Ils ont assez accepté, ils ont assez enduré, ils ont assez donné, mais ils n’ont pas oublié les années noires, les 200 000 morts, les assassinats, les bandes armées, les gangs criminels, les terroristes, les répressions à répétition et la confiscation des identités.

 

Le Maroc, obsession algérienne !

 

L’Algérie est un pays qui a été sacrifié pour l’hégémonie de la soldatesque, le trafic de carburants, les magouilles idéologiques et démagogiques. Le tout avec une obsession de la part de tous les locataires du Palais de la Moradia de Ben Bella à Tebboune en passant par Boumediène, Bitat, Bendjedid, Kafi, Zéroual et toute la cliques des généraux derrière. Cette obsession se nomme Maroc. Il faut croire que les voisins auraient voulu vivre dans ce pays voisin érigé aujourd’hui en exemple de la stabilité dans tout le monde Arabe.

Mais il faut aussi croire qu’il y a des destinées fatales. Ceci est le diktat de l’Histoire. Avec la sortie du peuple algérien, on avait réellement cru que le cirque algérien avait bel et bien plié bagage. Qu’il n’y avait plus de place pour le spectacle dans un pays qui traverse sa pire crise politique et sociale. Nous avons même cru qu’il y avait là une belle occasion d’écrire une nouvelle page pour cette Algérie malmenée par tous ses dirigeants. Nous avons bien cru que les Algériens allaient entamer un nouveau tournant, avec sérénité. Il n’en était rien.

Le cirque est plus corsé aujourd’hui. C’est un cirque comique et ridicule avec un metteur en scène dépassé par les événements, Abdelmadjid Tebboune qui veut frapper le Maroc de « sanctions économiques ». La belle affaire de la part d’un pays exsangue, qui tire la langue, une république désavouée par la communauté internationale et qui essuie camouflet sur camouflet.


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