Consommation : Le grand écart entre la flambée de l’agneau et la percée du bœuf sud-américain
LA VÉRITÉ
Le marché national des viandes rouges entame l’année 2026 sous le signe de la dualité. Alors que les ménages marocains font face à une augmentation brutale des prix de la viande ovine, une alternative gagne du terrain sur les étals : la viande bovine importée, notamment du Brésil et de l’Uruguay, qui s’impose comme un véritable amortisseur pour le pouvoir d’achat.
La hausse des tarifs de l’ovin est spectaculaire et se fait durement sentir dans le portefeuille des consommateurs. Selon les données rapportées par Hicham Jawabri, secrétaire général régional des commerçants de viandes rouges à Casablanca, le prix du bétail vivant a connu une envolée soudaine, passant de 43-45 dirhams à une fourchette de 53 à 54 dirhams le kilo en quelques jours. Cette inflation en amont se répercute mécaniquement aux abattoirs, où la viande ovine se négocie désormais entre 100 et 110 dirhams le kilo, contre 70 à 90 dirhams il y a encore quelques semaines.
Cette tension sur les prix s’explique par la conjonction de deux facteurs majeurs. Premièrement, les éleveurs ont commencé à faire de la rétention de bétail, anticipant une meilleure rentabilité à l’approche de l’Aïd Al-Adha, ce qui crée une raréfaction de l’offre dans les souks. Deuxièmement, les récentes précipitations, bien que bénéfiques, incitent les éleveurs à garder le cheptel au pâturage pour l’engraissement plutôt que de l’envoyer à l’abattoir. Face à ce blocage, la réouverture des importations d’ovins, suspendues depuis septembre dernier, est évoquée par les professionnels comme une nécessité urgente pour casser la spirale inflationniste.
À l’opposé de cette cherté, la viande bovine importée s’installe comme une solution de repli stratégique. Profitant de la prolongation de l’exonération des droits de douane jusqu’au 31 décembre 2026, les importateurs se tournent massivement vers l’Amérique du Sud. Le différentiel de prix est l’argument massue qui dicte les choix actuels. Aux abattoirs, alors que la viande bovine locale ou d’origine espagnole culmine à 92 dirhams, la viande de race Nelore importée du Brésil s’affiche autour de 70 dirhams, et la viande uruguayenne vers 80 dirhams. Ces tarifs compétitifs permettent de maintenir une option abordable pour le consommateur moyen, pris en étau par la conjoncture.
Le gouvernement semble avoir pris la mesure du risque en maintenant les avantages fiscaux pour l’importation. Toutefois, les professionnels restent prudents, estimant que le quota actuel de 300 000 têtes pourrait s’avérer insuffisant si la flambée de l’agneau persiste durablement. Pour l’heure, le marché marocain vit une recomposition forcée, où le bœuf importé devient le garant de la stabilité des prix face à un agneau local devenu produit de luxe.
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