Conseil de sécurité : l’Afrique sous-représentée, le veto contesté
La 81e Assemblée générale des Nations unies remet la réforme du Conseil de sécurité au centre du débat. Mais entre l’élargissement de sa composition, le maintien du droit de veto et la candidature du Maroc à un siège non permanent pour 2028-2029, une question demeure : qui peut réellement faire évoluer les décisions de l’ONU ?

Par Hamza Abdelouaret
Guerre entre les États-Unis et l’Iran, conflits persistants, crise climatique, intelligence artificielle : les États arrivent à New York avec des priorités et des lignes rouges différentes. Le thème de la 81e Assemblée générale appelle à restaurer la confiance et à faire des Nations unies une organisation capable d’obtenir des résultats. C’est précisément là que se situe la difficulté : comment produire une décision commune lorsque les grandes puissances défendent des intérêts divergents ?
Dans son intervention, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a remis au premier plan le déséquilibre entre les rapports de force actuels et la composition des institutions internationales. Le Conseil de sécurité en est l’exemple le plus visible. Plus de 80 ans après la création de l’organisation, l’Afrique ne dispose toujours d’aucun siège permanent. L’Amérique latine est également absente de cette catégorie, tandis que la place de l’Europe reste importante au regard des équilibres contemporains.
Sur le principe, la nécessité d’une réforme est largement évoquée. Sur ses modalités, les positions divergent. Recep Tayyip Erdogan, président de la Turquie, a défendu la suppression des sièges permanents et du droit de veto, estimant que cinq États ne peuvent conserver une telle influence sur les décisions de l’ensemble des membres. La Russie défend une autre approche : elle se dit favorable à l’élargissement du Conseil, mais souhaite conserver le veto.
La distinction est essentielle. Ajouter des membres peut rendre le Conseil plus représentatif, sans nécessairement le rendre plus efficace. Tant que le veto permet à l’un des cinq membres permanents de bloquer une décision de fond, l’élargissement de la table ne règle pas, à lui seul, le problème des blocages.
Une mesure a toutefois renforcé le coût politique du veto. Depuis l’adoption, en 2022, de la résolution 76/262, l’Assemblée générale peut se réunir dans les dix jours ouvrables suivant l’exercice d’un veto afin d’en débattre. Cette procédure ne retire pas au veto sa portée juridique, mais oblige son auteur à défendre publiquement sa position devant les États membres.
Cette avancée reste limitée. La réforme du Conseil suppose une modification de la Charte des Nations unies, ce qui rend difficile toute évolution à laquelle les puissances disposant du veto s’opposeraient. Pour les critiques de l’institution, cette situation nourrit un paradoxe : l’ONU reste la principale enceinte universelle où les États peuvent s’exprimer, mais son organe chargé du maintien de la paix se trouve paralysé sur plusieurs crises majeures.
Le fonctionnement de l’organisation est aussi fragilisé par ses difficultés financières. Les contributions impayées et la dépendance à l’égard des financements des États réduisent sa capacité d’action. À mesure que des groupes et des formats de concertation se développent en dehors du cadre onusien, l’organisation risque de perdre une partie de son rôle central. Elle demeure pourtant une tribune où les pays de toutes tailles peuvent porter leur voix.
C’est dans ce contexte que le Maroc a annoncé sa candidature à un siège non permanent du Conseil de sécurité pour la période 2028-2029. Un tel mandat ne confère pas de droit de veto, mais donne au pays une place dans les délibérations et les votes du Conseil. Il permet aussi de participer directement aux négociations sur les textes et les réponses aux crises. Son poids reste cependant limité dès lors qu’un membre permanent décide de bloquer une résolution.
La question de la représentation africaine dépasse elle aussi le seul symbole. Une présence permanente pourrait donner au continent une voix plus durable dans les travaux du Conseil. Mais elle ne garantirait pas, à elle seule, une position commune ni une capacité d’action collective. Les divisions entre États africains et la difficulté à coordonner les réponses aux crises régionales constituent un autre obstacle. Comme l’a résumé l’analyse développée au cours du débat, ajouter des sièges sans renforcer la cohésion politique ne suffirait pas à modifier profondément les rapports de force.
L’enjeu de la réforme est donc double : mieux représenter le monde et agir sur la manière dont le pouvoir s’exerce. La candidature marocaine peut offrir au Royaume une capacité d’intervention accrue dans les débats internationaux. Elle ne changera toutefois ni le fonctionnement du veto ni les limites structurelles du Conseil. La question posée à New York reste entière : les États veulent-ils seulement élargir la représentation autour de la table, ou sont-ils prêts à revoir les règles qui déterminent les décisions ?

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