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Connaissez-vous les secrets de la race Sardi ? Le Seigneur des Béliers dans toute sa splendeur

Bien plus qu'une simple race ovine, le Sardi représente un patrimoine agricole et économique à forte portée culturelle et sociale, qui s’est transformé au fil du temps, notamment dans la province de Settat et la région des Béni Meskine, en un héritage profondément enraciné dans la Chaouia.

Par Hicham El Azhari


À mesure que l’on parcourt les plaines menant à El Brouj, capitale de Béni Meskine, l’élevage ovin s’impose comme un mode de vie à part entière. Les troupeaux de Sardi qui peuplent les pâturages témoignent de l’ancrage ancien de cette race dans le territoire, où elle constitue un pilier de l’économie rurale et une source essentielle de revenus pour des milliers de familles.

 

Les caractéristiques du « seigneur des béliers »

Le mouton « Sardi » se distingue par des caractéristiques uniques qui lui confèrent une allure remarquable : grand de taille, à la toison blanche, doté d’une ossature robuste et de cornes imposantes et recourbées. Mais ce qui fait surtout sa singularité, ce sont les marques noires harmonieuses autour des yeux, de la bouche, à l’extrémité des oreilles et sur les pattes, une particularité que les éleveurs résument dans cette expression célèbre : « il regarde en noir, mange en noir et marche sur du noir ».

Adapté aux conditions climatiques souvent rudes de la région, notamment grâce à sa capacité à parcourir de longues distances à la recherche de pâturages, le Sardi allie endurance et qualité de viande, ce qui renforce son attractivité, notamment à l’approche de l’Aïd Al Adha où il demeure le choix privilégié de nombreux ménages.

 

Un poids économique et des chiffres significatifs

Au-delà de son prestige, la race « Sardi » revêt un poids économique considérable. Selon les données du ministère de l’Agriculture, de la Pêche Maritime du Développement Rural et des Eaux et Forêts, la province de Settat compte près de 900.000 têtes ovines, illustrant l’importance stratégique de cette filière.

La dynamique actuelle du secteur est également soutenue par des conditions climatiques favorables, les précipitations enregistrées lors de la campagne agricole en cours ayant permis d’améliorer les pâturages et de renforcer la productivité du cheptel.

Dans ce contexte, la Direction provinciale de l’Agriculture de Settat déploie plusieurs projets structurants visant à développer la filière, notamment à travers la plantation de 2.000 hectares d’arbustes fourragers, la culture de 500 hectares de semences fourragères, ainsi que la création d’un groupement d’éleveurs et la mise en place d’unités d’engraissement et de stockage, pour un investissement global de près de 26 millions de dirhams au profit d’environ 1.000 éleveurs.

Parallèlement, le Fonds de développement agricole apporte un appui direct aux éleveurs, avec des subventions atteignant 850 dirhams pour les mâles et 750 dirhams pour les femelles, au profit des adhérents de l’Association nationale ovine et caprine, outre la simplification des procédures d’accès depuis 2016. En plus d’un accompagnement en matière d’alimentation animale et de préservation des femelles reproductrices, garantissant ainsi la durabilité du cheptel.

Dans le cadre de la mise en œuvre des Hautes Orientations Royales visant la reconstitution du cheptel national, des aides financières directes ont été accordées aux éleveurs suite à l’opération de recensement, dont une première tranche consacrée notamment à couvrir les coûts d’alimentation du bétail.

Une deuxième tranche a également été versée au cours du mois d’avril au profit des éleveurs ayant préservé les femelles ovines et caprines, dans le but de soutenir la durabilité du cheptel et de renforcer sa capacité productive.

Selon le directeur provincial de l’Agriculture de Settat, Younes Aatani, l’opération de recensement au niveau de la province a permis d’enregistrer près de 34.000 éleveurs et plus de 1,1 million de têtes de bétail toutes espèces confondues, dominées par les ovins. Ces données, désormais intégrées dans une base numérique, permettent d’optimiser les interventions et d’améliorer l’efficacité des politiques agricoles.

Il a indiqué que la région de Béni Meskine et le cercle d’El Brouj constituent le berceau originel de la race Sardi, cette race représentant une part importante du cheptel et contribuant à environ 45% du chiffre d’affaires du marché des ovins destinés à l’Aïd à l’échelle nationale.

Il a également souligné que les précipitations, qui ont atteint environ 411 mm au cours de cette saison, ont contribué à la revitalisation des pâturages, laissant présager un retour en forme du cheptel.

 

Entre héritage et modernisation

L’élevage de la race Sardi ne repose plus uniquement sur le savoir-faire traditionnel, mais combine désormais les connaissances ancestrales avec les techniques modernes.

À cet égard, le vice-président du groupement de Béni Meskine pour l’élevage des ovins et caprins, Mohamed Zahouani, a indiqué que les éleveurs recourent à des techniques précises en matière d’insémination, de sélection des reproducteurs et de suivi sanitaire régulier, afin de préserver les caractéristiques originelles de la race.

Il a ajouté que le travail de terrain repose sur une approche scientifique visant l’amélioration génétique et la valorisation de ce patrimoine génétique, à travers l’adoption de systèmes de numérotation et de marquage, la tenue de registres généalogiques, ainsi que la digitalisation des données pour faciliter le suivi du cheptel.

 

Des défis liés aux changements climatiques

Malgré cette position privilégiée, les éleveurs de Sardi font face à des défis liés principalement aux changements climatiques, notamment la succession des années de sécheresse et la hausse des coûts des aliments pour bétail.

Cependant, l’attachement de l’éleveur à sa race dépasse la dimension économique pour revêtir une dimension affective et culturelle, illustrée par sa volonté constante de préserver ce patrimoine.

Dans ce contexte, Mustapha Khalil, lauréat du prix du meilleur éleveur lors de la 18ᵉ édition du Salon International de l’Agriculture à Meknès, a salué les efforts déployés par les services du ministère de l’Agriculture pour la préservation et la valorisation de cette race, soulignant l’importance de protéger ce capital animal national.

Il a ajouté que le travail sérieux et continu des éleveurs a contribué à assurer la pérennité et le développement de la race, reflétant la profondeur de leur attachement à ce patrimoine agricole authentique.

Dans l’ensemble, la filière ovine dans la province de Settat constitue un modèle d’intégration entre ressources naturelles, soutien institutionnel et expertise locale, en faisant un levier essentiel du développement agricole et du renforcement de la sécurité alimentaire au Maroc.

Le « Sardi » demeure ainsi bien plus qu’un simple animal destiné au sacrifice : il incarne une réussite marocaine dans la valorisation des ressources locales, la préservation de la biodiversité et la consolidation de l’identité agricole de la région de la Chaouia.


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