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Conférence régionale au Sénégal sur les femmes et les médias: Cinq questions à Mme Latifa Akharbach, présidente de la HACA

MEDIAS Z- NEWSLETTER (apm) / 13 février 2020
Conférence régionale au Sénégal sur les femmes et les médias: Cinq questions à Mme Latifa Akharbach, présidente de la HACA

La présidente de la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle (HACA), Mme Latifa Akharbach prend part depuis mardi à Saly (au sud de Dakar), à une conférence régionale initiée par l’Institut Panos pour l’Afrique de l’Ouest (11-13 février) autour du thème « Bâtir et réguler ensemble un environnement médiatique inclusif du genre ».

Dans un entretien à la MAP, Mme Akharbach, qui participait à ce colloque en sa qualité, également, de vice-présidente du Réseau des Instances Africaines de Régulation de la Communication a affirmé qu’il reste beaucoup à faire sur le continent, pour parvenir à une juste représentation des femmes tant au niveau des contenus que dans la gouvernance des médias.

– Quel est l’état des lieux de la situation de la femme dans les médias en Afrique en général et en Afrique de l’Ouest en particulier ? 

En Afrique comme dans bien d’autres régions du monde, la représentation des femmes dans les médias reste problématique. Les stéréotypes ont une grande résilience dans les contenus médiatiques et cela constitue un véritable frein à la construction de sociétés égalitaires au sein desquelles chacun, quelque soit son genre, trouve sa juste place et s’implique sans handicaps d’image et sans freins psychologiques dans les affaires de la cité et la vie du pays.

Au Maroc, la situation est comparable à celle de nombreux autres pays de la région malgré certains progrès, avec une parité quasi assurée au niveau du nombre de journalistes dans les médias audiovisuels détenteurs d’une licence attribuée par la HACA.

Certains pays du continent ont pris des mesures en faveur de la parité dans le domaine politique qui les placent devant même certains pays européens dans ce domaine. C’est le cas du Rwanda par exemple. Mais cette présence politique ne trouve malheureusement pas un juste écho dans la gouvernance des médias. 

Au Maroc comme dans les autres pays du continent, il reste donc beaucoup à faire pour parvenir à une juste représentation des femmes dans les médias tant au niveau des contenus que dans la gouvernance des médias.

– Quel rôle les régulateurs africains des médias peuvent-ils jouer afin de créer un contenu qui prenne en compte les réalités socio-politiques, économiques et culturelles du continent ?

 Les régulateurs africains membres du RIARC (Réseau des Instances Africaines de Régulation de la Communication) sont très mobilisés sur la question de l’égalité hommes/femmes dans les médias.

Cette mobilisation s’est traduite notamment par la création au sein de ce réseau, d’un groupe de travail dédié à la question du genre dans les médias co-présidé par la Maroc et la Guinée. 

Les membres du RIARC participent aussi aux colloques et conférences internationales qui discutent de cette thématique. C’est le cas de cette Conférence régionale organisée par l’Institut Panos pour l’Afrique de l’Ouest, du 11 au 13 février 2020, au Sénégal.

Par ailleurs, les régulateurs disposent et mettent en place plusieurs outils et démarches pour caractériser la situation du traitement des questions de genre comme d’autres questions.

On peut citer ainsi certaines actions et outils : la sensibilisation, la pédagogie des traductions et implications des textes sur le genre dans le domaine de la communication audiovisuelle, l’accompagnement des opérateurs pour une meilleure prise en charge de la question du genre en conformité avec les obligations , le monitoring des programmes et de la publicité, l’instruction de plaintes, etc.

Toutefois, les régulateurs ne peuvent en aucun interférer dans la production de contenus. Les régulateurs sont là pour veiller au respect des valeurs constitutionnelles dans les contenus audiovisuels parmi lesquelles l’égalité hommes/femmes mais pas pour dicter des lignes éditoriales.

– Selon-vous, peut-on parler d’une véritable prise de conscience et d’une révolution contre les stéréotypes et préjugés qui portent atteinte à l’image de la femme, notamment dans les spots publicitaires et via les réseaux sociaux ? 

C’est une question difficile dans tous les pays en raison du poids de la publicité comme ressource pour les modèles économiques des radios et télévisions privées et parfois publiques.

Dans notre pays, le service public de la radio et de la télévision n’a pas de modèle économique qui lui permet de s’émanciper des ressources publicitaires. Mais certaines lignes bougent un peu en ce qui concerne la question du genre dans les contenus publicitaires.

Ce sont peut-être d’infimes progrès par rapport à ce qui est visible encore en matière de mauvaise représentation de la femme dans les contenus publicitaires mais il est toujours utile de saluer les progrès.

En 2017, la HACA avait, à travers une étude, pointé les nombreux stéréotypes sexistes véhiculés dans la publicité. Mais depuis, nous avons constaté que les opérateurs publics, notamment, se sont saisis de la question. Des comités Parité ont été créés au sein de la SNRT et de 2m et se sont mobilisés en faveur de la juste représentation de la femme. 

– Quelles stratégies les autorités de régulations africaines doivent-elles adopter en matière de communication inclusive du genre ? 

En premier lieu : l’approche préventive. Un effort de pédagogie est requis pour promouvoir la compréhension de certains concepts et certaines normes : qu’est- ce qu’un stéréotype ?

comment se traduit l’égalité hommes/femmes dans les contenus audiovisuels ? quand un propos est-il discriminant, où commence la stigmatisation de la femme et où se termine la liberté d’opinion à ce propos ?Les opérateurs sont invités aussi à s’approprier de façon empirique les valeurs constitutionnelles portées par les régulateurs.

Le plaidoyer constitue également un moyen d’action. Il ne peut y avoir d’égalité/hommes femmes dans les médias sans égalité hommes/femmes dans la société.

Or, souvent, les médias soucieux d’inclure davantage de femmes dans les débats publics et programmes d’information se plaignent eux aussi du faible porte-parolat accordé aux femmes politiques.

Les régulateurs disposent également d’une marge de manœuvre pour faire évoluer les cadres légaux en inscrivant leur approche dans un dialogue permanent et constructif avec les acteurs publics.Enfin, en dernier recours, la sanction peut être dissuasive et à portée pédagogique lorsqu’il y a infraction.

– A l’approche de la célébration le 8 mars prochain de la journée mondiale de la femme, quelles sont vos attentes par rapport au changement des mentalités et d’autonomisation de la femme africaine ? 

La journée internationale pour les droits des femmes constitue une opportunité de sensibilisation à grande échelle. Elle ne constitue pas une fin en soi mais un point d’orgue d’une mobilisation constante et permanente.

Cette année la période du 8 mars marque le démarrage d’un travail de Bilan avec les 25 ans de la Déclaration de Beijing qui est un texte fondateur et universel pour les droits des femmes.

Les médias font partie des sujets phares de cette Déclaration. Ce sera donc l’occasion pour chacun de faire son propre bilan et d’actualiser nos modes d’action à l’aune du nouvel environnement créé par la communication numérique qui constitue une opportunité pour les femmes africaines pour faire prévaloir leur rôle et leur perspectives propres à condition cependant d’habiliter nos sociétés à gérer les risques induits par cette transformation numérique. 

 

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