Conférence mondiale sur l’intelligence artificielle (IA) : Une confrontation technologique entre la Chine et les Etats-Unis


Le 17 juillet 2026, s’est tenue à Shanghai la Conférence internationale sur l’IA qui a été inaugurée par le président chinois Xi Jinping par un discours intitulé : » Bâtir ensemble un système de gouvernance mondiale de l’IA juste et équilibré ». Ont participé à cette Conférence plusieurs milliers de responsables issus des gouvernements, des organisations internationales, du monde scientifique et de 1100 entreprises technologiques et 3.000 innovations. Outre le président Xi Jinping, étaient présents le président du Kazakhstan, le Premier ministre de Thaïlande, et Antonio Guterres Secrétaire général de l’ONU, ainsi que des dizaines d’experts mondiaux de l’IA dont 9 lauréats du prix Nobel et de Turing (la plus haute fondation mondiale en informatique). En outre, plusieurs grandes organisations internationales ont été représentées à cette conférence : l’ONU, les BRICS, l’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est, l’Union africaine, la Ligue des États Arabes, la Communauté des États latino-américains et Caraïbes, ainsi que l’Organisation de Coopération de Shanghai. Enfin des entreprises technologiques non occidentales étaient présentes : Huawei, Deepseek, Birentechnology, Metax, Tencent, ZTE, Stepfun. La conférence a mis particulièrement l’accent sur les grands modèles de langage, les agents autonomes d’IA, le cloud, les véhicules intelligents, et la gouvernance mondiale de l’IA.
Dans son discours d’ouverture, le président Jinping a émis son souhait de faire de l’IA un bien public mondial, qui ne devrait pas être le monopole d’un seul pays ou d’un petit groupe de pays. Il a insisté sur l’accès plus équitable aux technologies de l’IA, notamment au profit des pays en développement. Il a demandé également le renforcement de la gouvernance internationale de l’IA, en élaborant des règles internationales communes, pour encadrer le développement et l’utilisation de l’IA. Il a insisté sur le rôle central des Nations Unies dans cette gouvernance, ainsi que la garantie de sécurité et du contrôle humain de ce nouvel outil révolutionnaire, afin de prévenir les risques liés aux systèmes d’IA avancés, et du développement de cette nouvelle technologie d’une manière responsable.
Le président Xi Jinping a également préconisé une coopération scientifique ouverte, en renforçant les échanges internationaux en matière de recherche, de formation et d’innovation. La Chine s’est engagée à partager davantage sa technologie et son expérience avec les pays du Sud global, tout en jouant un rôle de leadership mondial de l’IA. Elle veut devenir un acteur majeur dans l’élaboration des futures normes internationales de l’IA. En conclusion, la Chine veut rivaliser avec les États-Unis dans les domaines de l’innovation et de la gouvernance de l’IA. C’est ainsi qu’elle a créé avec la collaboration de 29 autres États la WAICO (World Artificiel Intelligence Coopération Organisation). Elle a établi dans ce domaine 4 principes fondamentaux : une IA ouverte, une coopération internationale renforcée, une gouvernance mondiale fondée sur des règles communes, et un accès plus équitable aux nouvelles technologies pour le Sud global. Elle veut devenir un des principaux acteurs du futur ordre mondial de l’intelligence artificielle.
Le Maroc a fait de l’IA un axe stratégique de sa transformation numérique. Au sein du gouvernement actuel de Mr Aziz Akhannouch, c’est le Ministère de la Transition numérique et de la Réforme de l’Administration, qui pilote cette politique. Les principales actions engagées par le Maroc dans ce domaine sont la mise en œuvre de la stratégie Maroc Digital 2030, qui a pour objet de moderniser l’Administration, développer l’économie numérique, et renforcer les compétences. Le Maroc apporte son soutien à la recherche et à l’innovation en IA, notamment à travers l’UM6P (Université Mohammed VI Polytechnique), le Centre international d’IA « AI Movement » et l’ADD (Agence de développement du digital). Notre pays lance également des programmes de formation, des hackathons, et des projets destinés à développer les compétences des jeunes et des entreprises. Les autorités marocaines veillent également à la préparation d’un cadre juridique et réglementaire pour l’IA, ainsi que la création d’une Direction générale de l’IA, chargée de coordonner les politiques publiques dans ce domaine. Enfin, la ministre chargée de l’IA dans le gouvernement actuel est Madame Amal El Fallah Seghrouchni qui est diplômée d’un Doctorat d’informatique de l’Université Pierre-et-Marie-Curie (Paris VI), et d’une Habilitation à diriger des recherches (HDR) en IA de l’Université de Sorbonne Paris Nord. Avant d’entrer au gouvernement, Madame Seghrouchni a été professeure à la Sorbonne Université, Directrice de l’équipe systèmes Multi-Agents (LIPC) spécialisée en IA distribuée. Elle est également l’auteure de 200 publications scientifiques, présidente du Centre international d’IA du Maroc (AI Movement) et présidente générale de la conférence internationale AAMAS 2020, l’une des plus prestigieuses conférences mondiales sur les systèmes multi-agents et l’IA. C’est donc « The right woman in the right place ». Le Maroc ayant de bonnes relations tant avec les États-Unis qu’avec la Chine, va certainement contribuer et tirer profit des travaux de ces deux grandes puissances à la pointe de l’IA.
Par Jawad KERDOUDI
Président de l’IMRI (Institut Marocain des Relations Internationales)

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