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Communes marocaines, la jeunesse comme solution

Par Yassine Andaloussi


L’avenir du Maroc se joue aussi dans ses communes, ces cellules de base où se construisent les politiques publiques les plus proches du citoyen. Si le destin des collectivités locales reposait réellement entre les mains de la jeunesse, une nouvelle énergie émergerait, porteuse d’espoir et de transformation.

 

La jeunesse n’est pas seulement une catégorie démographique majoritaire, elle est surtout un levier de changement et un acteur direct des dynamiques sociales. Pourtant, dans la réalité actuelle, elle reste encore trop souvent écartée des instances décisionnelles, au profit de figures politiques qui, bien que dotées d’expérience, peinent à incarner la vision et la réactivité nécessaires aux défis du temps présent.

Il est légitime de poser une question simple mais essentielle. Comment peut-on adapter les besoins de la jeunesse sans être jeune ou sans associer les jeunes aux décisions qui les concernent directement. Le fossé générationnel est aujourd’hui l’un des freins majeurs de l’efficacité locale. Les attentes des citoyens évoluent rapidement, les outils numériques bouleversent les rapports à la gestion publique, et les priorités de la jeunesse sont souvent incomprises par ceux qui ne partagent plus ses réalités quotidiennes. L’intégration des jeunes dans la gestion communale n’est donc pas un luxe mais une nécessité politique et sociale.

 

La rencontre entre l’expérience et l’énergie

Les responsables actuels disposent certes d’un bagage administratif et d’un savoir-faire acquis au fil des ans. Pourtant, malgré cette expérience, les résultats peinent à atteindre une performance à la hauteur des attentes citoyennes. La stagnation, les lenteurs bureaucratiques et parfois même la perte de confiance sont devenues des réalités palpables. Face à cela, une alternative s’impose naturellement. Il est temps de conjuguer deux forces complémentaires. D’un côté, l’énergie et l’innovation de la jeunesse déjà présente sur le terrain, proche des réalités sociales, capable de proposer des idées nouvelles. De l’autre, l’expertise et le sens de la continuité apportés par les figures expérimentées.

Un tel partenariat générationnel pourrait devenir une formule gagnante si et seulement si l’ego est mis de côté. Car le danger est grand. Une tension entre les jeunes et les plus âgés, une rivalité alimentée par des logiques personnelles, ne ferait que freiner les processus et créer un climat d’inertie administrative. Pour réussir, la gouvernance locale doit reposer sur une seule volonté. Servir l’intérêt des citoyens avec dignité, honnêteté et efficacité, loin des calculs financiers ou des ambitions individuelles.

 

La transparence comme ciment de la confiance

Un président de collectivité locale, s’il veut consolider son image politique, doit parler directement à ses concitoyens par des actes concrets. Rien ne vaut la transparence pour bâtir la confiance. La mise en place d’un bilan mensuel rendu public, présentant les frais engagés et les dépenses effectuées, constituerait une révolution dans la manière de gérer les affaires locales. Un tel exercice, loin d’être compliqué, est parfaitement réalisable. Les communes disposent déjà de ressources humaines qualifiées, comptables, contrôleurs de gestion et spécialistes des finances publiques. En valorisant ces compétences, la collectivité se donnerait les moyens de rassurer ses citoyens et de montrer que chaque dirham est investi dans leur intérêt.

La transparence ne doit pas être perçue comme une menace mais comme une force. Elle protégerait les élus contre les soupçons, renforcerait la légitimité des décisions et réhabiliterait la politique locale dans l’esprit de ceux qui en sont souvent désabusés. Car le désintérêt citoyen trouve en grande partie son origine dans l’opacité et les scandales liés à la gestion publique.

 

Des réformes électorales pour des élus crédibles

Pour que les prochaines élections communales produisent une élite locale respectée et compétente, des réformes courageuses doivent être adoptées. La première condition est morale. Tout candidat devrait présenter un casier judiciaire vierge, preuve de son intégrité et de sa loyauté envers les valeurs de l’État de droit. La deuxième condition est professionnelle. Un élu doit être une personne ayant de l’expérience dans un domaine précis, doté d’un savoir-faire réel que la population peut transformer en bénéfice tangible. Un entrepreneur qui connaît la gestion, un enseignant engagé dans la formation, un juriste maîtrisant le droit ou un ingénieur rompu aux questions techniques pourraient apporter une valeur directe à leur collectivité.

Écarter les candidats motivés uniquement par l’intérêt personnel ou les ambitions financières est une étape essentielle pour réhabiliter l’action politique locale. Les électeurs doivent comprendre qu’élire quelqu’un n’est pas seulement accorder un mandat symbolique mais confier la gestion d’un bien commun. Le respect de cette responsabilité passe par une sélection exigeante des profils.

 

La régionalisation avancée, horizon d’un Maroc réformé

Lorsque les collectivités locales seront alimentées par des élus opérationnels, animés exclusivement par l’intérêt général, un cercle vertueux s’installera. L’énergie de la réussite et des accomplissements commencera par irriguer les villes, puis s’étendra aux régions. Cette dynamique donnera une impulsion décisive au chantier de la régionalisation avancée, conçu comme l’un des piliers majeurs du développement national.

La régionalisation n’est pas un simple transfert de compétences administratives. Elle est avant tout un projet politique qui vise à rapprocher la décision du citoyen et à renforcer la responsabilité locale. Mais elle ne pourra réussir que si les collectivités locales deviennent des modèles de gouvernance et de performance. Sans élus intègres et compétents, la régionalisation resterait un concept théorique. Avec des élus jeunes, intègres et déterminés, elle peut devenir une réalité visible et durable.

 

La responsabilité du ministère de l’Intérieur et des citoyens

Le ministère de l’Intérieur doit jouer un rôle de catalyseur dans cette transformation. Sa mission ne se limite pas à organiser les scrutins mais aussi à sensibiliser les citoyens sur l’importance de leur participation. Le Maroc se prépare à de nouvelles échéances électorales. L’année 2026 sera un test majeur pour mesurer le degré de maturité démocratique de la population. Le message doit être clair. Chaque voix compte et aucune voix ne doit être bradée pour quelques dirhams.

Vendre son vote, c’est hypothéquer son avenir et celui de sa communauté. Il est indispensable d’alerter la population contre ces pratiques destructrices et de rappeler que le vote est une arme citoyenne. Il ne doit pas être utilisé pour des intérêts immédiats mais pour tracer l’avenir collectif.

Dans le même temps, les listes électorales doivent être tenues à jour avec un contrôle rigoureux pour éviter les irrégularités. Ce travail de précision garantit la légitimité du processus et renforce la confiance dans les institutions.

 

Un appel à l’unité et à la responsabilité

Ce modèle de gouvernance locale, où les jeunes travaillent aux côtés des expérimentés dans un climat d’éthique et de transparence, peut devenir une force nationale. Il exige de chaque acteur politique de mettre de côté ses ambitions personnelles pour se consacrer à l’intérêt général. Il demande aussi aux citoyens de dépasser la tentation du désintérêt et de s’impliquer pleinement dans la construction de leur avenir.

L’unité nationale ne se décrète pas uniquement par des discours, elle se bâtit dans la proximité, dans chaque commune, dans chaque ville, dans chaque région. Si la jeunesse marocaine trouve enfin sa place légitime au sein des collectivités locales, le pays disposera d’un moteur puissant pour réaliser ses ambitions de développement. L’heure n’est plus aux promesses mais à l’action, et cette action doit partir de la base, là où se joue le quotidien de chaque citoyen.


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