Commerce mondial : la fracture des services
L'essor historique du commerce mondial des services consacre un nouveau moteur de la production globale avec 27 % des exportations de la planète en 2025. Exclus de la révolution numérique, les pays les moins avancés subissent une marginalisation croissante et voient leur part s'effondrer à seulement 0,6 % de ces échanges internationaux. La CNUCED réclame d'urgence un renforcement des infrastructures et une coopération réglementaire accrue pour stopper cette fracture économique mondiale.

L’essor rapide du commerce mondial des services, propulsé par la numérisation, accentue le fossé entre les économies riches et les pays les moins avancés. Selon le dernier rapport d’ONU Commerce et Développement (CNUCED) publié ce 5 septembre 2026 à Genève, ces pays vulnérables se retrouvent largement marginalisés d’une dynamique technologique majeure qui représente désormais plus d’un quart des exportations de la planète.
Une locomotive économique mondiale à deux vitesses
À Genève, ONU Commerce et Développement a publié son rapport « Global Trade Update » de septembre. Ce document officiel révèle que les services s’imposent désormais comme le moteur central de l’économie globale. En 2025, ils représentaient 27 % des exportations mondiales et s’intégraient à hauteur de 71 % dans les consommations intermédiaires utilisées pour la production à l’échelle de la planète.
Cette transition est largement portée par les services fournis à distance via des réseaux informatiques. Ces échanges numériques ont progressé en moyenne de 7,1 % par an au cours de la dernière décennie. Ils constituent aujourd’hui 56 % des exportations mondiales de services.
Cependant, les pays les moins avancés (PMA) restent totalement à l’écart de cette croissance. Leurs exportations de services n’ont augmenté que de 3 % par an sur la même période. Conséquence directe de ce décalage, la part déjà minime des PMA dans les exportations mondiales de services a chuté pour atteindre seulement 0,6 % en 2025. De plus, les services numériquement exportables ne représentent que 16 % de leurs exportations totales de services, alors que cette proportion s’élève à 61 % dans les économies développées.
L’intégration inégale des services dans la production industrielle
Le rapport de la CNUCED démontre que les services sont désormais profondément ancrés dans la fabrication des biens matériels et dans les chaînes de valeur globales. En 2022, ils comptaient pour 71 % des consommations intermédiaires mondiales. Cette intégration atteint un sommet de 78 % dans les économies développées, contre 61 % dans les pays en développement.
Les disparités se font encore plus criantes dans le secteur industriel. Dans les exportations de produits manufacturés, les services représentent 33 % des consommations intermédiaires au sein des nations développées et 27 % dans les économies en développement. En revanche, cette part s’effondre à seulement 13 % pour les pays les moins avancés, ce qui témoigne de leur faible capacité à moderniser leurs processus productifs.
Les barrières de la connectivité et la menace de l’intelligence artificielle
L’accès au commerce numérique reste entravé par de lourds obstacles structurels dans les zones les plus pauvres. La CNUCED pointe du doigt des infrastructures de connectivité insuffisantes, un manque critique de compétences adaptées et des coûts prohibitifs pour les transactions financières. Le rapport souligne notamment que la moitié des pays supportant les frais les plus élevés pour les transferts de fonds internationaux appartiennent à la catégorie des PMA.
Selon l’organisation onusienne, l’essor extrêmement rapide de l’intelligence artificielle (IA) pourrait aggraver ces inégalités de développement. Les capacités de calcul, les volumes de données exploitables, les financements et l’expertise technique demeurent concentrés dans un cercle très restreint d’économies développées et de multinationales. Face à ce défi technologique majeur, la préparation des pays du Sud est insuffisante, puisque moins d’un tiers des pays en développement disposent à ce jour d’une stratégie nationale dédiée à l’intelligence artificielle.
Un cadre réglementaire mondial obsolète et fragmenté
Le multilatéralisme peine à s’adapter aux mutations fulgurantes de cette nouvelle économie. Les règles internationales actuelles sur le commerce des services ont été élaborées pour l’essentiel avant l’apparition des technologies numériques. Pour combler ce vide juridique, les dispositions spécifiques au commerce électronique et numérique se sont multipliées, mais de façon désordonnée au sein d’accords bilatéraux ou régionaux, créant ainsi une réglementation mondiale de plus en plus morcelée.
Entre 2000 et 2025, environ 55 % des accords commerciaux préférentiels conclus dans le monde intégraient des règles sur le commerce numérique. Depuis l’année 2020, cette tendance s’est accélérée. Une large majorité d’acteurs y participe désormais, soit 90 % des économies développées, 62 % des pays en développement et 66 % des PMA. Cette prolifération de textes locaux complique toutefois l’établissement d’un cadre mondial cohérent et équitable.
Des réformes urgentes pour éviter une marginalisation définitive
Pour redresser la barre, la CNUCED recommande d’accroître la transparence et d’encourager la coopération réglementaire internationale. Les auteurs du rapport estiment que les pays en développement doivent renforcer leurs capacités de négociation afin d’influer réellement sur la rédaction des futures normes du commerce numérique mondial.
Trois priorités d’action sont jugées indispensables par l’organisation pour transformer la croissance technologique en progrès social et économique. Il convient d’abord d’améliorer la qualité des données statistiques sur le commerce des services. Il est ensuite nécessaire de consolider de manière urgente les compétences locales et les infrastructures physiques de télécommunication. Enfin, il faut garantir une représentation équitable et significative des pays les plus pauvres lors de l’établissement des règles du commerce international. Selon les experts de l’ONU, ces réformes structurelles constituent le seul levier efficace pour permettre aux nations vulnérables de diversifier leur économie et de réaliser des gains de productivité durables.

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