Commémoration du 11 Janvier: le Maroc célèbre les 82 ans du Manifeste de l’Indépendance
Document fondateur du 11 janvier 1944, ce plébiscite patriotique a scellé l'alliance sacrée entre le Trône et le peuple, transformant la lutte pour les réformes en une marche irréversible vers la liberté et l'intégrité territoriale
LA VÉRITÉ
Le Royaume commémore, ce dimanche, le 82e anniversaire du Manifeste de l’Indépendance, un tournant décisif où la nation a officiellement exigé la fin du joug colonial et placé l’indépendance au cœur de son combat politique. Présenté sous le protectorat français, ce document marque l’instant historique où le nationalisme marocain a définitivement délaissé les revendications réformistes pour un appel clair et public à la souveraineté.
Adressé au Sultan Sidi Mohammed Ben Youssef, futur Roi Mohammed V, et remis aux autorités françaises ainsi qu’aux missions diplomatiques étrangères, ce manifeste a institutionnalisé les aspirations populaires. En formalisant l’indépendance par écrit, soutenus par un leadership politique structuré, les nationalistes ont imposé une position concrète que l’administration coloniale ne pouvait plus ignorer.
Le contexte géopolitique de 1944 : De la fragmentation à l’opportunité
En 1944, le Maroc subissait encore une division territoriale complexe : la France administrait le centre selon le Traité de Fès de 1912, l’Espagne contrôlait des zones au nord et au sud, tandis que Tanger demeurait sous statut international. Ce morcellement limitait drastiquement l’autonomie marocaine et consolidait la domination économique étrangère.
Cependant, la Seconde Guerre mondiale a rebattu les cartes. Le débarquement des forces alliées le 8 novembre 1942 (Opération Torch) a ouvert un nouveau front contre l’Axe, avec des troupes sécurisant Casablanca. L’effondrement préalable de la Troisième République française face aux nazis et l’instauration du régime de Vichy avaient déjà affaibli l’autorité de la métropole. Sur le plan intérieur, cette période, connue sous le nom d’« Année du Bon » (ou du rationnement), fut marquée par des pénuries alimentaires et des maladies, exacerbant les tensions sociales.
Ces bouleversements ont offert une fenêtre d’opportunité, galvanisée par la Conférence d’Anfa en janvier 1943. La rencontre entre le Sultan Mohammed V et le président Franklin D. Roosevelt a internationalisé la cause marocaine, renforçant la confiance des nationalistes en une indépendance d’après-guerre.
De la résistance armée à la maturité politique
Si la résistance armée avait marqué les décennies précédentes grâce à des figures héroïques comme El-Hiba, Moha ou Hammou Zayani et Assou Oubasslam, les années 30 ont vu l’émergence d’un militantisme urbain axé sur les réformes. Toutefois, face aux interdictions répétées et à la répression, la conviction que le système du protectorat était irréformable s’est imposée.
Au début des années 40, l’indépendance est devenue l’objectif unique, catalysé par le rôle central du Sultan Mohammed V. Son alignement avec les leaders nationalistes a unifié le mouvement, affirmant l’identité culturelle et politique du Royaume face aux tentatives coloniales de marginaliser la monarchie.
Les signataires : Un front uni
Le document historique porte la signature de 66 nationalistes issus de divers horizons : enseignants, magistrats, commerçants et fonctionnaires, tous conscients des risques d’arrestation ou d’exil. Parmi eux figure Malika al-Fassi, seule femme signataire, dont la présence témoigne du rôle actif des femmes marocaines dans la résistance, souvent méconnu mais essentiel dans l’organisation et la communication.
Le texte rejetait le cadre du protectorat et revendiquait le droit du Maroc à l’autodétermination sous l’égide du Sultan. La diffusion rapide de la nouvelle dans les souks et les mosquées a provoqué une répression immédiate de la part des autorités françaises, déclenchant des soulèvements à Rabat, Salé et Fès. Cette confrontation a culminé avec l’exil du Sultan en 1953, renforçant la symbiose Roi-Peuple jusqu’au recouvrement de la liberté en 1956.
La souveraineté, hier et aujourd’hui
Aujourd’hui, l’esprit du 11 Janvier irrigue toujours la vision stratégique du Royaume. Les principes de souveraineté et d’intégrité territoriale, énoncés en 1944, constituent le socle de la position marocaine sur le dossier du Sahara.
Cette continuité diplomatique s’est illustrée récemment au Conseil de Sécurité de l’ONU. Le 31 octobre 2025, la résolution 2797 a prorogé le mandat de la MINURSO jusqu’en octobre 2026, consacrant la prééminence du Plan d’Autonomie marocain comme seule solution crédible. Avec 11 voix favorables, dont celles de puissances majeures comme la France, les États-Unis et le Royaume-Uni, le Maroc consolide ses acquis diplomatiques. Plus de huit décennies après le Manifeste, le Maroc continue de défendre son intégrité territoriale avec la même détermination, alliant développement des provinces du Sud et diplomatie active.
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