Coalition : le vrai programme

À moins de deux semaines des élections, chaque parti s’adresse aux Marocains comme s’il disposait déjà de la majorité nécessaire pour appliquer seul son programme. Hausse des salaires et des pensions, baisse des impôts, aides sociales, création d’emplois : les engagements se multiplient et leur financement atteint plusieurs centaines de milliards de dirhams. Après le scrutin, ces programmes entreront pourtant dans une négociation entre plusieurs formations.
La Chambre des représentants compte 395 sièges. Une majorité stable en exige 198. Les coalitions existaient bien avant la Constitution de 2011. La nouveauté introduite par son article 47 concerne la désignation du chef du gouvernement au sein du parti arrivé en tête. Ce parti doit ensuite réunir une majorité parlementaire.
Lors des trois élections organisées depuis 2011, aucun vainqueur n’a obtenu la majorité absolue. Le PJD avait remporté 107 sièges en 2011 puis 125 en 2016. Le RNI en a obtenu 102 en 2021. Chaque gouvernement a donc appliqué un programme élaboré avec ses partenaires, différent des plateformes présentées séparément pendant la campagne.
La coalition appartient au fonctionnement normal du système parlementaire marocain. La difficulté réside dans la traçabilité des engagements. L’électeur choisit un parti à partir de ses promesses, puis découvre après le vote lesquelles ont été conservées, modifiées ou abandonnées pendant les négociations. Au terme du mandat, chaque composante peut revendiquer les réussites et attribuer les retards aux arbitrages de la majorité.
La campagne actuelle rend cette question particulièrement concrète. Le PAM chiffre son programme à 350 milliards de dirhams sur cinq ans. Le RNI annonce 224 milliards de dépenses supplémentaires, selon un périmètre encore à préciser. Les deux formations défendent plusieurs priorités communes, notamment le pouvoir d’achat, l’emploi et les aides sociales, tout en s’opposant sur les montants, les instruments et le financement.
Mohamed Mehdi Bensaid affirme que le PAM ne participera pas à une majorité dirigée par le RNI si celui-ci arrive premier. Sa déclaration laisse ouverte l’hypothèse d’une coalition inverse, conduite par le PAM avec le RNI comme partenaire. Les alliances annoncées ou exclues avant le vote font donc partie de l’information due aux électeurs.
Chaque parti devrait distinguer les mesures indispensables à sa participation au gouvernement, les propositions ouvertes au compromis et les objectifs dépendant de la croissance ou de recettes supplémentaires. Après les élections, l’accord de coalition devrait préciser les engagements retenus, leur calendrier, leur financement et le parti chargé de leur exécution.
Le 23 septembre désignera le parti arrivé en tête. Les négociations détermineront ensuite la politique effectivement menée. La confiance électorale exige un lien clair entre ces deux moments. Les Marocains doivent pouvoir savoir ce que deviendra leur vote après la formation de la majorité et qui répondra des promesses formulées pendant la campagne.

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