Climat : le Maroc face au défi de l’eau et du financement de l’adaptation
Une étude de l’OCDE, de la Banque mondiale et du Global Green Growth Institute examine les risques climatiques et les capacités de réponse de 28 pays africains. Pour le Maroc, la raréfaction de l’eau et les sécheresses pèsent déjà sur l’activité économique, malgré le développement de politiques d’adaptation
La Vérité
Au Maroc, le changement climatique ne relève plus seulement des projections à long terme. Les épisodes de sécheresse, la pression sur les ressources hydriques et les variations de la production agricole influencent déjà l’activité économique. Une étude conjointe de l’OCDE, de la Banque mondiale et du Global Green Growth Institute (GGGI), publiée le 1er septembre, replace ces défis dans une analyse des risques climatiques et des capacités d’adaptation en Afrique.
Intitulé New Data for Africa’s Changing Climate: Mapping Risks, Readiness and Policy Action, le rapport examine 28 pays africains. Il croise les données sur leur exposition aux aléas climatiques avec celles relatives à leur préparation et à leurs politiques publiques. Son objectif est d’aider les États à identifier les risques et à orienter leurs investissements.
La raréfaction de l’eau, un risque économique majeur
Pour le Maroc, la disponibilité de l’eau constitue un enjeu central. Dans son étude économique consacrée au Royaume en 2024, l’OCDE relevait déjà une baisse de près de 70 % des ressources renouvelables en eau douce par habitant entre 1960 et 2020. Elle soulignait également la diminution des précipitations et l’aggravation du stress hydrique.
Ces évolutions touchent directement l’agriculture. Lorsque les pluies manquent, les rendements diminuent et les revenus d’une partie des ménages ruraux se contractent. Les conséquences peuvent ensuite se répercuter sur la demande intérieure et les besoins d’importation.
Le défi dépasse toutefois les campagnes agricoles. Les villes, l’industrie et le tourisme doivent également sécuriser leur approvisionnement, tandis que les zones côtières font face à d’autres risques, notamment l’élévation du niveau de la mer.
Des politiques d’adaptation déjà engagées
Le Maroc a intégré les enjeux climatiques à plusieurs stratégies nationales. Ses réponses comprennent notamment le développement du dessalement, la gestion des ressources hydriques, la transition énergétique et les mécanismes de financement des risques de catastrophe.
La Banque mondiale souligne que les épisodes de sécheresse ont contribué à placer la question climatique au cœur des priorités économiques et budgétaires du Royaume. Elle relève aussi les efforts de coordination entre administrations pour mettre en œuvre les politiques d’adaptation.
Ces dispositifs témoignent d’une capacité d’action. Ils ne garantissent cependant pas, à eux seuls, que les infrastructures progresseront au même rythme que les besoins.
Pour le Maroc, l’enjeu consiste désormais à faire converger trois impératifs : sécuriser l’accès à l’eau, protéger les activités économiques exposées et rendre les solutions d’adaptation accessibles aux territoires les plus vulnérable
Le financement et les disparités territoriales au cœur du défi
L’adaptation exige des investissements durables. Construire de nouvelles infrastructures hydriques, moderniser les réseaux et accompagner les exploitations agricoles représente un effort financier important.
Les besoins ne sont pas non plus identiques partout. Une grande exploitation disposant de capitaux peut plus facilement investir dans de nouveaux équipements qu’un petit agriculteur confronté à des revenus irréguliers. De même, les collectivités ne disposent pas toutes des mêmes moyens pour anticiper les risques.
L’OCDE insiste ainsi sur la nécessité de renforcer la gestion de l’eau, de mobiliser des financements adaptés et de fournir des informations climatiques fiables aux acteurs locaux.
Pour le Maroc, l’enjeu consiste désormais à faire converger trois impératifs : sécuriser l’accès à l’eau, protéger les activités économiques exposées et rendre les solutions d’adaptation accessibles aux territoires les plus vulnérables.
Le nouveau rapport rappelle enfin une réalité qui dépasse le Royaume : alors que l’Afrique ne représente qu’environ 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre liées à l’énergie, elle doit faire face à des risques climatiques majeurs. La capacité à financer l’adaptation demeure donc une question centrale pour le continent.

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