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  • Dernière mise à jour: 11 août à 19:59

    Par:  

  • 11 février 2020  à 19:21
  • Temps de lecture: 6 minutes
  • MAGHREBCinq questions à Sophie De Peyret, chercheure associée à l’Institut Thomas More, auteure de l’étude « Nation et religion: L’expérience marocaine »

    Cinq questions à Sophie De Peyret, chercheure associée à l’Institut Thomas More, auteure de l’étude « Nation et religion: L’expérience marocaine »
    Cinq questions à Sophie De Peyret, chercheure associée à l'Institut Thomas More, auteure de l'étude « Nation et religion: L'expérience marocaine »

    Sophie De Peyret, chercheure associée à l’Institut Thomas More, auteure de l’étude « Nation et religion : L’expérience marocaine », que vient de publier ce Think Tank, revient dans un entretien accordé à la MAP sur les raisons à l’origine de son intérêt pour l’Islam et particulièrement pour l’expérience marocaine, sur les principaux résultats auxquels a abouti l’étude et comment l’expérience marocaine peut elle être inspirante pour les pays européens dans leur gestion du culte islamique.

    Tout d’abord, pourquoi cet intérêt pour l’Islam et pourquoi le Maroc ? 

    Sur cette question, il y aurait beaucoup à dire. L’intérêt pour l’islam m’est venu lors d’un séjour de quatre ans au Moyen-Orient. J’y ai découvert une civilisation, une culture, une langue et une religion et j’ai, comme on le dit souvent, attrapé « le virus de l’Orient ».

    De retour en France, j’ai souhaité consolider et nourrir cette connaissance empirique avec des éléments structurés et académiques si bien que j’ai suivi un cursus universitaire à l’Institut de Science et de Théologie des Religions de l’Institut Catholique de Paris (théologie des religions, islamologie, histoire comparée, arabe…).

    C’est donc assez naturellement qu’au moment de reprendre une activité professionnelle je me suis tournée vers ces sujets.L’Institut Thomas More cherchait à ce moment quelqu’un pour prendre en charge le département Islam et nous nous sommes finalement bien trouvés.Pour ce qui est du Maroc, l’étude qui vient de paraître s’inscrit dans une série plus large.

    J’ai déjà rédigé un long rapport sur l’islam en France. Celui-ci portait sur la recherche de solutions pour relever le défi que pose l’islam à la société française. Puis, comme l’architecture politico-religieuse marocaine est atypique et qu’elle permet d’aboutir et de préserver des équilibres, il nous a semblé intéressant de nous y pencher. Avec l’Institut Thomas More, nous étudions désormais la possibilité de travailler sur la place et les enjeux de l’islam dans d’autres pays du monde.

    Dans quel cadre et quel contexte s’inscrit cette analyse ? Quel est son intérêt dans le contexte géopolitique actuel et quelle est sa finalité ? 

    Le Maroc me semble vouloir se positionner comme une « locomotive » régionale et même africaine dans un certain nombre de secteurs dont le volet religieux. 

    Face à la menace du fondamentalisme islamiste qui touche de nombreux pays (Maghreb, Sahel…), le Maroc, grâce à sa stabilité politique et religieuse, semble être un des rares Etats en mesure de résister. Tout du moins prend-il les mesures nécessaires pour cela (financières, doctrinales, politiques, diplomatiques…).

    Je le vois comme une sorte de rempart ou de verrou : s’il tombe ou faiblit, le risque de propagation de l’idéologie radicale me semble réel si bien que la région risque elle aussi de tomber. D’un point de vue géopolitique, les conséquences seraient évidemment désastreuses et les enjeux dépassent largement le cadre régional ou africain.

    Quels sont les principaux résultats de votre étude? 

    En matière religieuse, le Maroc est bien conscient de la nécessité de proposer un discours religieux alternatif et s’emploie à le diffuser. A ce titre, l’Institut Mohammed VI me semble un vecteur très efficace pour essaimer au-delà des frontières : inspirer plutôt qu’exporter.

    Les nombreuses demandes de coopération (Afrique subsaharienne, Asie, Europe…) témoignent de l’intérêt qui est porté à ce contre-discours pour combattre Daesh.

    Comment l’expérience marocaine peut elle être inspirante pour les pays européens dans leur gestion du culte musulman? 

    Comme je l’indique dans le rapport, je pense que l’expérience marocaine n’est pas transposable.

    La nature même des institutions empêche de l’exporter, et encore moins en Europe où la notion de laïcité limite fortement l’action des Etats en matière religieuse.Cependant, il serait sans doute intéressant que l’Europe s’appuie davantage sur cette expérience (et expertise) dans sa lutte contre le fondamentalisme et fasse du Maroc un partenaire privilégié dans ce combat.

    De plus, s’il doit y avoir un enseignement à en tirer pour l’Europe, peut-être que ce pourrait être la nécessité d’une ligne claire, cohérente et assumée. Pour ce qui est de la France, il serait temps de définir ce cap, de tracer les contours d’un véritable projet de société et d’en prendre les moyens : souhaitons-nous une société où diverses communautés vivent côte à côte sans jamais se mélanger ? Ou voulons-nous une intégration de chacun dans un projet français plus vaste et plus ambitieux que la somme des individus ?

    A chaque fois qu’on aborde l’Islam, resurgit son assimilation au terrorisme. Ne croyez vous pas que cela fausse, dès le départ, le dialogue entre les religions ? 

    Le lien entre islam et terrorisme me semble inévitable, en France notamment. Tous les musulmans ne sont évidemment pas des terroristes mais il apparaît que la majeure partie des actes terroristes de ces dernières années est pratiquée par des musulmans, au nom de l’islam.

    Néanmoins, cela ne doit pas arrêter les tentatives de dialogue interreligieux et les diverses entreprises récentes (visites du Pape aux Emirats et au Maroc, coopérations académiques dans des structures telles que l’Institut Mohammed VI ou al-Mowafaqa, etc) montrent que les choses avancent.

    Ce que je crois, c’est que le dialogue impose à chacun d’être au clair avec ses propres convictions.Pour celui qui doute, le dialogue fait courir le risque d’être ébranlé. Pour celui qui est au clair, le dialogue est une richesse qui permet de se décentrer.

    Le Roi et le Pape sont, me semble t-il, sur cette ligne, même s’il faut garder à l’esprit que le dialogue ne constitue pas une fin en soi mais un moyen d’œuvrer ensemble pour davantage de libertés ou contre une menace commune : il faut donc que cela débouche sur une mise en application concrète.

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