Strasbourg célèbre le 7e art national
Le cinéma marocain à l’honneur avec le cycle « Fragments du Maroc »
LA VÉRITÉ
Le septième art marocain s’apprête à faire vibrer la scène culturelle alsacienne. Du 3 au 21 juin 2026, la ville de Strasbourg vibrera au rythme des productions cinématographiques du Royaume à travers la projection exclusive d’une sélection de six films marquants. Cet événement culturel majeur est né d’une collaboration étroite et d’une invitation prestigieuse de la Cinémathèque numérique régionale Mémoire des images réanimées d’Alsace (RIMA), qui a donné carte blanche à la Cinémathèque de Tanger pour concevoir un programme sur mesure intitulé « Fragments du Maroc ». Ce cycle de projections propose un voyage visuel éclectique, mêlant subtilement des œuvres de fiction et des documentaires de création, dans l’objectif de restituer toute l’énergie, la audace et la diversité qui caractérisent les productions cinématographiques marocaines de ces dernières décennies.
Cette rétrospective se distingue par une sélection fine de longs-métrages indispensables pour comprendre l’identité et l’évolution du cinéma marocain. L’un des moments forts de cet événement sera sans conteste la toute première projection sur le sol français du film historique « Le Mirage » (Al-Sarab), l’unique et légendaire long-métrage réalisé en 1979 par le regretté cinéaste, poète, romancier et plasticien Ahmed Bouanani.
Le public strasbourgeois pourra également plonger dans la richesse esthétique du cinéma contemporain à travers deux documentaires multiprimés : le bouleversant « La Mère de Tous les Mensonges » d’Asmae El Moudir (sorti en 2023) et le captivant « Cinq Regards » réalisé par Karim Debbagh (2025). Du côté des fictions cultes qui ont marqué des générations de spectateurs, l’affiche propose l’incontournable polar urbain « Casanegra » de Nour-Eddine Lakhmari (2008), la comédie satirique et décalée « Headbang Lullaby » d’Hicham Lasri (2017), ainsi que le documentaire social et profondément humain « El Batalett » (Les Héroïnes) de la regrettée Dalila Ennadre (2000).
Pour Malika Chaghal, vice-présidente, et Amaal Meftouh Ezzeyani, manager opérationnelle de la Cinémathèque de Tanger, les films retenus forment le cœur battant du patrimoine national. Ce sont des œuvres puissantes auxquelles le public marocain s’identifie de manière viscérale. Ces chefs-d’œuvre souffrent pourtant d’un paradoxe tenace : bien qu’essentiels au Maroc grâce à un succès populaire véhiculé par le bouche-à-oreille, ils restent presque invisibles à l’étranger et absents des circuits traditionnels de distribution internationale. Présenter ces « Fragments du Maroc » à Strasbourg permet de combler un angle mort culturel et de faire confiance au public français en partageant avec lui le point de vue authentique des spectateurs marocains, révélant un cinéma fier et autonome qui n’a pas eu besoin d’attendre la validation des marchés occidentaux pour exister.
En marge du festival, cette carte blanche artistique sert également d’introduction au projet mémoriel transfrontalier intitulé « Que sont devenus les tirailleurs ? Alsace-Maroc : Images, mémoires et récits ». Ce volet historique d’envergure ambitionne de renforcer la conscience des liens profonds unissant l’Alsace et le Maroc. Il se matérialisera par une campagne de collecte, de numérisation et de valorisation d’archives cinématographiques et photographiques privées, menée conjointement entre les villes de Strasbourg et de Tanger, mettant en lumière des trajectoires familiales et individuelles touchantes qui unissent durablement les deux rives de la Méditerranée.
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