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Choc des titans à Tianjin : L’OCS défie l’hégémonie occidentale et trace la voie d’un monde multipolaire

L'OCS plaide pour un monde multipolaire : le nouveau front face à l'hégémonie occidentale

Par Mohammed Taoufiq Bennani


Le 1er septembre 2025, la ville portuaire de Tianjin, dans le nord de la Chine, est devenue le théâtre d’un événement diplomatique majeur. Les dirigeants de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), un bloc eurasiatique influent, s’y sont réunis pour un sommet historique, le plus important depuis sa création en 2001. Au cœur des débats, la ferme volonté de ses membres de promouvoir un monde multipolaire et de s’opposer à ce qu’ils considèrent comme des « actes d’intimidation » et une « mentalité de guerre froide ». Cette rencontre, qui a vu la participation du président chinois Xi Jinping, de son homologue russe Vladimir Poutine et du Premier ministre indien Narendra Modi, a clairement marqué un tournant dans la redéfinition des dynamiques de pouvoir mondiales.

 

Une stratégie audacieuse pour la décennie à venir

Lors du sommet, l’OCS a adopté une ambitieuse « Stratégie de développement de l’OCS jusqu’en 2035 », visant explicitement à « promouvoir un monde multipolaire ». Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a d’ailleurs qualifié ce sommet de Tianjin de « plus fructueux à ce jour », soulignant qu’il avait « donné le ton et une direction claire » pour les dix prochaines années. Le président chinois Xi Jinping a réaffirmé sa vision d’un nouvel ordre mondial, exhortant l’OCS à « s’opposer conjointement à la mentalité de guerre froide, à la confrontation des blocs et aux comportements d’intimidation ». L’OCS, souvent perçue comme un contrepoids à l’OTAN, incarne ainsi une approche alternative à la gouvernance mondiale dominée par l’Occident.

 

L’unité face aux pressions unilatérales

Le sommet a vu les membres de l’OCS exprimer « une voix claire et unifiée en faveur de l’équité et contre l’intimidation ». Ils ont également appelé à un mécanisme commercial multilatéral centré sur l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et se sont fermement opposés aux « mesures unilatérales ». Ce positionnement prend tout son sens dans un contexte de tensions économiques accrues. En effet, plusieurs membres clés de l’organisation, comme l’Inde, subissent de lourds droits de douane américains. New Delhi, par exemple, a été frappée par une taxe supplémentaire de 25% en réponse à ses importations de pétrole russe. Par conséquent, l’Inde a clairement indiqué qu’elle ne « s’inclinera pas » face à Washington.

 

Des partenariats stratégiques renforcés

En marge du sommet, les rencontres bilatérales ont illustré l’approfondissement des liens au sein du bloc. Vladimir Poutine et Narendra Modi ont affiché une proximité remarquable, discutant tout sourire et se tenant par la main. Le Premier ministre indien a salué un « partenariat stratégique spécial et privilégié », insistant sur son rôle de « pilier essentiel de la stabilité régionale et mondiale ». Ils ont également abordé le « règlement pacifique du conflit en Ukraine ».

De même, le partenariat stratégique sino-russe a été réaffirmé avec force le lendemain à Beijing. Xi Jinping a déclaré que « les relations sino-russes ont résisté à l’épreuve des circonstances internationales et servent de modèle ». Les deux présidents ont promis une coordination étroite sur leurs « intérêts fondamentaux » et ont souligné leur volonté de renforcer la coopération dans les domaines scientifique et technologique afin de garantir leur « souveraineté technologique » face aux « restrictions occidentales ». Plus de vingt accords de coopération bilatérale ont été signés, couvrant l’énergie, l’aérospatiale, l’intelligence artificielle et l’agriculture, faisant de 2026-2027 les « Années de l’éducation Russie-Chine ».

 

Des initiatives concrètes pour le développement et la sécurité

Pour soutenir cette vision, le président Xi Jinping a annoncé des mesures concrètes. La Chine prévoit la mise en œuvre de 100 projets de développement dans les États membres de l’OCS, ainsi que plus de 2 milliards de yuans (280 millions de dollars) d’aide gratuite et 10 milliards de yuans supplémentaires de prêts au Consortium interbancaire de l’OCS sur trois ans. Par ailleurs, M. Xi a appelé à la création « dès que possible » d’une banque de développement de l’OCS pour « soutenir la sécurité et la coopération économique entre ses États membres ».

En outre, quatre nouveaux centres de sécurité ont été créés pour lutter contre les menaces sécuritaires, le crime organisé transnational, le contrôle des drogues et le renforcement de la sécurité informatique. Ces initiatives s’inscrivent dans l’ambition de l’OCS de renforcer la coopération politique et militaire entre ses dix pays membres, qui incluent la Chine, l’Inde, la Russie, la Biélorussie, le Pakistan, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan, l’Ouzbékistan et l’Iran.

 

Réactions aux crises mondiales

Le sommet a également permis à l’OCS de se prononcer sur plusieurs crises internationales majeures. Concernant la bande de Gaza, l’organisation a « condamné fermement les actes causant des victimes civiles et un désastre humanitaire », et a réclamé « un cessez-le-feu complet et durable et un accès sans entrave pour l’aide humanitaire ». De même, elle a « condamné fermement » les frappes menées par Israël et les États-Unis en Iran en juin 2025, les qualifiant d' »agression militaire » ciblant « des infrastructures nucléaires civiles ».

Sur la question nucléaire iranienne, l’OCS a mis en garde contre « toute tentative de mauvaise interprétation ou de réinterprétation arbitraire » d’une résolution de l’ONU, alors que les pays européens menacent de rétablir des sanctions. Enfin, concernant le conflit en Ukraine, Vladimir Poutine a défendu l’offensive russe, accusant l’Occident d’avoir provoqué la crise par un « coup d’État en Ukraine » et des « tentatives constantes (…) pour attirer l’Ukraine dans l’OTAN ». Le président russe a également exprimé sa « reconnaissance » envers la Turquie pour son rôle de médiateur.

 

L’OCS, un acteur majeur de la gouvernance mondiale

En définitive, le sommet de Tianjin a mis en lumière l’influence croissante de l’OCS sur la scène internationale. L’organisation, qui représente près de la moitié de la population mondiale et 23,5% du PIB de la planète, se positionne comme une « force proactive pour la paix et le développement mondiaux ». Elle s’engage pour un « multilatéralisme authentique » et un « esprit de Shanghai » qui prône la non-ingérence et s’oppose à l’hégémonisme.

Alors que la Chine s’apprête à accueillir un grand défilé militaire à Pékin le 3 septembre pour célébrer les 80 ans de la fin de la Seconde Guerre mondiale, en présence de nombreux dirigeants dont Vladimir Poutine et Kim Jong Un, cette séquence diplomatique marque une volonté affirmée de remodeler les dynamiques de pouvoir mondiales. Les pays africains, entre autres, scrutent ces développements, y voyant des opportunités pour diversifier leurs partenariats et attirer des financements alternatifs. Dans ce contexte de mutations géopolitiques profondes, comment l’OCS continuera-t-elle à sculpter ce nouvel ordre mondial multipolaire, et quels défis devra-t-elle relever pour affirmer pleinement son leadership ?


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