[ after header ] [ Mobile ]

[ after header ] [ Mobile ]

Casablanca engage sa transformation stratégique avec 21 milliards de dirhams pour le RER, le dessalement et les déchets

LA VÉRITÉ


La plus grande métropole du Maroc se prépare à franchir un nouveau cap. Casablanca, locomotive économique et démographique du Royaume, vient de se voir allouer une enveloppe exceptionnelle de 21 milliards de dirhams destinée à enclencher une triple révolution : dans la mobilité urbaine avec le projet de Réseau Express Régional (RER), dans la sécurité hydrique à travers la construction d’une grande station de dessalement d’eau de mer, et dans la gestion durable des déchets ménagers. Trois axes d’intervention étroitement liés aux défis structurels qui pèsent sur la capitale économique, et qui reflètent une volonté claire de modernisation profonde, sous pilotage étatique et territorial.

Le premier levier de cette transformation concerne la mobilité urbaine. Casablanca, avec ses 4 millions d’habitants et sa périphérie toujours plus dense, subit depuis des années une congestion chronique. Le RER, dont l’étude remonte à plus d’une décennie, était resté à l’état de projet faute de financements suffisants. Le déblocage de crédits pour son lancement marque un tournant. Il ne s’agit plus seulement de penser la mobilité à l’échelle intra-urbaine, mais bien de l’articuler avec le développement régional, en reliant les pôles périphériques comme Mohammedia, Bouskoura ou Berrechid à la ville-centre à travers un système ferroviaire rapide, régulier et structurant. Ce type d’infrastructure, déjà éprouvé dans de nombreuses métropoles internationales, permettra de désengorger les axes routiers saturés, de réduire les émissions polluantes dues au trafic automobile, et de renforcer l’intégration économique entre les différentes zones de la région.

Le deuxième pilier de l’investissement débloqué vise la sécurisation de l’approvisionnement en eau potable. Alors que le Maroc est confronté à une sécheresse persistante, les autorités ont décidé d’accélérer les solutions alternatives, notamment le dessalement de l’eau de mer. À Casablanca, cela se traduit par la programmation d’une usine de grande capacité, en lien avec un partenariat public-privé à l’échelle nationale. Cette infrastructure permettra d’alimenter durablement la ville, tout en réduisant la pression sur les barrages et nappes phréatiques, de plus en plus vulnérables. L’implantation d’une telle station dans la région de Casablanca-Settat s’inscrit dans une dynamique nationale de renforcement de la souveraineté hydrique, amorcée depuis la publication du Plan national de l’eau à l’horizon 2050. En parallèle, la gestion des eaux usées et le réemploi devront également monter en puissance pour compléter cette vision.

Le troisième chantier financé par l’enveloppe de 21 milliards de dirhams concerne la valorisation des déchets, enjeu majeur dans une agglomération qui produit chaque jour plus de 4 000 tonnes d’ordures ménagères. Jusqu’ici, la gestion des déchets à Casablanca a souvent été critiquée pour son manque de performance, de transparence et de durabilité. Le programme en cours vise à corriger cette trajectoire. Il s’appuie sur la mise en place de centres de tri et de valorisation, la fermeture des anciennes décharges non conformes, et l’introduction progressive de la collecte sélective.

L’objectif est double : réduire l’impact environnemental et créer une véritable économie circulaire génératrice d’emplois. Dans cette optique, la région de Casablanca-Settat participe directement au financement des infrastructures, en synergie avec les communes et les partenaires privés. Le tout s’inscrit dans le cadre du programme national de gestion des déchets ménagers 2023-2034, piloté par le ministère de la Transition énergétique et du Développement durable.

Au-delà de l’effet immédiat sur les infrastructures, ces projets structurants sont porteurs d’une vision à long terme. Ils visent à faire de Casablanca une ville plus résiliente, plus durable et plus inclusive. Ils répondent à des urgences , climatiques, démographiques, environnementales, mais s’inscrivent aussi dans la stratégie de développement territorial initiée par le nouveau modèle de développement, qui appelle à une meilleure répartition des ressources, une gouvernance territoriale rénovée et une gestion plus sobre des biens communs. Cette convergence d’ambitions impose toutefois une rigueur d’exécution : il faudra éviter les retards chroniques, veiller à la bonne gouvernance des marchés publics, et garantir la transparence des partenariats mobilisés. La réussite de ce plan dépendra également de la capacité des pouvoirs publics à mobiliser les citoyens autour de cette transformation et à instaurer une culture de l’entretien, de la redevabilité et du service public performant.

Casablanca entre ainsi dans une nouvelle ère. Non plus celle des plans reportés et des promesses gelées, mais celle des chantiers concrets qui doivent faire basculer la métropole vers un modèle urbain plus équilibré. Le montant débloqué, 21 milliards de dirhams, est à la mesure de l’enjeu. Il ne s’agit plus seulement d’investir, mais de réorienter structurellement les fondations mêmes de la ville.


À lire aussi
commentaires
Loading...
[ Footer Ads ] [ Desktop ]

[ Footer Ads ] [ Desktop ]