Casablanca Business Forum 2026 : L’Afrique appelée à renforcer sa souveraineté économique et numérique
Casablanca Business Forum 2026 : L'Afrique appelée à bâtir sa souveraineté numérique et économique face à la recomposition des équilibres mondiaux. Infrastructures et intelligence artificielle : Le continent cherche à diversifier ses partenariats et à mobiliser des investissements stratégiques pour réduire ses dépendances technologiques et énergétiques. Coprotection Europe-Afrique et grands projets d'intégration : Des initiatives majeures comme le Gazoduc Africain-Atlantique s'imposent pour accélérer la création de valeur et la croissance durable.

Réunis à Casablanca le vendredi 2 octobre 2026 lors de la deuxième édition du Casablanca Business Forum, des responsables politiques, des dirigeants d’entreprises publiques et des experts internationaux ont appelé le continent africain à consolider d’urgence sa souveraineté économique et numérique. Dans un contexte mondial marqué par la recomposition des équilibres géopolitiques, les intervenants préconisent une diversification des partenariats ainsi qu’une réduction de la dépendance industrielle et technologique.
La souveraineté numérique et l’intelligence artificielle au cœur des enjeux
La souveraineté ne se limite plus aujourd’hui à la seule défense des frontières territoriales, mais englobe désormais pleinement la dimension numérique. C’est ce qu’a affirmé la ministre de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration, Amal El Fallah Seghrouchni, lors d’un panel consacré aux leviers de croissance du continent. Selon la responsable gouvernementale, cette souveraineté repose sur trois piliers fondamentaux : les infrastructures, la capacité de calcul informatique et la réglementation.
Dans le domaine de l’intelligence artificielle, les États-Unis et la Chine conservent une avance considérable en matière d’investissements. Néanmoins, l’Afrique dispose d’un potentiel réel pour s’insérer dans cette compétition technologique. La ministre a mis en avant le réservoir de compétences africaines et la possibilité de concevoir des algorithmes ainsi que des outils d’intelligence artificielle directement adaptés aux besoins du développement continental.
Infrastructures et énergie : les moteurs de l’intégration régionale
L’Afrique se trouve également au centre des grandes mutations géopolitiques mondiales, notamment la transition énergétique, la reconfiguration des chaînes de valeur et la sécurisation des approvisionnements. La directrice générale de l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM), Amina Benkhadra, a rappelé l’urgence d’interconnecter les différentes zones productrices du continent et de développer des réseaux de communication. L’objectif consiste à favoriser l’émergence de marchés régionaux performants et intégrés aux chaînes de valeur internationales.
Le principal obstacle à cette dynamique réside dans le déficit d’investissements, en particulier dans les infrastructures énergétiques. À cet égard, le projet de Gazoduc Africain-Atlantique constitue une initiative stratégique majeure portée par treize pays concernés. Ce projet ambitionne d’acheminer le gaz de plusieurs pays exportateurs, notamment le Nigeria, le Sénégal et la Mauritanie, vers les nations ne disposant pas de ces ressources, afin de soutenir leur croissance industrielle et d’accroître la valeur ajoutée tirée des ressources minières.
Europe-Afrique : vers une « coprotection » stratégique
Face à la nouvelle géopolitique mondiale, l’Afrique et l’Europe partagent des défis stratégiques comparables. Selon Patrick Dupoux, directeur général et associé principal au Boston Consulting Group (BCG), les deux continents constituent des alliés objectifs. L’environnement économique actuel reste dominé par la puissance industrielle de la Chine et par la suprématie numérique des États-Unis, une situation qui expose l’Europe comme l’Afrique à des dépendances stratégiques.
Afin de réduire ces vulnérabilités, le représentant du BCG préconise la mise en place d’une « coprotection » entre l’Europe et l’Afrique. Ce rapprochement ciblerait en priorité les secteurs manufacturier et numérique afin de dynamiser les échanges commerciaux bilatéraux et de renforcer l’autonomie industrielle africaine.
Un agenda économique axé sur l’avenir
Initié par Casablanca Finance City (CFC) sous le thème « Africa’s Next Economic Chapter », ce forum a réuni plusieurs figures économiques majeures, dont l’ancien Premier ministre du Bénin et cofondateur de SouthBridge, Lionel Zinsou. Les travaux ont également été marqués par l’intervention en visioconférence de Philippe Aghion, professeur et lauréat du Prix Nobel d’économie 2025. L’économiste est revenu sur les conditions nécessaires pour transformer les mutations technologiques et économiques en leviers de productivité et de croissance durable.
Les débats du forum se sont poursuivis autour de sessions consacrées à la compétition internationale pour les capitaux, aux ambitions climatiques dans la perspective de la COP 31, au développement des infrastructures d’intégration et à la transformation de la fuite des cerveaux en une circulation dynamique des compétences.

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