BTP : la montée en puissance des majors redessine l’économie des grands chantiers
L’année 2025 marque un tournant net pour le secteur du BTP au Maroc. Les indicateurs financiers des principaux groupes cotés traduisent un changement d’échelle inédit, porté par l’intensification des grands projets d’infrastructures et une commande publique particulièrement dynamique. Derrière les chiffres, c’est toute la structuration du secteur qui évolue, avec des acteurs désormais capables d’absorber des volumes d’activité jusque-là rarement atteints.

Par Mohammed Taoufiq Bennani
Les trois leaders cotés à la Bourse de Casablanca affichent des performances qui confirment cette accélération. Le chiffre d’affaires cumulé dépasse 31 milliards de dirhams, soit près de 9 milliards de dirhams de revenus supplémentaires en une seule année. Cette progression place le BTP en tête des contributeurs à la croissance des revenus boursiers en 2025, avec une part de 37%, devant les secteurs minier, bancaire ou encore la distribution. Le poids du secteur atteint désormais près de 8% du chiffre d’affaires global des sociétés cotées, ce qui traduit une montée en puissance durable dans l’économie nationale.
Dans le détail, les trajectoires des groupes illustrent cette dynamique. SGTM enregistre un chiffre d’affaires consolidé de 15,2 milliards de dirhams, en hausse de 36,6%. TGCC affiche une progression encore plus marquée, avec un produit d’exploitation de 12,4 milliards de dirhams, en croissance de 53,9%, portée notamment par des opérations de croissance externe comme l’acquisition de 60% de STAM-VIAS. Jet Contractors, de son côté, atteint 3,66 milliards de dirhams, en hausse de 17,3%, confirmant une trajectoire de consolidation progressive.
Cette progression des revenus s’accompagne d’une transformation encore plus significative au niveau des carnets de commandes. Leur volume agrégé dépasse désormais 71 milliards de dirhams, un niveau qui traduit la visibilité exceptionnelle dont disposent les entreprises du secteur. TGCC affiche à lui seul un carnet de 25,6 milliards de dirhams à fin 2025, contre 10,2 milliards un an auparavant. SGTM franchit un cap en doublant pratiquement son portefeuille, passant de 16,5 à 35,1 milliards de dirhams en une année. Jet Contractors atteint 11,1 milliards de dirhams, avec une progression de 25% et une part à l’export qui s’élève à 27%.
Cette accumulation de contrats s’explique directement par la nature des projets engagés. Le secteur est aujourd’hui porté par des chantiers structurants qui redéfinissent les capacités d’exécution des entreprises nationales. L’extension et la modernisation de l’aéroport Mohammed V de Casablanca constituent l’un des projets les plus emblématiques, avec des montants qui se chiffrent en milliards de dirhams et une complexité technique élevée. Le Grand Stade Hassan II de Benslimane, autre chantier majeur, mobilise également des ressources considérables, avec des travaux attribués en groupement entre les principaux acteurs du secteur.
À ces projets s’ajoutent des infrastructures hydrauliques comme le barrage Bou Ahmed, des projets industriels en mode EPC, ainsi que des opérations liées aux corridors autoroutiers et aux équipements publics. La diversité des marchés témoigne d’une évolution vers des projets plus intégrés, exigeant à la fois des compétences techniques avancées et une capacité financière renforcée.
Dans ce contexte, l’investissement devient un levier central de compétitivité. Les groupes ont engagé des dépenses massives pour renforcer leurs capacités opérationnelles. SGTM a investi 783 millions de dirhams en 2025, soit une progression de 15%, afin de moderniser son parc matériel et consolider ses moyens techniques. TGCC a porté ses investissements à 684 millions de dirhams, contre 175 millions un an auparavant, traduisant une accélération stratégique pour accompagner la montée en charge des projets. Jet Contractors a, pour sa part, multiplié par quatre ses investissements, atteignant plus de 516 millions de dirhams consacrés à l’outil de production.
Ces investissements concernent principalement l’acquisition d’équipements lourds, le développement de centrales à béton, l’industrialisation des procédés de construction et le renforcement des capacités d’ingénierie. L’objectif est clair, sécuriser l’exécution des chantiers dans des délais contraints tout en améliorant la qualité et la productivité.
Au-delà des chiffres, cette évolution traduit une mutation plus profonde du secteur. Le BTP marocain entre dans une phase de consolidation où la taille critique, la solidité financière et la maîtrise technique deviennent des facteurs déterminants. Les grands groupes ne se contentent plus d’exécuter des projets nationaux, ils se positionnent progressivement sur des marchés internationaux, avec une ambition de montée en gamme et de diversification.
La visibilité offerte par les carnets de commandes, combinée à l’ampleur des investissements engagés, confirme que le secteur est désormais structuré autour d’acteurs capables de répondre aux exigences des projets de grande envergure. Cette transformation s’inscrit dans un contexte national marqué par l’accélération des programmes d’infrastructures, en lien avec les échéances économiques et les grands rendez-vous internationaux.
Le BTP s’impose ainsi comme l’un des moteurs les plus dynamiques de l’économie, avec un effet d’entraînement direct sur l’emploi, les industries connexes et l’investissement productif. La trajectoire actuelle montre un secteur qui gagne en maturité, en capacité d’exécution et en influence, avec des perspectives qui dépassent désormais le seul marché domestique.

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