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    Par:  

    Abdelhak Najib

  • 27 juillet 2020  à 18:50
  • Temps de lecture: 7 minutes
  • CULTUREBricoler dans l’incurable

    Bricoler dans l’incurable
    Abdelhak Najib, écrivain-journaliste Abdelhak Najib, écrivain-journaliste

    «L’Homme est la seule créature qui consomme sans produire. Il ne donne pas de lait, il ne pond pas d’oeufs, il est trop débile pour pousser la charrue, bien trop lent pour attraper un lapin. Pourtant le voici suzerain de tous les animaux. Il distribue les tâches entre eux, mais ne leur donne en retour que la maigre pitance qui les maintient en vie. Puis il garde pour lui les surplus. Qui laboure le sol ? Nous ! Qui le féconde ? Notre fumier ! Et pourtant pas un parmi nous qui n’ait que sa peau pour tout bien.». C’est du George Orwell, dans ce qu’il a de plus limpide. La phrase sonne comme une sentence. Nous y sommes. C’est là toute notre réalité.

    C’est là aussi toute la petitesse et la misère humaines. Et aujourd’hui, chacun se doit de sauver sa peau, au propre et au figuré. Tu ne fais pas attention, tu risques d’attraper un méchant virus qui peut te tuer. Tu joues au plus malin avec l’air ambiant, tu peux crever, par bêtise. Ce qui est la mort la plus misérable qui soit. On peut bien mourir quand l’heure a sonné. On peut passer l’arme à gauche de vieillesse. On peut être terrassé par un arrêt cardiaque. On peut être victime d’un accident. On peut lutter contre une horrible pathologie et céder. Mais tomber raide, parce que je veux faire le malin, c’est consacrer la débilité humaine dans ce qu’elle de plus basique et de plus fataliste. C’est exactement ce que risque chaque Marocain, aujourd’hui, après cette valse de mauvais goût, entre confinement, déconfinement et reconfinement. Moralité de toute cette histoire depuis janvier à juillet 2020 : chacun bricole à sa manière. Mais l’état des choses ne nous autorise plus à nous contenter de rafistoler dans l’approximation. Face à un danger qui a déjà décimé plus de 700 000 personnes dans le monde en infectant 20 Millions d’humains, on ne colmate pas les brèches. On agit. On réagit. Dans l’urgence. D’une main de fer. Et il faut surtout éviter de se prendre pour le premier de la classe, car face à la mort il n’y aucun podium qui vaille. Il faut aussi ne pas se comparer aux autres pays. Gérer mieux que la France ou l’Italie n’a aucune espèce de valeur si l’on retombe dans nos travers habituels : parler sans agir, brasser de l’air, gesticuler pour se donner une stature. Tous ces mécanismes hérités du passé, quel que soit le gouvernement en place, n’ont plus droit de cité. On ne peut plus se permettre de naviguer à vue. On ne peut plus faire comme si. Car c’est cette fausse vraisemblance qui nous joue de sales tours aujourd’hui. Quoi, qui a vraiment cru que nous étions hors de danger ? Qui a statué que nous étions déjà sortis de l’auberge ? Et comment se le permettre alors que les plus grandes puissances de ce monde comptent les décès par centaines de milliers. Et pour être clair : cela coûte très cher de sauver des vies. Cela coûte aussi cher d’enterrer des morts. Le commerce de la faucheuse est très côté dans toutes les bourses du monde, ceci n’est un secret pour personne. Inutile de préciser que le Maroc n’a pas les moyens de ces morts. Et que nous sommes loin d’être les USA. On pourrait aussi continuer à passer pour un État pragmatique si on pouvait éviter des déclarations aussi surprenantes que celles du chef du gouvernement marocain, le 26 juillet 2020, à quelques heures du confinement de certaines villes, arrêté pour minuit, de la même soirée. Il avance, sûr de lui, que la décision a été «longuement et mûrement réfléchie… » Et on la met à exécution le jour même, à cinq heures de l’heure butoir ? Il y a une pièce du puzzle qui manque. Soit, nous sommes les champions du monde des décisions hâtives, sans plan B, ni C, ni rien. Soit, on a présumé de la vélocité du Marocain à engranger des kilomètres, en risquant sa vie. Si c’est cela réfléchir longuement, avec maturité, qu’en sera-t-il quand il faudra agir dans la minute, en cas d’extrême urgence? Une réponse est-elle nécessaire…
    Bref, l’auteur de Zarathoustra dit que: «Le futur appartient à celui qui a la plus longue mémoire.» Avec la pandémie qui a coûté la vie à plus de 313 marocains, le moins que l’on puisse dire est que nous avons eu la mémoire très courte. Certains ont même été frappés d’amnésie, presque volontaire. Notre futur se mesure aujourd’hui à l’aune de décision solides, pragmatiques, réalistes, en adéquation avec les réalités de la situation sanitaire du pays. Qu’en est-il alors de cette situation sanitaire ? Qui peut nous en parler, s’il vous plaît ? Qui sait un début de quelque chose de valable, de crédible, de mûrement réfléchi pour nous éclairer ? On ne peut pas patauger avec une pandémie. C’est exclu. Certes les capacités de résilience des uns et des autres, dans ce cher Maroc, peuvent jouer un rôle, mais, à un moment donné de cette affaire du covid-19, il faut se résoudre à régler le problème à la racine. Traiter les symptômes ne vaut rien. S’il faut confiner, il faut avoir l’audace politique doublée de la conscience humaine de le mettre en place, coûte que coûte. S’il faut déconfiner, il faut aussi prendre le taureau par les cornes et imposer des mesures draconiennes, strictes, très sévères, parce qu’encore une fois, nous ne pouvons pas en tant que pays se payer le luxe d’enterrer davantage de morts. Quant à la «coïncidence» avec l’été, le tourisme, les affaires, la fête du mouton, le cheptel qu’il faut fourguer aux amateurs de barbaque, on peut comprendre qu’à un moment donné il faut huiler la machine et faire tourner les affaires, mais pas n’importe comment, car il est dangereux de penser que le Marocain va rester chez lui, par 40 degrés à l’ombre, de ne pas coller ses fesses à une chaise dans un café quand on lui en donne l’occasion, comme on ne peut pas être responsable et se dire que ce même Marocain va porter son masque tout le temps, ne pas jouer avec la gueuse et risquer sa vie et celle des autres. Vous l’avez bien vérifié : plages prises d’assaut, cafés, restaurants, boites et clubs privés, soirées intimes à 100 personnes, mariages en catimini à 200 personnes, séances de prières sur des toits, SPA douteux, salons de coiffure bandés, magasins pleins à craquer, fourgueurs de Fast Food se régalant en voyant des queues monstres attendre leurs sandwichs… Sans parler des déplacements interurbains où plus rien n’a été respecté. Sans tests, sans contrôles, prend ton moyen de locomotion et va où tu veux. Résultat : on reprend le tout à zéro. Pour un sans-faute, tellement mis en avant, par nous aussi, et à maintes reprises, nous sommes aussi dans le droit, après avoir applaudi au travail bien fait, de dire Niet au n’importe quoi. Avons-nous toujours la capacité de rectifier le tir ? Absolument. Pouvons-nous mieux gérer et faire preuve d’intelligence et de fermeté ? Oui. Pour le bien de cette nation, de cette population et de ce pays. «La croyance que rien ne change provient soit d’une mauvaise vue, soit d’une mauvaise foi. La première se corrige, la seconde se combat.». (Friedrich Nietzsche). Tout est dit.

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