Akhannouch : un bilan social face à l’appel au vote sanction de Benabdallah
Augmentations salariales, réforme fiscale et aides directes aux familles : le gouvernement Akhannouch présente un bilan social chiffré face aux critiques de Nabil Benabdallah. À deux jours des législatives, le pouvoir d’achat reste au cœur de la confrontation

La Vérité
Le bilan social d’Akhannouch occupe une place centrale dans les derniers jours de la campagne électorale. Alors que Nabil Benabdallah appelle à sanctionner la majorité sortante, le chef du gouvernement met en avant les réformes engagées depuis 2021. Salaires, fiscalité et protection sociale constituent les principaux éléments de cette confrontation politique.
Dimanche 20 septembre, à Tétouan, Aziz Akhannouch a défendu les réalisations de son gouvernement devant les militants du Rassemblement national des indépendants (RNI). Il a notamment évoqué les augmentations salariales, les aides aux familles et l’élargissement de la couverture médicale. Le dirigeant a également présenté plusieurs engagements pour la prochaine législature.
Derrière les discours de campagne, les données officielles permettent de documenter les mesures mises en œuvre et d’examiner leurs effets sur les revenus des Marocains.
Dialogue social : des augmentations salariales mesurables
Le dialogue social constitue l’un des principaux volets du bilan gouvernemental. Les accords conclus avec les partenaires sociaux ont débouché sur plusieurs revalorisations salariales dans les secteurs public et privé.
En avril 2026, le ministre Younes Sekkouri a présenté devant le Parlement les résultats de ces mesures. Selon les chiffres communiqués, le SMIG horaire est passé de 14,81 à 17,90 dirhams depuis le début du mandat. Le salaire minimum net mensuel est ainsi passé d’environ 2 800 à 3 400 dirhams.
Parallèlement, le salaire minimum agricole est passé de moins de 1 900 à 2 400 dirhams. Dans la fonction publique, les agents concernés ont bénéficié d’une augmentation générale de 1 000 dirhams, à laquelle s’ajoutent plusieurs revalorisations sectorielles.
Ces évolutions constituent des changements mesurables dans les rémunérations des salariés concernés.
Toutefois, il convient de distinguer les augmentations effectivement appliquées des engagements financiers annoncés pour les prochaines années.
Le gouvernement estime que le coût global des mesures issues du dialogue social atteindra 49,7 milliards de dirhams entre fin 2026 et début 2027. Il s’agit d’une projection officielle et non d’un montant intégralement dépensé à ce jour.
Ces augmentations contribuent à relever les revenus des bénéficiaires. Leur effet sur le pouvoir d’achat dépend néanmoins de l’évolution des prix et des dépenses de chaque ménage.
Réforme fiscale : davantage de revenus nets pour les salariés imposables
La réforme de l’impôt sur le revenu, entrée en vigueur en janvier 2025, constitue un autre élément du bilan social d’Akhannouch.
Le nouveau barème porte la première tranche annuelle exonérée de 30 000 à 40 000 dirhams. Il élargit également plusieurs tranches et ramène le taux marginal supérieur de 38 % à 37 %.
Concrètement, cette réforme réduit la charge fiscale de nombreux contribuables et leur permet de conserver une part plus importante de leurs revenus. Cependant, ses effets varient selon les situations individuelles.
La baisse de l’impôt profite directement aux contribuables qui acquittaient auparavant un IR. Les personnes déjà exonérées ne bénéficient pas d’une réduction supplémentaire de cet impôt. La réforme améliore donc les revenus nets d’une partie des ménages, sans constituer une augmentation générale des revenus de l’ensemble de la population.
Cette distinction permet de mieux apprécier la portée réelle du dispositif dans le débat sur le pouvoir d’achat.
Aides sociales directes : près de quatre millions de ménages soutenus
Au-delà des salaires et de la fiscalité, le programme d’aide sociale directe représente l’un des principaux chantiers sociaux déployés pendant le mandat.
Lancé en décembre 2023 dans le cadre du chantier royal de généralisation de la protection sociale, ce dispositif organise le versement d’aides financières aux familles éligibles.
Selon le rapport d’activité 2025 de l’Agence nationale du soutien social (ANSS), le programme a soutenu 3,9 millions de ménages depuis son lancement. Il concerne notamment 5,5 millions d’enfants et 1,7 million de personnes âgées.
De plus, 60 % des bénéficiaires relèvent du milieu rural.
L’Agence indique également que les versements cumulés ont atteint 51 milliards de dirhams entre décembre 2023 et fin décembre 2025. Contrairement au coût projeté du dialogue social, il s’agit ici de montants effectivement distribués aux familles sur cette période.
Le programme prévoit un montant mensuel minimum de 500 dirhams pour chaque ménage éligible.
Cette somme représente un plancher garanti et non une allocation uniforme pour toutes les familles. Le montant total dépend notamment de la composition du foyer, du nombre d’enfants, de leur âge et de leur situation scolaire.
Pour les ménages bénéficiaires, ces transferts constituent un complément de revenu régulier.
Toutefois, les chiffres de couverture et les montants distribués ne permettent pas, à eux seuls, de mesurer tous les effets du programme sur la pauvreté. L’accès aux prestations, leur continuité et leur poids dans le budget familial restent déterminants.
À Tétouan, Akhannouch annonce la prochaine étape
Aziz Akhannouch a profité de son meeting de Tétouan pour présenter les orientations du RNI pour la prochaine législature.
Le parti propose notamment de revoir les critères d’éligibilité aux aides sociales afin d’élargir le nombre de bénéficiaires.
Il souhaite également permettre aux personnes qui retrouvent un emploi de conserver certaines protections pendant leur transition professionnelle.
D’autres propositions concernent la création de mécanismes d’épargne pour les classes moyennes et l’amélioration de l’intermédiation sur le marché du travail.
Enfin, le RNI affiche un objectif d’un million d’emplois et réaffirme son ambition de porter le salaire minimum à 5 000 dirhams, dans le cadre du dialogue avec les partenaires sociaux.
Ces annonces constituent des propositions électorales. Elles doivent donc être distinguées des réformes déjà entrées en vigueur.
Benabdallah oppose le pouvoir d’achat au bilan gouvernemental
Pendant ce temps, à Tanger, Nabil Benabdallah a développé un discours de contestation.
Dimanche soir, le secrétaire général du Parti du progrès et du socialisme (PPS) a appelé les électeurs à exprimer leur mécontentement par un vote sanction contre les formations de la majorité sortante.
Il a notamment critiqué la gestion du coût de la vie, accusé le gouvernement de conflits d’intérêts et contesté la portée de la généralisation de la couverture médicale. Ces accusations relèvent des positions exprimées par le dirigeant du PPS pendant son meeting.
Toutefois, l’évolution récente de l’inflation apporte un élément supplémentaire à cette confrontation.
Selon les dernières données mensuelles du Haut-Commissariat au Plan consultées pour cet article, l’indice des prix à la consommation a reculé de 1 % en juillet 2026 par rapport au mois précédent. Il a également diminué de 0,6 % sur un an.
Cette évolution traduit une baisse des prix sur les périodes considérées. Elle ne signifie cependant pas que tous les produits ont retrouvé leurs niveaux antérieurs aux épisodes inflationnistes des dernières années.
Le débat sur le pouvoir d’achat doit ainsi prendre en compte les deux dimensions : l’évolution des rémunérations et des aides, mais également celle du coût de la vie.
Un bilan social à l’épreuve des attentes des ménages
Finalement, la confrontation entre Akhannouch et Benabdallah met en lumière deux approches de l’évaluation de l’action gouvernementale.
D’un côté, les augmentations salariales, la réforme fiscale et les aides directes constituent des mesures documentées. Les chiffres officiels permettent d’en identifier les bénéficiaires, les montants et les calendriers.
De l’autre, les difficultés liées aux dépenses quotidiennes, à l’emploi et à l’accès aux services sociaux continuent d’alimenter les critiques de l’opposition.
À deux jours des élections législatives, le débat porte donc sur la portée de ces réformes et sur leurs effets dans la vie quotidienne.
L’enjeu dépasse la simple confrontation des discours : il consiste à distinguer les mesures réalisées, leurs résultats mesurables et les nouveaux engagements présentés aux électeurs.

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