CESE : Croissance solide, État social et nécessité d’intégrer les défis migratoires au cœur des politiques publiques

LA VÉRITÉ
Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a rendu public son rapport annuel 2025, dressant un panorama à la fois ambitieux et nuancé de la trajectoire du Royaume. Entre une croissance économique stimulée par les grands chantiers et la consolidation de l’État social, l’institution dirigée par Abdelkader Amara met en lumière des fragilités structurelles persistantes, tout en ouvrant un débat novateur et crucial : la mutation démographique du Maroc et la nécessité d’intégrer durablement la question migratoire dans les politiques publiques.
Portée par le dynamisme du secteur touristique, qui a franchi le cap historique de 19,8 millions de visiteurs, le rebond de l’activité agricole et les investissements liés aux infrastructures, l’économie marocaine a affiché une croissance robuste de 4,9 % en 2025. Parallèlement, le chantier titanesque de l’État social poursuit sa mue : l’Assurance Maladie Obligatoire (AMO) couvre désormais près de 88 % de la population, et l’aide sociale directe profite à près de 3,9 millions de familles.
Toutefois, ce tableau flatteur ne doit pas occulter les vulnérabilités structurelles pointées par le CESE. Le marché du travail demeure marqué par un taux de chômage de 13 %, touchant particulièrement les jeunes, les femmes et les diplômés, tandis que près de 46 % des salariés évoluent encore sans contrat écrit. S’y ajoutent un déficit commercial creusé à 20,5 % du PIB, une pression persistante sur la ressource en eau face au stress hydrique, et la nécessité impérative de stimuler davantage l’investissement privé face à un portage public encore ultra-dominant.
Migration et transition démographique : Repenser le paradigme national
C’est précisément dans ce contexte de mutations profondes que le rapport du CESE consacre un focus stratégique particulièrement marquant : l’articulation entre l’immigration et la transition démographique. S’appuyant sur les données du Haut-Commissariat au Plan (HCP) qui révèlent un ralentissement de l’accroissement annuel de la population (tombé à 0,85 %) et un indice synthétique de fécondité sous le seuil de renouvellement (1,97 enfant par femme), l’institution pose un constat sans équivoque. La part des 60 ans et plus, estimée à 13,9 % en 2024, devrait atteindre 19,5 % d’ici 2040.
Face à ce vieillissement programmé et à une population étrangère qui s’établit désormais à 148 152 personnes (en hausse de 76 % en une décennie) avec une nette tendance à l’installation durable, le CESE invite à changer de focale. Si l’immigration ne constitue pas à elle seule une panacée face au défi démographique, elle doit être pensée comme une variable de développement à part entière.
Le rapport pointe ainsi les freins réglementaires actuels — notamment la persistance d’un cadre juridique hérité de la loi n° 02-03 en attendant l’adoption de textes plus adaptés — qui limitent l’accès à l’emploi formel, à la reconnaissance des qualifications et à l’entrepreneuriat pour ces populations. Pour y remédier, le CESE formule quatre recommandations clés : adapter le cadre institutionnel, valoriser ce capital humain en complémentarité des compétences nationales (notamment dans l’économie du care et les secteurs en tension), fonder la gouvernance sur la prospective par la donnée, et arrimer étroitement la politique migratoire aux stratégies de développement territorial.
En somme, à l’horizon des grands rendez-vous structurants du pays, le CESE rappelle que la souveraineté et la résilience du Maroc se joueront autant sur sa capacité à consolider sa croissance économique qu’à anticiper avec audace ses mutations sociétales et démographiques de demain.

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