Best OF 2017: Saad Eddine El Othmani forme sa majorité
Porté par son leader Abdelilah Benkirane, le parti islamiste a élargi son spectre de popularité. Et redonné une certaine vigueur à la vie politique marocaine. Toutes les tentatives de dépréciation du parti et de son chef n’ont fait qu’augmenter leur audience . Au point qu’ils rempotèrent , fait rarissime pour un parti dirigeant un gouvernement, deux élections majeures: les locales en 2015 et les législatives en 2016.
Aujourd’hui toute velléité d’affaiblir El Othmani qui a succédé à Benkirane ne fera que servir ce dernier. Car, ne l’oublions pas, c’est grâce en grande partie à l´ascension du Parti de la justice et du développement (PJD) que la politique était enfin devenue au centre des préoccupations au Maroc.
« Auparavant, personne ne faisait attention au gouvernement, expliquait déjà en 2013 l´historien Abdellah Tourabi. Maintenant, tout le monde s´en soucie. » Malgré les tentatives d’une opposition faible, et plus tard sanctionnée par les urnes, visant à faire passer son programme pour quantité négligeable et voué à l´échec, le parti n’a pas arrêté de se battre avec succès et a enregistré des avancées en matière de réformes structurantes, qu´il a réussi à faire passer avec le soutien des autres partis coalisés. Le PJD et ses partenaires de la coalition ont ainsi réformé une partie de la Caisse de compensation en la soulageant du poids de la facture énergétique.
L’autre mesure phare que l’on retiendra du mandat de Benkiraneest sans doute celle relative au dossier des retraites. Indéniablement ce sont là deux réformes qui réclamaient beaucoup de courage et un sens aigu des responsabilités pour les faire aboutir. Et ne serait-ce que pour ces deux initiatives que le gouvernement sortant mérite la bénédiction du roi et du peuple.
Bien que l´opposition ne cessait de souligner les échecs du PJD, le parti a réussi à mettre en avant les projets entrepris en coopération avec le roi, notamment la création d´un fonds de 3,2 milliards de dirhams destiné à fournir des soins aux populations rurales, celle d´un fonds de 160 millions de dirhams pour aider les femmes divorcées dont les ex-maris refusent de payer les pensions alimentaires, ou encore la hausse de 50 % des allocations consacrées aux indemnités de repas des étudiants à l´université. « En tant que gouvernement, nous travaillons en coopération avec d´autres institutions politiques, sous la direction du roi et non dans l´opposition », expliquait Mustapha El Khalfi, l´un des dirigeants du PJD et ministre de la Communication de l’époque.
Homme de consensus
Le parti a créé, dès ses premiers pas dans le gouvernement, une université virtuelle du leadership pour ses jeunes cadres. Pendant deux ans, ils consacrent trois jours par mois à l´étude de différents aspects de la gouvernance (le droit, la politique…), avant de présenter un travail final et d´effectuer un voyage à l´étranger pour étudier d´autres démocraties parlementaires.
Aujourd’hui, après cinq mois d’impasse, la formation d’un nouveau gouvernement est en bonne voie. Les négociations entamées, le 21 mars, par le nouveau chef de gouvernement, Saâd Eddine El Othmani, ont abouti à l’annonce, samedi 26 mars, d’une coalition de six partis autour du parti de la justice et du développement (PJD).
Il aura fallu moins de quinze jours au numéro deux du PJD pour former une coalition, après cinq mois de blocage dans les tractations.
La principale surprise de cette nouvelle majorité est la présence de l’Union socialiste des forces populaires (USFP). Son entrée au sein de la coalition gouvernementale a été l’un des principaux points de blocage entre l’ex-Premier ministre, Abdelilah Benkirane et le patron du Rassemblement national des indépendants (RNI) – également dans la coalition – et dirigé par le ministre de l’agriculture , Aziz Akhannouch, adoubé au sein de son parti après la démission de Salah Eddine Mezouar.
Le PJD opposait, jusqu’à récemment, une fin de non-recevoir à l’entrée de l’USFP au prétexte qu’elle a obtenu une maigre glane aux dernières élections législatives. Réputé homme de consensus, Saâd Eddine El Othmani a donc cédé à cette revendication. Le PJD aura dû également renoncer à faire figurer son allié historique, le parti conservateur de l’Istiqlal, arrivé second au scrutin. Mais à se remémorer les attaques de Chabat contre Benkirane et son parti, on se demande comment peut-on éponger facilement un tel passif.
Composeront également la majorité, le parti du progrès et du socialisme – également allié du PJD – ainsi que deux autres partis, à savoir l’Union constitutionnelle et le Mouvement populaire. Des formations qu’on disait de l’administration et dont on cherche aujourd’hui la fréquentation assidue.
Après cette annonce, les partis se penchent actuellement sur d’autres tractations, et non des moindres, afin de désigner les ministres du gouvernement. Car, il importe de faciliter la tâche du chef du gouvernement désigné, M. Saad Eddine El Othmani, pour que la mission constitutionnelle qui lui est confiée soit couronnée de succès dans l’intérêt du pays et dans la perspective de la constitution d’un gouvernement fort, homogène et efficace à même de faire face aux défis internes et externes avec la compétence, l’abnégation et la bonne gouvernance voulues.
Les partis coalisés doivent veiller au choix des ministres à l’aune de la compétence afin d’assurer aux dossiers soumis le traitement idoine donnant la priorité aux intérêts nationaux et non ceux partisans ou catégoriels. Chacune des composantes de cette coalition gouvernementale doit produire, sans tarder, une contribution opportune au programme de la majorité gouvernementale, ce qui deviendra une feuille de route claire des politiques publiques à conduire à propos de secteurs vitaux comme le problème de l’éducation et de l’enseignement et celui des dossiers sociaux intéressant l’emploi, la santé le transport et la précarité de l’habitat et des infrastructures.
L’opinion doit s’imprégner du sentiment que le pays marche toujours sur la voie de la consolidation de la place des institutions et de l’Etat de droit avec tout ce que cela sous-entend comme actions agissantes pour réformer l’administration, lutter contre la prévarication et faire respecter les libertés et la justice.
Chacun doit oeuvrer dans le sens d’une mise en oeuvre permanente de la Constitution pour l’obtention d’un équilibre entre le pouvoir exécutif et les différents autres pouvoirs. Afin que des concepts relatifs à la démocratie participative, à la transparence, à l’intégrité, à l’égalité des chances, à la responsabilité et à la reddition des comptes aient un sens.
L’émergence sans pétole ni gaz
La formation de ce gouvernement intervient dans un contexte régional, continental et international inédit puisque le Maroc dans sa marche conquérante pour reprendre ses droits historiques en Afrique butte sur l’hostilité entêtée de son voisin de l’ouest qui hypothèque l’avenir de son peuple en mobilisant des moyens astronomiques afin d’affaiblir notre pays. Il ne faut point oublier que le Royaume est devenu, comme l’a souligné Sa Majesté, un pays émergent sans pétrole ni gaz.
Cette distinction, nous l’avons acquise grâce à l’unité de nos rangs et la solidité de nos institutions qui ont réussi à avorter tous les complots ourdis contre notre sécurité et notre stabilité. Pendant toute la période qui a précédé l’annonce d’un accord entre les composantes de la future majorité, le Maroc a fait l’objet, notamment à l’occasion des événements d’Al Hoceima, d’une campagne enragée diligentée par des parties dont certaines sont aveuglées par une rancune irrépressible à l’encontre des symboles du régime monarchique. Un semblable accès de fièvre s’est emparé de ceux qui vivent au rythme de la vengeance et des règlements de comptes.
Tous n’ont pas admis le retour du royaume à l’organisation continentale et ont axé à travers une opération de focalisation maladive sur sa dernière demande d’adhesion à la CEDEAO.
Désormais, le Maroc est sur la voie d’une nouvelle ère. Que ses élites se hissent au niveau de l’envergure prise par leur pays. Qu’ils introduisent dans leur lexique un vocabulaire adéquat.
Qu’ils s’interdisent d’user de méthodes immorales dans la polémique politique en tournant le dos aux campagnes d’injure, de diffamation, de dénigrement et d’intox. Qu’ils s’imposent le dialogue constructif et serein.
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