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Benyamin Nétanyahou: Le bourreau de la Palestine

Abdelhak Najib


Le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, à la tête d’une coalition gouvernementale d’extrême droite, est partisan de la guerre en Palestine. Le dirigeant israélien n’a jamais caché ses convictions politiques nationalistes. Pour lui, le projet hypothétique d’un État palestinien est une illusion. Mieux, le chef de l’exécutif de l’Etat hébreu rêve d’un Grand Israël, qui s’étend de la Mésopotamie au Nil. Pour lui, une guerre totale contre les Palestiniens est l’unique solution pour en finir avec le rêve d’une Palestine qui ne verra jamais le jour. Éclairage.

D’abord, trois vérités absolues à retenir: déplacer des millions de personnes de leurs territoires, cela porte un nom: épuration ethnique. Confisquer la majorité des terres d’une population occupée est une déportation forcée. Exercer une politique d’apartheid en imposant un blocus sur un territoire en massacrant des citoyens, c’est un genocide. Voici la réalité des Palestiniens aujourd’hui, après 75 d’occupation. La quatrième vérité absolue est celle-ci : Israël refuse l’existence d’un État palestinien. En cela, l’état hébreu est soutenu par les États Unis et par presque tous les pays occidentaux. Ce rêve éculé d’une Palestine libre est une illusion. Dans cette optique, tous les gouvernements qui se sont succédés en Israël se sont appliqués à enterrer ce vœu pieux de deux états voisins vivant en bonne entente. De David Ben Gourion et Golda Meir à Benyamin Nétanyahou en passant par Yitzhak Shamir, Menahem Begin, Moshe Dayan, Ariel Sharon…, le mot d’ordre est le même: une guerre d’usure, une occupation des terres, la prolifération des colonies, décrédibiliser l’autorité palestinienne, imposer des embargos, pousser les populations à l’exil.

Épuration ethnique

Cette politique réfléchie et appliquée avec rigueur a donné des résultats: Gaza s’est réduite à peau de chagrin. La Cisjordanie est morcelée. Des millions de Palestiniens sont réfugiés dans des pays arabes voisins. Les territoires occupés sont sous-développés, manquent d’infrastructures, vivent de chômage ou attendent un permis pour passer un Check point et aller quémander un boulot journalier sous payé. Les écoles sont vétustes. Les hôpitaux tombent en ruine, l’eau manque, l’électricité est souvent coupée par les autorités israéliennes faisant des deux bandes de terres encore habitées par des populations palestiniennes une prison à ciel ouvert. Pire, avec les années qui passent, la situation devient de plus en plus inextricable et invivable. Ce qui pousse des milliers de familles à fuir ailleurs survivant dans des camps de réfugiés. C’est un flux tendu de réfugiés chaque mois vidant les lieux et laissant la place à de nouvelles colonies israéliennes. C’est aussi vieux que le monde: pour prendre la place d’un autre, il faut le tuer ou le pousser à l’exil. Dans cette stratégie, Israël réussit à tous les coups. Et ce, en divisant les citoyens palestiniens en deux catégories: les dociles, ceux qui acceptent et deviennent des esclaves à la merci du bon vouloir de l’état hébreu. Et ceux qui soutiennent la résistance ouvertement, désignés par Israël et tous ses alliés de terroristes. Autrement dit, sous l’occupation israélienne, soit tu plies l’échine, soit tu es un terroriste. Ce qui rend les choses simples pour les autorités israéliennes: on fiche les Palestiniens et on remplit des cases. Puis, on procède à la liquidation au nom de la lutte contre le terrorisme. Terrorisme étant le mot magique pour justifier l’assassinat, le meurtre, le génocide.

Génocide palestinien

Un permis de tuer validé par les grandes puissances de ce monde dont les représentants se sont empressés d’aller faire allégeance en terre d’Israël. Un drame humain se joue à Gaza et des figures comme Joe Biden, Emmanuel Macron et d’autres se rendent dans l’Etat hébreu pour témoigner leur appui et leur soutien à la politique de Benjamin Nétanyahou tout en condamnant la résistance palestinienne taxée de terrorisme qu’il faut détruire et éliminer à la racine. Le président américain Joe Biden à assuré que le soutien de Washington est « solide comme un roc ». Il a même mis en garde « toute partie hostile à Israël » contre la tentation de profiter de la situation. Il a ajouté: «En ce moment de tragédie, je veux leur dire, ainsi qu’au monde entier et aux terroristes du monde entier : les États-Unis sont aux côtés d’Israël. Nous ne manquerons jamais de les soutenir.»
Le président français a présenté les « condoléances » d’un « pays ami, éploré devant l’acte terroriste le plus terrible de l’histoire d’Israël, et saisi par le chagrin et la douleur…, Je vous apporte aujourd’hui l’émotion et la solidarité des Français… Nos deux pays sont liés par le même deuil.» Emmanuel Macron a même fait une proposition qui sonne comme la déclaration d’une guerre totale contre les Palestiniens en disant que la coalition internationale créée en 2014 sous la direction des Etats-Unis pour combattre l’organisation Etat islamique en Syrie et en Irak, dans laquelle la France est très active, « puisse lutter aussi contre le Hamas ». «La lutte doit être sans merci, mais pas sans règles, car nous sommes des démocraties qui luttons contre des terroristes, des démocraties donc qui respectent le droit de la guerre et assurent l’accès humanitaire » aux populations de Gaza.
On le voit bien, les grandes puissances occidentales, et en particulier les États-Unis, ont affiché un soutien ferme à Israël en bloquant déjà par deux fois des projets de résolution visant à une désescalade à Gaza, au risque d’attiser la fracture avec les pays du Sud. Ce qui a poussé le secrétaire général des Nations-Unies à dénoncer « des violations du droit international ». Mais que peut l’ONU face à Washington et ses alliés!

Palestine, l’impossible État

Quoi qu’il en soit, tout est dit dans ces phrases. Soutien total à un État qui occupe des territoires qui ne sont pas les siens, un État qui tue des civiles, vieux, femmes et enfants (en 15 jours, plus de 5000 Palestiniens ont été tués par l’armée israélienne), un Etat qui déplace des millions d’habitants, confisque leurs maisons et leurs terres, comme c’est le cas des centaines de milliers de bédouins palestiniens dont personne ne parle et qui ont fui face aux tanks et aux bombes. Ils ont dit adieu à leurs terres, à leur bétail et à leur mode de vie multi séculaire.
A la fin de ses déclarations, le président français devait sortir la formule consacrée à chaque fois qu’un dirigeant français s’est rendu dans la région: « accepter le droit légitime des Palestiniens à disposer d’un territoire et d’un Etat en paix et en sécurité au côté d’Israël». Quand? Jamais. On gagne du temps. Et Israël grignote du territoire palestinien jusqu’au jour où il n’y aura plus de place pour cet hypothétique état palestinien qui ne verra jamais le jour au vu des escalades de violence à répétition et à l’indifférence des grandes puissances qui recyclent leurs slogans habituels et fournissent encore plus d’aides et de moyens à l’état hébreu pour consolider son armée et son arsenal militaire, Israël étant, il ne faut pas l’oublier, une puissance militaire nucléaire.
Avec ce paradoxe éclatant: tout l’Occident apporte son soutien à un État militaire doté de la bombe nucléaire et condamne des populations sous occupation subissant une épuration ethnique en règle! Pour rappel, le président américain a demandé une aide de 105 milliards de dollars au Congrès pour répondre aux crises internationales et à l’immigration clandestine. Une demande qui comprend notamment 61,4 milliards pour l’Ukraine et 14,3 milliards pour Israël dont 10,6 milliards en armement. La Maison Blanche fait valoir que cet argent est destiné, entre autres besoins militaires, à fabriquer des équipements de défense pour Israël. Le président américain a également demandé 9 milliards de dollars pour répondre à des crises humanitaires internationales, y compris dans la bande de Gaza sachant que les besoins humanitaires dans un monde où les conflits et les crises font rage nécessitant des billions de dollars. Sans oublier que pour un territoire sous blocus comme Gaza, les miettes des 9 milliards non encore votés par le Congrès, peuvent ne jamais arriver. C’est ce qu’on appelle aujourd’hui dans le jargon de la Realpolitik : l’équilibre des forces et des chances!
Cet équilibre qui explique tout le soutien des USA à Israël depuis sa création: Entre 1946 et 2023, Israël a reçu environ 260 milliards de dollars américains, selon un rapport du Congrès américain publié au mois de mars 2023. Cela fait d’Israël le pays qui a reçu le plus de ressources de la part des États-Unis depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Plus de la moitié de ce montant était destinée à l’aide militaire. On s’en souvient, en 2016, le président des États-Unis Barack Obama avait signé un accord consacrant 38 milliards de dollars d’aide militaire pour Israël sur la décennie 2017-2028. Ces fonds permettent aux Israéliens d’acquérir des armes américaines, notamment des avions de combat F35. À cette aide importante, il faut ajouter un soutien encore plus vitale pour l’Etat hébreu. Washington, qui est un membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies, détient le droit de véto. Celui-ci a été utilisé de nombreuses fois en opposition aux sanctions ou avertissement à l’encontre d’Israël pour ses occupations du territoire palestinien. Dernier fait en date: Le Conseil de sécurité des Nations unies a rejeté le mercredi 18 octobre 2023, une résolution portée par le Brésil condamnant la guerre entre le Hamas et Israël. Sur 15 États membres du Conseil, 12 ont voté pour, deux se sont abstenus, dont la Russie, mais les États-Unis, un des cinq membres permanents, ont voté contre, ce qui suffit à rejeter toute résolution. Coeur. Limpide. Sans appel.

L’autorité palestinienne sans autorité

Pendant ce temps, l’autorité palestinienne est mise KO. Avec les scissions entre factions rivales, Mahmoud Abbas, qui a déjà montré toutes ses limites, est désarçonné comme lors de la rencontre avec le président français, Emmanuel Macron: «Nous vous exhortons, président Macron, à faire cesser cette agression », a-t-il dit, appelant à la mise en place « d’une coalition internationale pour la paix » et à la tenue d’une « conférence de paix internationale ». Avant cela, le 16 octobre2023, dans une déclaration publiée par l’agence officielle palestinienne, Mahmoud Abbas affirmait que « les politiques et les actions du Hamas ne représentent pas le peuple palestinien ». Des propos qui ont suscité des réactions indignées, avant d’être retirée. Ce qui a porté un coup à la popularité déjà très fragilisée du chef de l’autorité palestinienne. Selon une enquête d’opinion publiée en septembre par le Palestinian Center for Policy and Survey Research (PSR), avant la guerre, 78 % des Palestiniens étaient favorables à une démission de Mahmoud Abbas, qui a aujourd’hui 88 ans. Au pouvoir depuis 2005, son Autorité ne s’exerce que sur des portions de la Cisjordanie, après avoir été délogée de la bande de Gaza en 2007 par le Hamas. Ce sondage a également montré que 58 % des personnes interrogées étaient favorables à la « lutte armée » pour mettre fin à l’occupation israélienne, contre 20 % pour un règlement négocié et 24 % pour une « résistance pacifique ».
Dans ce contexte, coincé de toutes part, entre les pressions de Washington et le désaveu des populations palestiniennes, Mahmoud Abbas est strictement paralysé. Ce qui explique son inaction très critiquée par une majorité de Palestiniens qui lui reprochent de ne rien savoir des réalités à Gaza, puisqu’il vit en Cisjordanie. Cette division entre Gaza et la Cisjordanie fait le lit de la politique de Benyamin Nétanyahou, qui accentue les scissions et fragilise davantage une autorité palestinienne sans autorité aucune.


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