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Benkirane : « Votez PJD, et Dieu fera descendre Sa Miséricorde »

Lors de la 10e édition des «Portes ouvertes» du Parti de la justice et du développement organisée à Fès, Abdelilah Benkirane a relancé un discours mêlant symbolique religieuse et confrontation politique, affirmant que «si les Marocains votent pour le PJD, Dieu fera descendre sa miséricorde». Une déclaration qui suscite de nombreuses interrogations dans le Maroc de 2026, où les attentes citoyennes se concentrent davantage sur les solutions économiques, la gouvernance et l’efficacité publique que sur les registres émotionnels et idéologiques.

Par Yassine Andaloussi


Réuni ce dimanche 17 mai 2026 à Fès dans le cadre de la dixième édition de ses «Portes ouvertes», le

Car au-delà de la formule, c’est toute une vision de la politique qui refait surface. Celle où le vote ne serait plus uniquement un choix citoyen fondé sur des programmes, des résultats ou des projets économiques, mais presque un acte ouvrant symboliquement l’accès à une forme de bénédiction divine. Or, cette logique pose problème à plusieurs niveaux. D’abord parce qu’elle entretient une confusion entre foi religieuse et légitimité électorale. Ensuite parce qu’elle réduit le débat démocratique à une dimension morale et émotionnelle, alors même que les attentes des Marocains concernent aujourd’hui des questions concrètes: pouvoir d’achat, emploi, santé, investissement, souveraineté économique ou encore efficacité de l’action publique.

La matrice divine ne fonctionne pas de la sorte. Une lecture du Coran montre clairement que la miséricorde divine n’est ni conditionnée par l’appartenance partisane ni liée au vote en faveur d’un courant politique particulier. Dieu accorde Sa miséricorde à qui Il veut et quand Il veut, selon une sagesse qui dépasse les calculs électoraux et les intérêts des formations politiques. Présenter implicitement un parti comme un canal privilégié de cette miséricorde revient à instrumentaliser le registre religieux dans un espace démocratique qui devrait rester fondé sur les idées, les programmes et les solutions.

Le plus frappant dans cette rencontre de Fès reste toutefois l’absence persistante d’un véritable projet politique détaillé. Aucun programme économique majeur n’a été présenté. Aucune vision claire sur les grands défis structurels du pays n’a émergé du discours. Comme souvent, Abdelilah Benkirane est revenu sur son hostilité envers certains hommes d’affaires et certaines élites économiques. Cette critique peut parfois trouver un écho dans une société préoccupée par les inégalités ou les situations de rente. Mais dénoncer ne suffit pas à gouverner.

Le Maroc de 2026 attend autre chose qu’un discours de confrontation permanente. Il attend des propositions crédibles sur l’investissement, l’industrie, l’emploi des jeunes, la transformation numérique, la souveraineté énergétique ou encore la réforme des services publics. Une économie moderne ne se construit pas uniquement sur des slogans anti-élites ou des références religieuses mobilisatrices. Elle nécessite une vision stratégique, des compétences techniques et des solutions durables.

Le véritable enjeu pour le Parti de la justice et du développement est désormais là: sortir d’une logique de mobilisation identitaire et émotionnelle pour redevenir une force politique capable de produire un projet cohérent pour le Maroc contemporain. Car une partie croissante de la société marocaine semble aujourd’hui moins sensible aux discours de providence politique qu’aux résultats concrets et à l’efficacité publique.


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