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Benkirane perdra la guerre


“Si tu ne t’occupes pas de la politique, la politique,elle, s’occupera de toi. Ce n’est pas un jeu où l’on peut crier : Pouce ! Je ne joue pas. Laissez-moi tranquille ! Il y aura toujours des gens qui décideront pour toi, qui se mêleront d’organiser ta vie et celle des autres.”
La Politique expliquée aux enfants (et aux autres) -Denis Langlois

Avant même qu’il ne le confirme dimanche 3 juin, de manière on ne peut plus claire, devant les caméras d’une Web-TV, Benkirane avait, depuis belle lurette, déclenché sa guerre économique contre deux entreprises dont les patrons ne sont pas d’accord avec lui politiquement.

Il s’agit, on l’aura deviné, du groupe Oulmès et celui d’Afriquia. Quelques semaines avant le début des hostilités il avait pointé, menaçant, Aziz Akhannouch en plein discours prononcé devant une instance du PJD, lui adressant une injonction impérieuse selon laquelle ce dernier devrait choisir entre l’argent et la politique. Les deux ne seraient pas conciliables selon Benkirane. Ce qui est d’ailleurs archi faux. Bien au contraire, toute l’histoire de la politique est émaillée d’épisodes où les intérêts économiques prennent le dessus. Les hommes d’affaires sollicités à la barre de la gestion de la chose publique sont légion. L’élection du président français Emmanuel Macron est venue récemment le rappeler aux oublieux notamment chez nous où l’homme d’affaires Mohamed Karim Lamrani a battu le record du nombre de cabinets qu’il a dirigés avec compétence et probité.

La déclaration de guerre du 03 février

Les faits remontent donc au 03 février dernier, quand Benkirane avait pris la parole lors de l’assemblée de la jeunesse du PJD alors qu’il n’exerçait aucune fonction officielle au sein du parti. Abdelilah Benkirane a lancé une attaque fulgurante contre Aziz Akhannouch, président du RNI et ministre de l’agriculture et de la pêche, qui était en train de réorganiser son parti dans la perspective de faire face aux élections législatives de 2021 qui vont déterminer la désignation par le roi du futur chef du gouvernement. Il lui a fait remarquer que le mariage entre politique et affaires constitue un danger pour l’Etat. Quelques jours plus tard, le journal Akhbar Al Youm, devenu le porte-parole de Benkirane depuis la dispari tion de Attajdid organe du PJD, a publié un éditorial, emboîtant le pas à l’attaque du leader islamiste, intitulé «le pouvoir de l’argent et l’argent du pouvoir», soulignant que leur mariage était à l’origine de tous les maux.

Actuellement, Taoufiq Bouachrine qui a toujours soutenu Benkirane est poursuivi en état d’arrestation pour « viol, tentative de viol et trafic d’êtres humains ». Du coup Benkirane se trouve dépourvu du soutien de son principal allié dans la presse. Maintenant il fait recours à des organes de presse qu’il suspectait de proximité avec ses adversaires. Comme c’est le cas de Chouf tv qui avait pris parti pour Chabat dans le conflit qui opposait celui-ci à l’ancien chef du gouvernement.

Dans la déclaration faite par Benkirane à Chouf TV, l’ancien chef du gouvernement fait une erreur en révélant les noms de Aziz Akhannouch et Miriem Bensalah, et en autorisant les boycotteurs à sévir contre leurs intérêts au prétexte qu’ils ” sont en mesure de se défendre”. Tout en avouant que ce sont des raisons politiques qui sont derrière l’attitude des boycotteurs, Benkirane a paru ostensiblement discriminatoire en appelant solennellement à épargner une entreprise étrangère tout en montrant qu’il se soucie comme d’une guigne des entreprises nationales en danger de mort.

A présent Mme Bensalah et M. Akhannouch sont avertis et savent se qu’il leur reste à faire: résister avant de donner la parade. Sous la bonhomie qu’ils affichent vit en retrait ce qu’ils sont réellement: des êtres élevés à la dure. Habitués par les pères fondateurs à faire face au mauvais temps et aux ouragans.

On croyait l’ancien secrétaire général du PJD assez malin pour tourner à son avantage cet épisode de la vie politique et économique de notre pays en prenant ses distances par rapport aux manipulations politiciennes, en essayant de récupérer intelligemment l’exaspération des couches moyennes face à la dé- gradation du pouvoir d’achat, mais pour des produits et des prestations dont on maîtrise les composantes localement. Et non des produits comme les hydrocarbures dont les augmentations à la pompe sont inéluctables parce que déterminées par le prix du baril au trend haussier ces jours-ci. C’est gravissime de la part d’un ancien chef de gouvernement, qui connaît parfaitement ce dossier, de vouloir exploiter un événement conjoncturel pour régler des comptes politiques en s’emparant d’une exaspération floue au départ, s’appuyant plus sur les frustrations sociales, la haine des riches, et finir par la développer, mûrir, et la mettre au service d’une vengeance inassouvie. Tout cela se déroule au moment où les prix mondiaux sont en hausse constante et pourraient atteindre les 90 dollars le baril d’ici l’automne.

Des alliances contre nature

Voilà que des boycotteurs opportunistes se mettent eux aussi à évoquer la décompensation de Benkirane et ses effets pervers. Personne n’a imaginé, du moins ceux qui ont été séduit par le discours moralisateur de Benkirane, qu’un jour le PJD puisse se rapprocher du PAM. Cela eut lieu plus vite qu’on le pensait. Ces retrouvailles ont pu avoir lieu à l’occasion des complots ourdis contre Aziz Akhennouch. Bouanou a même utilisé des procédés honteux qui en disent long sur son éthique.

Président d’une commission parlementaire, il a préféré mettre le rapport de celle-ci sous le coude et utiliser un rapport de l’administration. “Il y a une société de distribution qui a multiplié ses gains par trois, passant de 3 milliards à 9” a-t-il péroré sous l’hémicycle et en dehors.

La toile s’en est emparée, les armées virtuelles du PJD en premier contre… Aziz Akhennouch. Ce n’est qu’une semaine plus tard que Bouanou déclare qu’il s’agit de Total. Un tel manque d’éthique aura, à n’en point douter, son coût politique.

Un parti en mal de légitimité et peinant à faire oublier la fameuse manifestation de Casablanca plus connue sous le nom de “Zeroual” organise une “marche” avec 32 pick up, exclusivement contre Aziz Akhennouch. Nul besoin de signer le délit. Son auteur est identifié, de même que son nouveau mentor: C’est le PAM qui vient à la rescousse de Benkirane et son courant au sein du PJD conte l’ennemi commun qu’est Aziz Alhannouch et son RNI conquérant.

L’art de la guerre et la politique

Dans une guerre, il n’est pas bon de lancer prématurément les batailles.

Pour conquérir un électorat il est préférable de recruter là où ses concurrents ne s’y trouvent pas. Les adversaires de Aziz Akhannouch sont venus lui chercher noise sur le terrain économique où on ne peut user de mensonges indéfiniment et impunément.

On ne peut répéter matin et soir que les problèmes des Marocains résident dans le surenchérissement du carburant distribué par Akhannouch. Ils découvriraient à plus ou moins brève échéance que c’est un mensonge. On ne peut occulter longtemps pour des Marocains qui ont le sens de l’équité que si Afriquia est leader, sans profiter directement de la privatisation, c’est que celle-ci a divisé la concurrence après la disparition de la snpp et le retour des majors. Il n’y a aucune situation de rente ici et les fins analystes du management moderne vous le diront.

Benkirane subira ce qu’on appelle en économie les effets d’éviction.

Benkirane, depuis leur récupération par Dr Khatib, lui et ses camarades, avait bien retenu cette règle d’or:

Il est mauvais de combattre plus gros que soi sur le même terrain ou avec des moyens que votre concurrent maîtrise mieux. N’empêche, il a ciblé deux symboles de l’entreprise au Maroc. Sans se demander quelles étaient ses propres vulnérabilités et comment allait-il éviter qu’elles nuisent à ses projections ?

Parce que les relais amplificateurs du boycott s’ingénient, depuis le début, à influer l’opinion en usant de procédés plus ou moins sophistiqués mais, quelquefois, si grossiers qu’ils finissent toujours par mettre à nu les intentions liberticides qui les ont inspirés. Il faut dire que le stratagème a réussi, dans une certaine mesure, même si la dé- mission de ceux qui exercent le métier d’informer est une réalité que d’aucuns cherchent à escamoter fort malheureusement. Pour autant, la presse lucide, dite sérieuse, n’est sans doute pas au bout de ses peines.

Car, à présent, le camp des boycotteurs irréductibles semble découvrir un nouveau ennemi à abattre. Un ennemi beaucoup plus difficile à cerner car sa clientèle est présente sous la forme d’une masse de jeunes et d’adultes parfaitement au courrant des tenants et aboutissants de l’organisation de l’événement et son financement privé.

Benkirane est-il homme d’État

Abdelilah Benkirane aime répéter qu’il est plus qu’un homme politique et qu’il est plutôt homme d’État. A-t-il réellement la stature d’un homme d’État. Comparé à un Abderrahmane El Youssefi qui s’est abstenu de jouer les justiciers assoiffés de règlements de compte, il ne l’est sûrement pas. Mais opposé à un homme comme Ilyes El Omari, il ne manquera pas d’atouts pour l’avantager.

Ceci dit, rappelons qu’avant que le syndrome du pouvoir ne l’affecte, Benkirane s’était admirablement comporté. Comme un manager d’une entreprise.

Son parti a d’abord pris des franges de la société au fur et à mesure et ainsi il devint challenger.

Une fois que le parti a pu disposer d’une part de marché consistante, il a pu enfin se permettre d’attaquer celle de ses principaux concurrents, en l’occurrence l’Istiqlal et l’USFP.

Il a profité de la faiblesse de ses concurrents. Son approche marketing politique s’est révélée victorieuse.

Benkirane s’était fixé un objectif à atteindre, l’élimination du PAM, il n’a pas vu venir un adversaire plus redoutable qu’Ilyes El Omari. L’envergure et la compétence de Aziz Akhannouch qu’il avait reconnues publiquement, l’a déstabilisé. Aussi s’est-il empressés de faire diversion en s’attaquant aux intérêts économiques de son nouveau et principal concurrent tout en profitant opportuné- ment de l’apport du PAM avec son nouveau secrétaire général . Pendant ce temps Akhannouch, Bensalah et les hommes d’entreprises au Maroc auront le temps de se préparer afin d’être au rendez-vous de 2021.

De son côté, le chef de gouvernement, Saâdeddine El Othmani, qui a longtemps gardé le silence avant de se prononcer, souhaite rester dans la neutralité. Il avait récemment affirmé que le gouvernement comprend les préoccupations des boycotteurs et assuré que les critiques qui lui ont été adressées étaient justifiées. Et d’ajouter que le gouvernement et les internautes partagent les mêmes soucis, ceux de la lutte contre l’économie de rente et la corruption.

Il avait tout de même chargé le ministre chargé des droits de l’Homme Mustapha Ramid, de hausser le ton envers les députés du PJD à cause de leurs publications sur les réseaux sociaux, critiquant la position du gouvernement par rapport à la campagne de boycott.

Lors d’ une réunion, Ramid leur avait affirmé que le PJD est ciblé de l’extérieur, soulignant que le parti a besoin, aujourd’hui, du soutien de tous ses dirigeants «pour faire face aux ennemis».

Une chose est sûre! Le gouvernement s’enlise et la problématique du boycott risque de faire sauter un fusible. Les choses alors peuvent s’accélérer.

Mohammed Taoufiq Bennani


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