Benkirane dénonce l’oligarchie du gouvernement
Par Yassine Andaloussi
Le dimanche 21 septembre 2025 à Kénitra, Abdelilah Benkirane a repris la parole dans un discours qui réaffirme son style direct et populaire, un mélange de critique frontale et de proximité avec les catégories sociales les plus fragiles. D’entrée de jeu, il a dénoncé ce qu’il considère comme un conflit d’intérêt structurel au sein du gouvernement actuel, en visant directement Akhannouch. Selon lui, ce dernier incarne à la fois l’homme politique et le chef de file d’un lobby énergétique qui profite des marges bénéficiaires sur les carburants. Benkirane a insisté sur le fait que ces marges dépassent toute logique économique et viennent accentuer la pression sur le quotidien des Marocains. Dans son registre habituel, il a peint l’image d’une élite prédatrice qui s’enrichit sur le dos du peuple.
Il a ensuite défendu la nécessité d’aides directes destinées à renforcer le pouvoir d’achat des plus modestes, tout en accusant certaines associations proches du RNI de détourner l’action caritative. Pour lui, ces structures utilisent la précarité pour bâtir un appareil partisan, accumulant des bases de données de bénéficiaires afin de les convertir en adhérents sans leur consentement. Dans cette critique, il a cherché à apparaître comme le protecteur du citoyen ordinaire face à des pratiques politiques jugées manipulatrices.
Tout en attaquant le gouvernement, Benkirane a soigneusement replacé le Roi Mohammed VI au centre de son discours. Il a affirmé que le Souverain demeure la véritable boussole de la nation et que toutes ses décisions ne visent qu’un seul but, celui d’œuvrer pour le bien du peuple. Pour illustrer cette idée, il a rappelé l’exemple de l’ancien ministre de la Santé, Houcine El Ouardi, qui travaillait sous directives royales dans un climat de dialogue constructif, preuve selon lui que la monarchie constitue le véritable moteur des réformes sociales.
Le discours s’est ensuite tourné vers le monde rural et les ouvriers. Benkirane a exhorté les agriculteurs à ne pas céder totalement aux logiques du secteur privé, défendant les marchés traditionnels de viande et de légumes comme espaces essentiels de cohésion sociale. Derrière ce message, il a cherché à valoriser une économie de proximité qui protège les équilibres entre catégories sociales et qui résiste à la marchandisation excessive.
S’adressant aussi aux Marocains résidant à l’étranger, il leur a assuré que même s’il ne retrouvait pas la fonction de chef de gouvernement, ils pourraient toujours compter sur Sa Majesté le Roi comme socle de stabilité et garant de la continuité nationale. Ce passage lui a permis d’élargir son discours à toutes les composantes du corps national, en dépassant les frontières du Royaume.
La conclusion a pris un ton plus identitaire et émotionnel. En évoquant la situation dramatique de la Palestine, qu’il a décrite comme pire que ce que montrent les images diffusées par les chaînes arabes, il a dénoncé l’impuissance du sommet arabe après les frappes sur Doha, incapable de produire une réponse concrète. Il a terminé en galvanisant la foule, portée par les militants de son parti, qui ont repris le slogan « Le peuple veut mettre fin à la normalisation ».
L’ensemble du discours montre un Benkirane fidèle à lui-même, populiste dans son approche, proche des démunis et des ouvriers, et toujours prompt à dénoncer l’oligarchie économique incarnée selon lui par le gouvernement. En même temps, il n’a cessé d’affirmer son attachement au Roi, qu’il présente comme la seule véritable boussole de la nation. Cette double stratégie, à la fois contestataire et loyale, lui permet de maintenir son rôle de figure politique polarisante,dont le but est l’équilibre sociale. Cependant, un élément est resté absent de son discours, celui d’un programme dédié à la jeunesse, qu’elle soit rurale ou urbaine. Or, l’orientation actuelle du pays repose précisément sur la mobilisation d’une jeunesse qualifiée, capable de porter et de concrétiser les grandes orientations royales. Cette omission met en lumière une attente cruciale qui n’a pas encore trouvé de réponse politique claire.
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