Benkirane appelle les pays arabes à rompre leurs relations avec Israël
Par Yassine Andaloussi
Abdelilah Benkirane, actuel secrétaire général du Parti de la justice et du développement, a relancé le débat sur les relations arabo-israéliennes à travers une déclaration marquante. Dans un discours qui a retenu l’attention, il a appelé tous les pays arabes à rompre leurs relations diplomatiques avec Israël, estimant que la gravité de la situation en Palestine ne permettait plus de maintenir de tels liens. Selon lui, seule une rupture collective constituerait un signal clair de solidarité et de fermeté à l’échelle régionale et internationale.
Au-delà de cet appel, Benkirane a averti que si les rois et présidents arabes ne prenaient pas cette décision, l’allégeance traditionnelle au pouvoir central pourrait ne plus être de mise. Cette déclaration associe directement la légitimité des dirigeants à leur position sur la cause palestinienne et place cette question au centre même des équilibres politiques dans le monde arabe.
L’ancien chef du gouvernement a également évoqué la dimension sécuritaire de cette situation. Il a affirmé que les responsables politiques arabes ne sont pas à l’abri de frappes ciblées, citant l’exemple d’une attaque israélienne menée au Qatar contre une réunion de cadres du Hamas. Selon lui, le siège du PJD pourrait un jour être visé dans des conditions similaires, soulignant ainsi la portée et les risques concrets liés à sa prise de position.
Pour Benkirane, maintenir des relations diplomatiques avec Israël revient à cautionner une politique d’occupation et de violence qu’il qualifie de contraire aux droits fondamentaux du peuple palestinien. Cette position intervient dans un contexte régional tendu, où plusieurs pays arabes ont opté pour la normalisation avec Israël, une orientation politique qui divise profondément les opinions publiques. Dans ce climat, son appel à la rupture totale tranche par sa radicalité et son exigence de cohérence morale.
Dans le champ politique marocain, Benkirane a longtemps été perçu comme un outil d’équilibre social, capable de canaliser certaines tensions et de jouer un rôle de médiation entre les différents acteurs et les citoyens. Mais aujourd’hui, il se voit en fin de carrière politique et semble déterminé à regagner la pole position de l’exécutif. Sa campagne actuelle, centrée sur la cause palestinienne et la critique des relations avec Israël, peut ainsi être interprétée comme un moyen de faire oublier à ses partisans la signature de la normalisation avec l’État hébreu.
Toutefois, il reste à observer si cette stratégie est calculée ou simplement une orientation de communication basée sur l’émotion et les symboles. Depuis le début de sa campagne, la majorité de ses discours se concentrent sur Israël et la Palestine, au détriment des enjeux internes majeurs tels que l’emploi, la santé, l’éducation ou le pouvoir d’achat. Si cette approche lui permet de mobiliser une partie de l’opinion publique et de renforcer son image de leader engagé sur la scène régionale, elle soulève aussi des interrogations sur sa capacité à proposer un programme concret pour répondre aux attentes nationales.
En déclarant que les responsables politiques « ne sont pas en sécurité » face à Israël, Benkirane véhicule également l’idée que l’armée marocaine et les services de sécurité nationale ne pourraient pas garantir la protection des citoyens en cas d’une frappe israélienne. En comparant implicitement son parti à celui du Hamas, il tente de se placer au même niveau que une organisation qui fait régulièrement l’objet d’attaques ciblées, jouant ainsi sur la peur et sur les émotions pour gagner en visibilité. Cette stratégie met en lumière l’importance qu’il accorde à l’impact symbolique de ses déclarations, plus qu’à la présentation d’un programme politique concret.
Ainsi, en associant la Palestine à la légitimité des dirigeants arabes, en alertant sur les risques sécuritaires et en revendiquant une rupture totale avec Israël, Benkirane joue une carte forte mais risquée. Elle lui confère visibilité et capital symbolique, tout en soulignant l’absence d’un projet interne détaillé susceptible de convaincre les électeurs sur les enjeux socio-économiques du Maroc.
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