Banques, entrepreneurs, Royaume : 120 ans de transformations
Des premiers comptoirs financiers du début du siècle dernier à l’expansion des groupes marocains en Afrique, l’histoire bancaire du Royaume accompagne les grandes transformations économiques du pays. À travers la parution du Beau Livre des 120 ans d’Attijariwafa bank, c’est toute une mémoire nationale qui ressurgit, entre archives, industrialisation, marocanisation et ambitions continentales.
Par Sanae El Amrani
Pendant longtemps, l’histoire économique du Maroc a été racontée à travers les grands événements politiques, les transitions institutionnelles ou les mutations sociales. Plus rarement à travers ses banques. Pourtant, peu de secteurs ont accompagné avec autant de continuité les transformations du Royaume. Derrière les agences, les crédits, les grands sièges financiers et les opérations de financement se dessine une autre lecture du Maroc contemporain, celle d’un pays qui a progressivement construit son autonomie économique, structuré ses groupes nationaux et étendu son influence bien au-delà de ses frontières.
La parution du Beau Livre « 120 ans : Histoire d’un pays, trajectoire d’une banque » remet précisément cette mémoire au centre du débat. Ce projet du groupe Attijariwafa bank, publié et édité par le Groupe Le Matin, a été conçu avec le Centre de recherche de HEM, sous la direction de Driss Ksikes et avec l’appui d’un comité scientifique et éditorial. L’ouvrage, fort de plus de 400 pages, rassemble archives, documents historiques, récits entrepreneuriaux, analyses économiques et témoignages recueillis auprès d’acteurs ayant accompagné plusieurs grandes phases de transformation de l’économie marocaine.
Mais au-delà de la trajectoire du premier groupe bancaire marocain, ce travail renvoie à une question beaucoup plus vaste : comment le Maroc économique s’est-il construit au fil des décennies ? Car l’histoire bancaire du Royaume dépasse largement le cadre financier. Elle touche à la naissance des premières infrastructures modernes, à l’essor du commerce, à l’émergence des entrepreneurs marocains, au financement des grands projets nationaux, à la transformation urbaine, à l’accès à la propriété, à la montée des classes moyennes et, plus récemment, à l’expansion africaine des groupes nationaux.
Ce qui traverse également le livre et les échanges organisés autour de sa parution, c’est une volonté de rendre cette histoire économique accessible, vivante et profondément humaine, sans renoncer à la rigueur historique et documentaire. Les chercheurs ayant participé au projet expliquent avoir cherché moins à imposer un récit qu’à faire émerger les grandes dynamiques, les moments charnières et les trajectoires capables d’éclairer les mutations du Royaume. Derrière les archives apparaissent ainsi les femmes et les hommes qui ont accompagné ces transformations, les entrepreneurs qui ont changé d’échelle, les industriels qui ont structuré des filières entières, les décideurs qui ont porté certaines réformes, mais aussi les institutions financières qui ont accompagné cette évolution sur plusieurs générations.
Dans cette trajectoire, Attijariwafa bank occupe une place particulière. Héritier d’une longue histoire bancaire remontant au début du siècle dernier, le groupe s’est progressivement imposé comme l’un des principaux acteurs du financement de l’économie marocaine. Sous la direction de Mohamed El Kettani, cette trajectoire a pris une nouvelle dimension avec le renforcement du positionnement continental du groupe et l’accélération de son déploiement africain.
Le livre revient d’ailleurs sur plusieurs grandes séquences de l’histoire économique marocaine : le temps du protectorat, l’indépendance monétaire, les débats sur les choix industriels et agricoles du Maroc indépendant, la marocanisation, les politiques d’infrastructures, la consolidation bancaire, la montée des groupes nationaux puis le déploiement continental des entreprises marocaines.
Les échanges organisés autour de cette parution rappellent également le rôle joué par Bank Al-Maghrib dans la structuration du paysage bancaire marocain, notamment à travers les regroupements et consolidations qui ont permis aux banques nationales d’atteindre une taille critique suffisante pour accompagner ensuite l’expansion économique du Royaume sur le continent africain.
Mais cette histoire n’appartient pas uniquement à une institution financière. Elle croise celle de plusieurs générations de décideurs, d’industriels, de commerçants, de coopératives, de PME, de fonctionnaires et de familles marocaines qui ont accompagné la transformation du pays. Des premières politiques de marocanisation aux grands projets d’infrastructures, des années d’ajustement économique à l’émergence de Casablanca Finance City, des agences traditionnelles aux plateformes numériques, tout un siècle économique se redessine aujourd’hui à travers cette mémoire collective.
L’un des apports majeurs de ce travail réside aussi dans la diversité des témoignages mobilisés. Retraités du secteur bancaire, dirigeants publics, industriels, entrepreneurs, chercheurs, TPE ou groupes stratégiques comme OCP participent tous à cette relecture de l’économie nationale. Dans l’un des témoignages marquants du livre, Mostafa Terrab rappelle notamment le rôle joué par les banques marocaines dans le financement des grands projets de développement du Groupe OCP, soulignant la capacité du système financier national à accompagner des stratégies industrielles de grande ampleur au Maroc comme à l’international.
Cette mémoire économique peut aussi devenir un matériau d’enseignement, de recherche et de transmission destiné aux nouvelles générations appelées à comprendre les transformations du Maroc contemporain et les défis économiques des prochaines décennies.
Dans un Maroc engagé dans une nouvelle phase de transformation portée par les grands chantiers industriels, énergétiques, logistiques et technologiques, ce retour sur 120 ans d’histoire prend aujourd’hui une résonance particulière. Car comprendre l’évolution des banques marocaines revient aussi à comprendre les mutations profondes du Royaume lui-même.
Aux origines du système bancaire moderne marocain
Bien avant l’émergence des grands groupes financiers marocains et des sièges imposants de Casablanca Finance City, l’activité bancaire au Maroc s’est d’abord construite autour du commerce, des ports et des besoins d’une économie en mutation.
Au tournant des années 1900, le Royaume entre progressivement dans une nouvelle phase de son histoire économique. Les échanges internationaux s’intensifient, les intérêts européens se multiplient et les premières structures financières modernes commencent à s’implanter dans un pays encore largement dominé par une économie traditionnelle, agricole et marchande.

Le début des années 1900 constitue un moment charnière. Tanger, Casablanca, Fès ou encore Rabat deviennent progressivement des espaces de circulation commerciale plus structurés, stimulés par les échanges maritimes, les investissements étrangers et les nouvelles routes commerciales reliant le Maroc aux grands centres économiques européens. Dans ce contexte apparaissent les premiers établissements bancaires modernes, destinés principalement à financer le commerce extérieur, les opérations portuaires, les importations et les activités liées aux intérêts économiques européens dans le Royaume.
Le Beau Livre consacré aux 120 ans d’Attijariwafa bank rappelle d’ailleurs que l’histoire du groupe remonte à cette période fondatrice, avec l’ouverture des premières structures qui formeront plus tard l’ossature du paysage bancaire marocain moderne. À cette époque, les banques jouent encore un rôle limité pour la population marocaine elle-même. Leur activité reste principalement concentrée autour des circuits commerciaux internationaux, des grandes opérations financières et des besoins des opérateurs étrangers installés dans le pays.
L’instauration du protectorat en 1912 accélère profondément cette transformation. L’économie marocaine entre alors dans une phase de structuration plus poussée, marquée par le développement des infrastructures portuaires, ferroviaires et administratives. Casablanca connaît une croissance spectaculaire et devient progressivement le principal centre économique du Royaume. Le port, les voies ferrées, les zones industrielles naissantes et les nouveaux quartiers d’affaires créent des besoins financiers de plus en plus importants.
Les banques deviennent alors des instruments essentiels de cette nouvelle organisation économique. Elles accompagnent le financement des infrastructures, facilitent les échanges commerciaux et participent à la circulation des capitaux dans un Maroc qui s’insère progressivement dans les circuits économiques internationaux. Plusieurs établissements étrangers s’implantent durablement dans le pays, notamment français, espagnols ou britanniques, dans un contexte où la finance accompagne directement l’expansion économique coloniale.
Mais cette période marque aussi la naissance progressive d’un tissu économique marocain moderne. Derrière les grandes opérations commerciales apparaissent peu à peu des commerçants, entrepreneurs et familles marocaines qui commencent à investir de nouveaux secteurs économiques. Cette évolution reste encore limitée, mais elle prépare déjà les transformations beaucoup plus profondes qui suivront après l’indépendance.
Le livre insiste également sur un aspect souvent peu abordé dans les récits économiques classiques : l’importance des archives dans la compréhension de cette période. Photographies anciennes, documents administratifs, publicités bancaires, contrats commerciaux, correspondances ou témoignages permettent aujourd’hui de reconstituer l’évolution d’un système financier qui s’est développé parallèlement aux grandes mutations urbaines et économiques du pays.
À travers ces archives réapparaît aussi un Maroc en pleine transformation. L’évolution des monnaies, la modernisation des ports, la naissance des premières grandes entreprises, les nouvelles habitudes commerciales ou encore l’apparition progressive d’une administration financière structurée témoignent d’un pays qui change rapidement sous l’effet des bouleversements économiques internationaux.
La Seconde Guerre mondiale constitue également une période importante dans cette évolution. Les tensions internationales affectent directement les flux commerciaux, les approvisionnements et les équilibres financiers de nombreux territoires sous influence européenne. Le Maroc n’échappe pas à ces recompositions. Les banques présentes dans le Royaume doivent alors adapter leurs activités à un environnement économique devenu plus instable, tout en accompagnant les besoins croissants d’une économie locale en mutation.
Durant cette première moitié du siècle dernier, le système bancaire marocain reste cependant largement dominé par les établissements étrangers et les logiques économiques du protectorat. Les grands leviers financiers, les décisions stratégiques et les principaux circuits de financement échappent encore largement aux acteurs marocains. Cette réalité alimentera progressivement, après l’indépendance, les débats autour de la souveraineté monétaire, du contrôle du capital national et de la nécessité de bâtir de véritables institutions financières marocaines capables d’accompagner les ambitions économiques du Royaume.
Car derrière la naissance des premières banques modernes se joue déjà une question centrale qui traversera toute l’histoire économique marocaine durant les décennies suivantes : celle du contrôle des instruments financiers nécessaires au développement national.
Indépendance, souveraineté monétaire et grands choix économiques
L’indépendance du Maroc en 1956 ouvre une nouvelle séquence économique où la question politique se double immédiatement d’un défi beaucoup plus vaste : construire les bases d’une souveraineté économique nationale. Le Royaume hérite alors d’une économie profondément marquée par le protectorat, structurée autour d’intérêts étrangers, d’infrastructures pensées avant tout pour les échanges coloniaux et d’un système bancaire encore largement dominé par des établissements internationaux.

Dans ce contexte, les premières années de l’indépendance deviennent un moment décisif. Le jeune État marocain doit simultanément consolider ses institutions, moderniser son administration, définir son modèle de développement et reprendre progressivement le contrôle des grands leviers économiques. Très vite, la question monétaire apparaît comme centrale. Car au-delà des infrastructures ou de l’industrie, l’indépendance économique passe aussi par la maîtrise des instruments financiers et des circuits de financement.
La création de Bank Al-Maghrib en 1959 constitue l’un des grands tournants de cette période. Le Royaume se dote alors d’une banque centrale nationale chargée de piloter la politique monétaire, de stabiliser le système financier et d’accompagner les nouvelles ambitions économiques du pays. Cette étape marque bien plus qu’une réforme institutionnelle. Elle symbolise la volonté du Maroc de reprendre progressivement la maîtrise de ses équilibres financiers et de construire une architecture économique capable de soutenir son développement.
Les années 1960 voient émerger les premiers grands débats sur le modèle économique du Maroc indépendant. Faut-il privilégier l’agriculture ou accélérer l’industrialisation ? Miser sur une économie fortement pilotée par l’État ou encourager davantage l’initiative privée ? Développer prioritairement les grandes infrastructures ou investir dans les secteurs sociaux ? Ces questions traversent toute la période et structurent durablement les choix économiques du Royaume.
Le Beau Livre consacré aux 120 ans d’Attijariwafa bank revient largement sur ces années fondatrices, que plusieurs chercheurs et historiens décrivent comme une période de tensions, d’arbitrages et de construction progressive. Les orientations économiques ne se mettent pas en place de manière linéaire. Elles évoluent au fil des contraintes budgétaires, des équilibres politiques, des réalités sociales et des priorités stratégiques du pays.
Dans cette phase de transition, les banques jouent progressivement un rôle plus important dans l’accompagnement de l’économie nationale. L’État engage de grands programmes d’investissement, développe les infrastructures de base et cherche à stimuler la production nationale. Les besoins de financement augmentent rapidement. Routes, barrages, ports, équipements publics, agriculture irriguée, premières zones industrielles… le Maroc indépendant entre dans une phase de construction économique accélérée.
Cette période marque également l’émergence progressive d’une nouvelle génération d’entrepreneurs marocains. Commerçants, industriels et investisseurs commencent à occuper une place plus visible dans le tissu économique national. Les banques deviennent alors des intermédiaires essentiels entre les politiques publiques, les besoins de financement et les nouvelles dynamiques entrepreneuriales.
Cette période reste traversée par de fortes interrogations sur la place du capital national, le poids des intérêts étrangers et la capacité réelle du pays à bâtir une économie autonome. Derrière les grands choix économiques se joue déjà une autre question : celle de la maîtrise des outils financiers et industriels nécessaires à la souveraineté du Royaume.
Les années 1960 et le début des années 1970 voient ainsi se mettre en place plusieurs politiques sectorielles structurantes destinées à accélérer la modernisation du pays. L’agriculture reste un pilier majeur de l’économie marocaine, mais l’industrialisation gagne progressivement en importance. Les investissements publics se multiplient, les infrastructures se développent et l’État devient un acteur économique central dans de nombreux secteurs stratégiques.
À travers les archives et les analyses mobilisées dans le livre apparaît un Maroc engagé dans une transformation rapide, parfois désordonnée, souvent ambitieuse, mais portée par une volonté claire : construire les bases d’une économie nationale capable de réduire progressivement sa dépendance extérieure.
Cette période prépare également les grandes mutations qui suivront durant les années 1970, notamment la marocanisation, la montée du capital national et l’émergence des grands groupes économiques marocains. Car les débats ouverts après l’indépendance autour de la souveraineté économique, du rôle des banques et du financement du développement vont progressivement conduire le Royaume vers une nouvelle phase de son histoire économique.
Marocanisation et naissance des champions nationaux
Le milieu des années 1970 marque un tournant majeur dans l’histoire économique du Maroc. Après les premières années consacrées à la construction des institutions nationales et à la mise en place des grands équilibres économiques du Royaume indépendant, une nouvelle priorité s’impose progressivement : renforcer la place du capital marocain dans les secteurs stratégiques de l’économie.

La politique de marocanisation engagée en 1973 constitue l’un des moments les plus décisifs de cette période. Derrière cette orientation se trouve une ambition claire : permettre à des acteurs marocains de prendre le contrôle d’une partie importante des activités économiques encore dominées par des intérêts étrangers, notamment dans les secteurs du commerce, de l’industrie, des services et de la finance.
Ce choix intervient dans un contexte international particulier. Plusieurs pays nouvellement indépendants cherchent alors à renforcer leur souveraineté économique et à bâtir leurs propres élites entrepreneuriales. Au Maroc, cette dynamique prend une dimension spécifique. La marocanisation ne vise pas uniquement un transfert de propriété. Elle cherche aussi à accélérer l’émergence d’un tissu économique national capable de porter le développement du pays sur le long terme.
Les banques jouent un rôle central dans cette transformation. Car derrière le transfert progressif des actifs se pose immédiatement une autre question : comment financer la montée en puissance du capital marocain ? Comment accompagner les nouvelles entreprises, soutenir les investisseurs nationaux et structurer des groupes capables de prendre le relais dans des secteurs stratégiques ?
Progressivement, une nouvelle génération d’entrepreneurs, d’industriels et d’investisseurs marocains commence à s’imposer dans le paysage économique national. Plusieurs groupes qui deviendront plus tard des acteurs majeurs de l’économie marocaine consolident alors leurs positions dans l’industrie, l’agroalimentaire, la distribution, les services ou la finance.
Cette période transforme également le rapport entre les banques et l’économie nationale. Les établissements financiers marocains ne sont plus uniquement des intermédiaires commerciaux ou administratifs. Ils deviennent progressivement des instruments d’accompagnement du développement économique national. Le financement des entreprises marocaines, des infrastructures et des nouveaux projets industriels prend une importance croissante dans leur activité.
La marocanisation modifie aussi profondément la structure du capital au Maroc. De nouvelles alliances économiques émergent entre familles d’affaires, investisseurs, industriels et institutions financières. Casablanca renforce progressivement son rôle de centre économique et financier du Royaume, tandis que plusieurs grandes villes connaissent une accélération de leur développement urbain et commercial.
Mais cette transformation ne se déroule pas sans difficultés. Le transfert de certains actifs vers des acteurs marocains soulève des défis importants en matière de gouvernance, de gestion, de financement et de formation des compétences. Plusieurs entreprises doivent apprendre à évoluer dans un environnement économique de plus en plus complexe, marqué par les fluctuations internationales, les besoins d’investissement et les nouvelles exigences de compétitivité.
La question bancaire devient alors encore plus stratégique. Les besoins de financement augmentent fortement à mesure que les groupes marocains cherchent à se développer, moderniser leurs outils de production et élargir leurs activités. Cette dynamique contribue progressivement à renforcer le poids des banques marocaines dans l’économie nationale.
Les années qui suivent voient également apparaître les premières grandes ambitions industrielles du Royaume. L’État poursuit ses investissements dans les infrastructures, les barrages, les transports et les équipements publics, tandis que le secteur privé marocain commence à prendre davantage d’ampleur dans plusieurs secteurs économiques.
Cette montée progressive du capital national prépare les transformations beaucoup plus profondes qui apparaîtront à partir des années 1980 et 1990. Les groupes marocains gagnent progressivement en expérience, en capacité financière et en organisation. Certains commencent déjà à envisager des stratégies régionales ou internationales, même si le marché national reste encore leur principal terrain de développement.
Le Beau Livre consacré aux 120 ans d’Attijariwafa bank replace cette période dans une lecture plus large de l’évolution économique du Royaume. À travers les archives, les analyses historiques et les trajectoires entrepreneuriales évoquées, apparaît un Maroc engagé dans une nouvelle phase de consolidation économique, où la souveraineté financière et la structuration du capital national deviennent des enjeux centraux.
Cette période pose également les bases de plusieurs mutations qui marqueront durablement l’économie marocaine dans les décennies suivantes : concentration bancaire, montée des grands groupes privés, développement des marchés financiers, modernisation industrielle et ouverture progressive vers l’international.
Car derrière la marocanisation se dessine déjà une autre ambition : celle de bâtir des acteurs économiques marocains capables, à terme, de dépasser le seul marché national et d’accompagner le Royaume dans sa future projection régionale et continentale.
Consolidation bancaire et financement du Royaume
À mesure que l’économie marocaine gagne en complexité, le système bancaire du Royaume entre lui aussi dans une nouvelle phase de transformation. Après les années de marocanisation et la montée progressive du capital national, un autre défi apparaît progressivement : construire des établissements financiers suffisamment solides pour accompagner le développement du pays, financer les grands projets nationaux et répondre aux besoins croissants d’une économie en pleine expansion.
Les années 1980 et 1990 constituent une période importante dans cette évolution. Le Maroc traverse alors plusieurs tensions économiques liées à l’endettement, aux déséquilibres budgétaires et aux ajustements structurels imposés dans un contexte international difficile. L’État cherche à stabiliser les grands équilibres macroéconomiques tout en poursuivant les investissements nécessaires à la modernisation du Royaume.

Dans cette phase plus exigeante, la question bancaire devient centrale. Le financement des infrastructures, de l’industrie, de l’agriculture, du logement et des entreprises nécessite des établissements capables de mobiliser davantage de ressources et de gérer des opérations financières de plus grande ampleur. Le système bancaire marocain commence alors à se restructurer progressivement.
Le Beau Livre consacré aux 120 ans d’Attijariwafa bank revient notamment sur cette période de consolidation du secteur bancaire marocain. Plusieurs opérations de regroupement et de restructuration sont encouragées afin de renforcer la solidité des établissements financiers et d’améliorer leur gouvernance. L’objectif est clair : bâtir des banques capables d’accompagner durablement le développement économique du Royaume dans un environnement de plus en plus concurrentiel.
Cette dynamique de concentration bancaire transforme progressivement le paysage financier national. Certaines petites structures disparaissent, d’autres sont absorbées ou fusionnées, tandis que de grands groupes marocains renforcent leur position dans le secteur. Bank Al-Maghrib joue un rôle déterminant dans cette évolution en cherchant à garantir la stabilité du système financier et à renforcer la capacité des banques à soutenir l’économie nationale.
Cette consolidation ne répond pas uniquement à des impératifs techniques ou réglementaires. Elle accompagne aussi une mutation plus profonde du Maroc économique. Les besoins de financement deviennent considérables. Autoroutes, ports, barrages, zones industrielles, infrastructures touristiques, programmes immobiliers, énergie, télécommunications… le Royaume engage progressivement plusieurs grands chantiers structurants qui nécessitent des capacités de financement de plus en plus importantes.
Les banques marocaines deviennent alors des acteurs essentiels de cette transformation. Elles participent au financement des infrastructures publiques, accompagnent les entreprises nationales, soutiennent les investissements industriels et contribuent au développement de nouveaux secteurs économiques. Cette période marque aussi une montée en puissance du crédit bancaire dans l’économie marocaine.
La modernisation du secteur financier s’accélère parallèlement aux grandes mutations économiques du pays. Les outils de financement se diversifient, les métiers bancaires évoluent et les établissements marocains renforcent progressivement leur expertise dans plusieurs domaines : financement des entreprises, opérations internationales, ingénierie financière, marchés de capitaux ou accompagnement des grands projets.
Cette transformation prépare également l’émergence de groupes bancaires marocains capables de dépasser progressivement le cadre national. Car derrière la consolidation du secteur apparaît déjà une autre ambition : disposer d’établissements suffisamment puissants pour accompagner les entreprises marocaines dans leur future expansion régionale et continentale.
Le rapprochement entre Banque Commerciale du Maroc et Wafabank au début des années 2000 symbolise cette nouvelle étape. La création d’Attijariwafa bank marque un changement d’échelle dans le paysage financier marocain. Le groupe devient rapidement l’un des principaux acteurs bancaires du Royaume et renforce progressivement son positionnement dans plusieurs marchés africains.
Mais cette période révèle aussi une autre réalité souvent moins visible : le rôle des banques dans la transformation concrète du quotidien des Marocains. Derrière les grands projets et les opérations financières apparaissent également l’élargissement du crédit, le développement de l’investissement privé, la croissance des PME, l’accès au logement ou encore la modernisation progressive des services financiers.
Cette montée en puissance du système bancaire marocain accompagne finalement une transformation beaucoup plus large du Royaume. L’économie nationale gagne en structuration, les grands groupes se développent, les infrastructures se modernisent et le Maroc commence progressivement à affirmer ses ambitions régionales.
À travers cette consolidation bancaire se dessine donc une nouvelle étape de l’histoire économique marocaine : celle d’un pays qui cherche désormais à bâtir des institutions financières capables non seulement de soutenir son développement national, mais aussi d’accompagner sa future projection continentale.
Crédit, immobilier et transformation de la société marocaine
L’évolution du système bancaire marocain ne se résume pas aux grandes opérations financières, aux infrastructures ou aux stratégies des groupes économiques. Elle raconte aussi une transformation beaucoup plus intime : celle du quotidien des Marocains. Car au fil des décennies, les banques ont progressivement accompagné l’émergence d’une nouvelle société urbaine, l’élargissement des classes moyennes et l’apparition de nouveaux modes de consommation, d’épargne et d’investissement.
Pendant longtemps, une grande partie de la population marocaine reste éloignée du système bancaire classique. Les échanges informels, les circuits familiaux ou les financements traditionnels dominent encore une large partie de l’économie. Mais à partir des années 1980 et surtout durant les années 1990 et 2000, le paysage commence à changer profondément.

L’urbanisation accélérée du Royaume transforme les besoins des ménages. Les grandes villes connaissent une croissance rapide, les projets immobiliers se multiplient et l’accès au logement devient une priorité pour une nouvelle génération de familles marocaines. Cette évolution modifie progressivement la relation des citoyens aux banques.
Le crédit immobilier prend alors une place centrale dans cette transformation sociale. L’acquisition d’un appartement, d’une maison ou d’un terrain devient progressivement accessible à une partie croissante de la population urbaine grâce au développement des mécanismes de financement bancaire. Les banques élargissent leurs offres, diversifient leurs produits et cherchent à accompagner cette nouvelle demande.
Cette dynamique contribue directement à la structuration des classes moyennes marocaines. Derrière les programmes immobiliers apparaissent de nouveaux comportements économiques : recours au crédit, mensualisation des dépenses, épargne bancaire, assurance, financement des études ou investissement familial. La banque entre progressivement dans la vie quotidienne de millions de Marocains.
Le développement du crédit à la consommation accélère également cette mutation. Automobile, électroménager, équipement domestique, nouvelles technologies ou dépenses liées à l’éducation participent à l’émergence d’une économie davantage tournée vers la consommation et les services. Cette évolution accompagne la modernisation progressive du tissu urbain marocain.
Les banques adaptent alors leur organisation à cette nouvelle réalité. Les réseaux d’agences se développent dans plusieurs villes du Royaume, les services bancaires se démocratisent et la concurrence entre établissements s’intensifie autour des particuliers, des PME et des nouveaux profils de clients.
Mais cette transformation reste aussi marquée par de fortes disparités territoriales et sociales. Les grandes métropoles concentrent l’essentiel des investissements et des services financiers modernes, tandis que plusieurs zones rurales ou périphériques restent longtemps moins intégrées au système bancaire classique. La question de l’inclusion financière devient progressivement un enjeu important des politiques économiques et bancaires.
Le Beau Livre consacré aux 120 ans d’Attijariwafa bank montre également comment cette évolution accompagne les grandes mutations démographiques et sociales du Royaume. L’accès au crédit, la montée de l’entrepreneuriat, le développement du commerce ou encore l’élargissement de l’activité bancaire participent à la transformation progressive du paysage social marocain.
Cette période correspond aussi à une accélération de la modernisation des services financiers. Cartes bancaires, guichets automatiques, premiers services digitaux, bancassurance ou nouvelles offres destinées aux jeunes actifs modifient progressivement la relation entre les banques et leurs clients.
Derrière ces évolutions apparaissent aussi de nouveaux défis. L’endettement des ménages, les inégalités d’accès au financement, la vulnérabilité de certaines catégories sociales ou encore les tensions liées au pouvoir d’achat deviennent progressivement des sujets majeurs du débat économique marocain.
Les établissements bancaires doivent alors trouver un équilibre entre rentabilité, élargissement de leur clientèle et participation au développement économique et social du Royaume. Cette responsabilité prend une importance croissante à mesure que les banques deviennent des acteurs centraux de la vie économique nationale.
Le financement du logement social, l’accompagnement des petites entreprises, les dispositifs d’aide aux jeunes entrepreneurs ou encore les mécanismes de soutien à certaines catégories professionnelles traduisent cette évolution du rôle bancaire dans la société marocaine.
À travers cette transformation apparaît finalement un autre visage de l’histoire bancaire du Royaume. Derrière les grands groupes financiers et les stratégies continentales se dessine aussi l’histoire de millions de parcours individuels, de familles devenues propriétaires, de petits entrepreneurs ayant accédé au financement ou de nouvelles générations ayant grandi dans un Maroc de plus en plus connecté au système financier moderne.
Car l’évolution des banques marocaines raconte également celle d’un pays dont les modes de vie, les aspirations sociales et les équilibres économiques se sont profondément transformés au fil des décennies.
Attijariwafa bank, trajectoire d’un groupe stratégique
L’histoire d’Attijariwafa bank épouse plusieurs grandes étapes de l’évolution économique du Maroc contemporain. Héritier d’institutions financières dont les origines remontent au début des années 1900, le groupe s’est progressivement construit au rythme des mutations du Royaume, des transformations du système bancaire national et de l’émergence des grands acteurs économiques marocains.
La création d’Attijariwafa bank au début des années 2000 marque un tournant majeur dans le paysage financier marocain. La fusion entre Banque Commerciale du Maroc et Wafabank donne naissance à un groupe bancaire de nouvelle génération, capable de changer d’échelle dans un contexte où le secteur financier marocain entre lui-même dans une phase de consolidation accélérée.

Cette opération dépasse largement le simple rapprochement entre deux établissements. Elle symbolise l’entrée du système bancaire marocain dans une nouvelle phase de structuration, marquée par la montée en puissance de groupes nationaux capables d’accompagner les grandes transformations économiques du Royaume.
À partir de cette période, Attijariwafa bank élargit progressivement ses métiers et renforce sa présence dans plusieurs segments stratégiques : financement des entreprises, banque de détail, marchés financiers, assurance, banque d’investissement, financement du commerce international ou accompagnement des PME. Cette diversification accompagne l’évolution rapide de l’économie marocaine et l’augmentation des besoins de financement des entreprises comme des particuliers.
Le groupe participe également au financement de plusieurs grands projets structurants du Royaume. Infrastructures, industrie, énergie, immobilier, agriculture, télécommunications ou développement territorial : la montée en puissance d’Attijariwafa bank s’inscrit directement dans la dynamique de transformation économique engagée par le Maroc durant les deux dernières décennies.
Le Beau Livre consacré aux 120 ans du groupe montre aussi comment cette évolution s’est construite à travers plusieurs séquences historiques : héritage bancaire ancien, restructurations, modernisation des métiers financiers, concentration du secteur et ouverture progressive vers de nouveaux marchés. Derrière cette trajectoire apparaît la volonté de bâtir un groupe capable de dépasser le seul cadre national.
Sous la direction de Mohamed El Kettani, le groupe accélère son développement continental et renforce progressivement sa présence dans plusieurs régions africaines. Cette stratégie accompagne l’évolution géoéconomique du Maroc lui-même, marqué par une présence croissante sur le continent africain à travers les banques, les télécommunications, les assurances, l’industrie ou les grands groupes exportateurs.
L’expansion africaine du groupe transforme profondément sa dimension stratégique. Attijariwafa bank devient progressivement un acteur financier présent dans plusieurs marchés du continent, notamment en Afrique de l’Ouest, en Afrique centrale et en Afrique du Nord. Cette présence permet d’accompagner les entreprises marocaines dans leur déploiement régional, mais aussi de développer de nouveaux partenariats économiques et financiers à l’échelle africaine.
Cette montée en puissance se reflète aujourd’hui dans les dimensions atteintes par le groupe. Attijariwafa bank revendique plus de 22.000 collaborateurs, plus de 12 millions de clients, plus de 8.000 agences et une présence dans 27 pays, confirmant le changement d’échelle engagé par le groupe au fil des deux dernières décennies.
Cette nouvelle phase exige également une modernisation importante de l’organisation du groupe. Gouvernance, gestion des risques, innovation, digitalisation, nouveaux métiers financiers ou adaptation aux réglementations internationales deviennent des enjeux centraux pour accompagner cette croissance.
Le groupe doit aussi évoluer dans un environnement de plus en plus concurrentiel, marqué par les mutations rapides du secteur bancaire mondial, l’émergence des technologies financières et les nouvelles attentes des clients particuliers comme des entreprises.
Mais la trajectoire d’Attijariwafa bank reflète aussi une évolution plus large du Maroc économique. La montée du groupe accompagne celle d’un pays qui cherche progressivement à consolider sa place comme plateforme financière régionale et acteur économique majeur sur le continent africain.
Les échanges organisés autour de la parution du Beau Livre rappellent d’ailleurs que cette histoire ne se limite pas aux chiffres ou aux opérations financières. Elle touche également aux transformations sociales, aux trajectoires entrepreneuriales, aux politiques publiques et aux nouvelles ambitions économiques du Royaume.
Cette dimension apparaît notamment dans les nombreux témoignages recueillis auprès de dirigeants, d’entrepreneurs, de collaborateurs, de chercheurs ou d’acteurs économiques ayant accompagné plusieurs étapes de cette évolution. Derrière la croissance du groupe se dessinent ainsi plusieurs décennies de mutations du Maroc bancaire, industriel et financier.
L’un des enseignements majeurs qui ressort de cette trajectoire est la manière dont les banques marocaines ont progressivement changé de rôle au fil des décennies. Longtemps centrées sur le financement des activités locales, elles deviennent progressivement des instruments d’accompagnement du développement national puis continental.
Cette transformation place désormais Attijariwafa bank parmi les groupes emblématiques d’une nouvelle phase de l’économie marocaine : celle d’un Royaume qui ne pense plus uniquement sa croissance à l’échelle nationale, mais aussi dans une logique africaine et régionale beaucoup plus large.
Mohamed El Kettani et l’ambition africaine
Lorsque Mohamed El Kettani prend la direction d’Attijariwafa bank en 2007, le groupe dispose déjà d’une position solide dans le paysage bancaire marocain. Mais les années qui suivent vont donner une nouvelle dimension à cette trajectoire. Le développement africain du groupe s’accélère, les implantations se multiplient et la banque affirme progressivement une stratégie continentale en phase avec le repositionnement économique du Maroc lui-même.
Cette période correspond à une transformation plus large de la présence marocaine en Afrique. Télécommunications, assurances, BTP, agriculture, énergie, industrie, immobilier ou services financiers : plusieurs grands groupes marocains commencent alors à renforcer leur présence sur le continent, soutenus par une diplomatie économique de plus en plus active.

Dans ce contexte, les banques deviennent des acteurs stratégiques de cette expansion. Car accompagner les entreprises marocaines à l’international suppose aussi de disposer d’instruments financiers capables de soutenir les investissements, sécuriser les opérations commerciales et financer les nouveaux projets régionaux.
Attijariwafa bank engage ainsi une montée en puissance progressive sur plusieurs marchés africains. Le groupe renforce sa présence en Afrique de l’Ouest, en Afrique centrale et en Afrique du Nord, tout en développant des réseaux capables d’accompagner les flux commerciaux entre le Maroc et plusieurs économies du continent.
Cette stratégie répond à plusieurs objectifs. Il s’agit d’abord de diversifier les relais de croissance du groupe dans un environnement bancaire de plus en plus concurrentiel. Mais elle traduit également une volonté plus large : construire un groupe financier africain porté par une vision marocaine du développement continental.
Le Beau Livre consacré aux 120 ans d’Attijariwafa bank montre comment cette expansion s’inscrit dans une logique de continuité historique. Après la consolidation du marché national et la montée en puissance du capital marocain, les groupes bancaires cherchent désormais à changer d’échelle en se positionnant sur des marchés régionaux à fort potentiel.
Cette évolution modifie profondément la stature du groupe. Attijariwafa bank ne se présente plus uniquement comme une banque nationale, mais comme un acteur financier panafricain capable d’opérer dans des environnements économiques, réglementaires et culturels très différents.
Le développement continental du groupe accompagne également l’internationalisation progressive des entreprises marocaines. Industrie, immobilier, agriculture, services, distribution ou infrastructures : plusieurs acteurs économiques marocains cherchent à s’implanter dans de nouveaux marchés africains et ont besoin de partenaires financiers capables de les accompagner dans cette expansion.
Les échanges organisés autour de la parution du livre rappellent d’ailleurs que cette présence africaine ne repose pas uniquement sur des considérations commerciales. Elle s’inscrit aussi dans une réflexion plus large sur les liens économiques Sud-Sud, la coopération régionale et le rôle que le Maroc cherche désormais à jouer dans les grandes dynamiques africaines.
Cette stratégie exige toutefois des capacités financières importantes ainsi qu’une forte maîtrise des risques. Les groupes bancaires marocains doivent composer avec des environnements parfois instables, des réglementations différentes, des fluctuations monétaires et des réalités économiques très contrastées selon les régions du continent.
Dans ce contexte, la consolidation du système bancaire marocain apparaît rétrospectivement comme une étape déterminante. Les regroupements et restructurations engagés durant les décennies précédentes ont permis aux grands établissements marocains d’atteindre une taille critique suffisante pour se projeter ensuite à l’échelle continentale.
Cette montée en puissance transforme aussi l’image du Maroc économique en Afrique. Les banques marocaines deviennent progressivement des relais de la présence du Royaume sur le continent, au même titre que les groupes industriels, les opérateurs télécoms ou les entreprises de BTP.
À travers cette trajectoire apparaît finalement une autre évolution majeure : le passage d’un Maroc longtemps centré sur ses équilibres internes à un Maroc qui pense désormais son développement dans un environnement régional beaucoup plus large.
Le parcours d’Attijariwafa bank sous la direction de Mohamed El Kettani illustre précisément cette mutation. Derrière l’expansion du groupe se dessine la volonté de bâtir des institutions financières marocaines capables de jouer un rôle structurant dans les nouvelles dynamiques économiques africaines.
Cette ambition continentale marque aujourd’hui l’une des évolutions les plus significatives du capitalisme marocain contemporain.
Entrepreneurs, industries et grandes trajectoires marocaines
L’histoire économique du Maroc ne s’est pas construite uniquement dans les ministères, les institutions financières ou les grandes politiques publiques. Elle s’est aussi façonnée dans les usines, les exploitations agricoles, les commerces, les PME, les coopératives et les entreprises qui ont progressivement accompagné la transformation du Royaume. Derrière les grandes mutations économiques apparaissent des générations d’entrepreneurs, d’industriels et de dirigeants qui ont contribué à faire émerger un tissu productif marocain de plus en plus structuré.
Le Beau Livre consacré aux 120 ans d’Attijariwafa bank accorde justement une place importante à ces trajectoires humaines. Industriels, dirigeants publics, chefs d’entreprise, promoteurs immobiliers, acteurs du monde agricole ou patrons de groupes nationaux racontent chacun une partie de cette transformation économique marocaine et le rôle qu’a joué la banque dans leurs différentes étapes de croissance.

À travers ces récits apparaît une idée forte : le développement économique marocain s’est construit dans une relation permanente entre financement, prise de risque et accompagnement de long terme. Plusieurs dirigeants expliquent ainsi comment les banques marocaines ont participé à la structuration de projets qui semblaient parfois difficiles ou encore peu connus au moment de leur lancement.
Le témoignage de Mostafa Terrab, PDG du Groupe OCP, illustre cette évolution du système bancaire marocain vers des opérations de très grande ampleur. Dans le livre, il rappelle qu’une partie importante des financements mobilisés pour accompagner la stratégie industrielle de l’OCP a été levée sur le marché domestique grâce aux banques marocaines, avec Attijariwafa bank en première ligne. Il évoque également le rôle joué par la banque dans la syndication des emprunts nationaux et internationaux du groupe, ainsi que dans plusieurs missions de conseil stratégique.
Derrière cet exemple apparaît une mutation importante du Maroc économique : les banques marocaines sont désormais capables d’accompagner des stratégies industrielles de dimension mondiale. Cette montée en puissance accompagne directement les ambitions industrielles et exportatrices du Royaume dans plusieurs secteurs stratégiques.
Les récits présents dans le Beau Livre montrent également comment le financement bancaire a accompagné plusieurs grandes aventures entrepreneuriales marocaines dès leurs premières phases de développement.
Omar Kabbaj, président directeur général d’Interedec, revient notamment sur la naissance du projet Marina Smir autour d’un port de plaisance à une époque où ce type de développement touristique restait encore peu connu au Maroc. Il rappelle le rôle joué par la BCM dans le montage financier du projet et dans la structuration du consortium ayant permis la reprise de l’hôtel Casablanca devenu aujourd’hui le Hyatt Regency. À travers ce témoignage, c’est toute une période de modernisation touristique et immobilière du Royaume qui réapparaît.
Le parcours d’Anas Sefrioui, président directeur général du Groupe Addoha, illustre quant à lui la transformation du marché immobilier marocain et l’évolution des mécanismes de financement des grands promoteurs nationaux. Son témoignage revient sur l’introduction en Bourse du groupe en 2006, présentée comme l’une des opérations marquantes de la place financière casablancaise. Il explique comment l’accompagnement d’Attijariwafa bank a permis au groupe de se structurer financièrement et de renforcer sa crédibilité auprès des investisseurs.
Les transformations du secteur industriel et de la grande consommation apparaissent également à travers le témoignage de Moncef Belkhayat, président de H&S Invest Holding. Il raconte comment Attijariwafa bank a accompagné les débuts du groupe lors de l’acquisition de Dislog en 2005, à une époque où l’entreprise n’était encore qu’une structure émergente portée par une forte ambition de croissance. Ce type de récit met en lumière la manière dont les banques marocaines ont progressivement accompagné l’émergence d’une nouvelle génération d’entrepreneurs nationaux.
Le témoignage de Jaouad Cheikh Lahlou, président fondateur de Cooper Pharma, montre lui aussi cette évolution vers un capitalisme marocain davantage tourné vers la croissance régionale et continentale. Il insiste sur la relation de confiance construite dans le temps avec le groupe bancaire, ainsi que sur l’importance de l’ancrage africain d’Attijariwafa bank pour accompagner l’expansion des entreprises marocaines sur le continent.
D’autres témoignages mettent davantage l’accent sur les questions de gouvernance, de transmission et de structuration des entreprises. Rida El Idrissi Sentissi, président directeur général de Copelit, souligne notamment le rôle joué par la banque dans l’accompagnement des entreprises familiales marocaines sur les questions liées à la relève, à la transparence financière et à l’introduction en Bourse.
À travers cette diversité de profils apparaît une lecture beaucoup plus vivante de l’histoire économique du Royaume. Derrière les statistiques macroéconomiques se dessinent des trajectoires individuelles, des projets industriels, des prises de risque et des stratégies de long terme qui ont progressivement contribué à transformer le Maroc contemporain.
Cette dimension humaine constitue d’ailleurs l’un des aspects les plus intéressants du Beau Livre. Plusieurs intervenants présents lors de la présentation de l’ouvrage ont insisté sur l’importance de raconter l’économie marocaine non seulement à travers les grandes politiques publiques, mais aussi à travers les femmes et les hommes qui ont construit ces trajectoires économiques au fil des décennies.
Le livre montre ainsi comment les banques marocaines ont progressivement dépassé leur rôle classique de prestataires financiers pour devenir des partenaires de structuration, de conseil, de financement et parfois même d’accompagnement stratégique de plusieurs grands projets économiques marocains.
Cette évolution accompagne aussi la transformation du capitalisme marocain lui-même. Les entreprises nationales changent de taille, les besoins de financement deviennent plus complexes, les opérations se sophistiquent et les ambitions régionales se renforcent. Le rôle des banques dans cette dynamique devient alors central.
À travers ces parcours entrepreneuriaux se dessine finalement une autre lecture de l’histoire économique du Maroc : celle d’un pays qui a progressivement construit ses propres groupes, ses propres champions nationaux et ses propres relais de croissance dans plusieurs secteurs stratégiques.
Car derrière les banques, les grands projets et les chiffres de croissance apparaissent aussi des histoires humaines, des choix économiques, des paris industriels et des trajectoires entrepreneuriales qui ont contribué à façonner le Maroc d’aujourd’hui.
Casablanca, capitale financière d’un Maroc en expansion
Pendant longtemps, Casablanca a été perçue comme le principal centre économique du Royaume. Mais au fil des décennies, la métropole a progressivement changé de dimension. Derrière son poids industriel, commercial et portuaire s’est imposée une autre réalité : celle d’une ville devenue le cœur financier du Maroc et l’un des principaux carrefours économiques du continent africain.
L’histoire des banques marocaines est intimement liée à cette transformation. Depuis les premières implantations bancaires du début du siècle dernier jusqu’à l’émergence des grands groupes financiers contemporains, Casablanca concentre progressivement les sièges, les marchés, les investissements et les grandes décisions économiques du Royaume.

Cette centralité s’est renforcée à mesure que le Maroc consolidait ses infrastructures, modernisait son économie et élargissait ses ambitions régionales. Les grandes banques marocaines, les compagnies d’assurances, les holdings industriels, les sociétés cotées et les institutions financières ont progressivement fait de Casablanca le principal point de convergence du capital marocain.
Le Beau Livre consacré aux 120 ans d’Attijariwafa bank montre d’ailleurs comment l’évolution du secteur bancaire accompagne celle de la ville elle-même. Les grandes étapes de la modernisation financière du Royaume se lisent aussi à travers l’évolution de Casablanca : développement de la place bancaire, structuration du marché financier, montée de la Bourse, concentration des sièges sociaux et émergence des grands groupes nationaux.
À partir des années 1990 puis surtout durant les années 2000, cette dynamique change encore d’échelle. Le Maroc accélère son ouverture économique, développe ses infrastructures et renforce sa présence continentale. Casablanca devient progressivement un point d’entrée vers l’Afrique pour plusieurs entreprises, investisseurs et institutions financières internationales.
La création de Casablanca Finance City marque une nouvelle étape dans ce repositionnement. Le Royaume cherche désormais à construire une plateforme financière capable de connecter l’Europe, l’Afrique et le monde arabe. Cette stratégie accompagne la montée en puissance des groupes marocains sur le continent et l’internationalisation progressive de plusieurs secteurs économiques nationaux.
Les banques jouent un rôle central dans cette transformation. Attijariwafa bank, Banque Populaire, Bank of Africa et d’autres institutions financières marocaines participent directement à cette projection régionale en développant leurs réseaux africains et en accompagnant les investissements marocains sur le continent.
Cette évolution modifie également la nature même de la finance marocaine. Les métiers se diversifient, les opérations se sophistiquent et les besoins des entreprises changent rapidement. Banque d’investissement, marchés de capitaux, gestion d’actifs, private equity, assurance, fintech, finance verte ou accompagnement des grands projets deviennent progressivement des segments stratégiques de la place financière casablancaise.
Casablanca attire également de nouveaux profils économiques. Cabinets de conseil, fonds d’investissement, institutions internationales, groupes étrangers et acteurs technologiques renforcent progressivement leur présence dans la métropole. Cette concentration d’activités financières transforme profondément le paysage économique urbain.
Mais cette montée en puissance révèle aussi plusieurs défis. La concurrence des autres hubs régionaux reste forte. Les besoins de modernisation réglementaire, de digitalisation, de formation des compétences et d’innovation financière deviennent de plus en plus importants dans un environnement mondial en mutation rapide.
Les transformations technologiques accélèrent également cette évolution. Paiement digital, banque mobile, intelligence artificielle, cybersécurité financière ou nouvelles plateformes d’investissement modifient progressivement les usages bancaires et les métiers traditionnels du secteur financier.
À travers cette dynamique apparaît une nouvelle ambition marocaine : faire de Casablanca non seulement la capitale économique du Royaume, mais aussi une plateforme financière africaine capable d’accompagner les grandes transformations du continent.
Cette trajectoire reflète finalement l’évolution plus large du Maroc lui-même. Derrière les tours de Casablanca Finance City, les sièges bancaires et les marchés financiers se dessine un pays qui cherche désormais à consolider sa place dans les grands flux économiques régionaux et internationaux.
Car l’histoire bancaire racontée à travers le Beau Livre dépasse largement les institutions financières elles-mêmes. Elle raconte aussi comment Casablanca est progressivement devenue le centre de gravité économique d’un Maroc en pleine mutation continentale.
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