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Bank Al Maghrib face à 2026 : Stabilité monétaire, vigilance bancaire et transition sous contrôle

Par Mohammed Taoufiq Bennani


Un Conseil ferme sur la stabilité du taux directeur

Réuni dans le cadre de sa quatrième et dernière session trimestrielle de 2025, le Conseil de Bank Al Maghrib a décidé de maintenir le taux directeur à 2,25 %. Cette décision, prise à l’issue des délibérations du Conseil, s’inscrit dans un contexte marqué par une inflation durablement basse et par une reprise économique jugée suffisamment solide pour ne pas nécessiter d’ajustement immédiat de l’orientation monétaire.

Le maintien du taux directeur traduit une lecture prudente de la conjoncture. D’un côté, les tensions inflationnistes demeurent contenues. De l’autre, l’environnement international reste incertain, sous l’effet des tensions géoéconomiques persistantes et des aléas climatiques qui continuent de peser sur les équilibres nationaux. Dans ce contexte, Bank Al Maghrib privilégie une trajectoire de continuité, fondée sur une analyse fine des données et une approche graduelle de toute évolution future.

 

Transmission monétaire et pratiques bancaires sous surveillance

Lors de la conférence qui a suivi la réunion du Conseil, le wali de Bank Al Maghrib, Abdellatif Jouahri, est revenu longuement sur la question de la transmission de la politique monétaire. Il a rappelé que cette transmission n’est ni automatique ni intégrale, aussi bien en phase de hausse qu’en phase de baisse des taux.

Au Maroc, cette réalité est accentuée par la structure même du crédit bancaire. Environ 85 % des encours sont constitués de crédits à taux fixe, ce qui limite la rapidité de diffusion des décisions monétaires vers l’économie réelle. Dans ce cadre, le wali a annoncé la tenue, le 8 janvier prochain, d’une réunion avec le Groupement professionnel des banques du Maroc, consacrée notamment aux dépassements de lignes de crédit et aux taux effectivement appliqués aux clients. L’objectif est d’analyser les pratiques du secteur bancaire et de s’assurer que les conditions de crédit restent cohérentes avec l’orientation générale de la politique monétaire.

 

Holmarcom et BMCI : une clarification institutionnelle attendue

Parmi les sujets ayant retenu l’attention, les discussions préliminaires entre BNP Paribas et le groupe Holmarcom autour de la BMCI ont été clairement abordées. Abdellatif Jouahri a confirmé l’existence de ces échanges, tout en rappelant avec insistance la position institutionnelle de Bank Al Maghrib.

La Banque centrale n’intervient ni dans l’orientation de l’acheteur ni dans celle du vendeur. Elle ne participe pas aux négociations commerciales. En revanche, si ces discussions devaient aboutir à un changement de contrôle, Bank Al Maghrib exercerait pleinement son rôle de régulateur bancaire. Un tel scénario impliquerait l’octroi d’un nouvel agrément, délivré après un examen approfondi du dossier dans le strict cadre de la loi.

Le wali a tenu à souligner que les procédures d’agrément sont par nature complexes et exigeantes. Elles vont bien au-delà du seul projet industriel et portent sur la vision stratégique à moyen terme, la cohérence globale de l’opération, ainsi que sur la capacité financière et organisationnelle de l’actionnaire de référence à assumer ses responsabilités. Même dans le cas d’un acteur déjà agréé, comme Holmarcom après sa prise de contrôle du Crédit du Maroc, il ne s’agit en aucun cas d’une simple formalité.

 

Financements innovants et rôle strictement prudentiel de BAM

Sur le volet des financements innovants, impliquant notamment la Caisse de Dépôt et de Gestion, les OPCVM et les organismes de retraite, Bank Al Maghrib a tenu à dissiper toute confusion. Le wali a rappelé que la Banque centrale n’examine pas l’opportunité économique ou politique de ces opérations, mais uniquement leur traitement prudentiel.

Lorsque le risque peut être assimilé à un risque étatique effectif, notamment lorsque les loyers sont inscrits dans la loi de finances, la pondération du risque peut être ramenée à zéro. En revanche, la décision de souscrire ou non à ces montages relève exclusivement des organes de gouvernance des caisses concernées. Abdellatif Jouahri a également réfuté tout lien entre ces opérations et les déficits des régimes de retraite, rappelant que le rééquilibrage de ces systèmes constitue un chantier distinct, pris en charge par l’État.

 

TPME, accompagnement et réforme des outils d’accès au crédit

Le financement des très petites, petites et moyennes entreprises reste une priorité structurelle pour Bank Al Maghrib. Plus de 30 % du refinancement du secteur bancaire leur est aujourd’hui destiné. L’expérience du programme Intelaka, qui a permis de mobiliser 9 milliards de dirhams au profit de 38 000 entreprises, a toutefois mis en lumière des limites importantes, avec un taux de rejet des projets dépassant 40 %.

Face à ce constat, la Banque centrale a engagé une révision de son approche. L’accent est désormais mis sur l’accompagnement en amont des porteurs de projets, et non plus uniquement sur la phase finale du financement. Dans cette optique, un scoring national des TPME est en cours de finalisation, élaboré en collaboration avec le Crédit Bureau. Les banques seront tenues d’utiliser cet outil et devront justifier toute décision contraire, notamment en cas de refus de financement.

Des dispositifs d’accompagnement seront également assurés par le Crédit Agricole du Maroc, Maroc PME et les Centres régionaux d’investissement, avec une attention particulière portée aux territoires situés en dehors de l’axe Casablanca Rabat.

 

2026 comme année test pour la politique monétaire

Sur les perspectives à moyen terme, le Conseil de Bank Al Maghrib a acté le lancement en 2026 d’une phase pilote du ciblage de l’inflation, dans le cadre d’une transition progressive vers un régime de change plus flexible. Après une première étape de libéralisation du régime de change, l’année 2026 servira de période d’essai, avec l’appui technique du Fonds monétaire international, de la Banque mondiale et de banques centrales partenaires.

L’application effective de ce nouveau cadre interviendra progressivement à partir de 2027. Le wali a insisté sur la nécessité pour l’ensemble des acteurs économiques de bien comprendre les implications de cette transition, qui se fera par étapes et sans rupture brutale. À ce stade, la Banque centrale continuera de s’appuyer sur le format actuel de réunions trimestrielles, tout en renforçant la qualité et la granularité des statistiques nationales.

 

Croissance, inflation et équilibres extérieurs sous contrôle

Sur le plan macroéconomique, l’inflation devrait s’établir autour de 0,8 % sur l’ensemble de l’année 2025, avant de remonter à 1,3 % en 2026 puis à 1,9 % en 2027, convergeant progressivement vers l’objectif de stabilité des prix. L’inflation sous-jacente resterait contenue à court terme avant de s’accélérer graduellement à l’horizon 2027.

La croissance économique atteindrait 5 % en 2025, avant de se consolider autour de 4,5 % en moyenne en 2026 et 2027, portée par l’investissement et la dynamique des activités non agricoles. Les exportations progresseraient, soutenues par les phosphates et la reprise de l’industrie automobile, tandis que les recettes de voyages et les transferts des Marocains résidant à l’étranger continueraient de jouer un rôle stabilisateur pour les équilibres extérieurs.


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