Audrey Azoulay, l’UNESCO et l’après-2017 : Un mandat pragmatique, un relais africain et des chiffres qui parlent
LA VÉRITÉ
Huit ans après son arrivée, Audrey Azoulay laisse une UNESCO plus audible, mieux financée et recentrée sur l’action, malgré des critiques sur un style parfois jugé trop vertical et une concertation limitée avec les ONG et certains États membres. L’un des marqueurs de son mandat reste la capacité à renforcer les ressources dans un contexte géopolitique tendu, avec un budget annuel porté à environ 900 millions de dollars, alors même que la contribution américaine, longtemps suspendue, ne représente plus qu’une part relative de ses revenus. Ce redressement financier témoigne d’une diplomatie culturelle active et d’une diversification habile des bailleurs.
Le projet « Revive the Spirit of Mosul » a constitué la vitrine de cette méthode. Lancé après la libération de la ville irakienne dévastée par la guerre, il a incarné une approche intégrée mêlant patrimoine, éducation et cohésion sociale. Parmi les chantiers emblématiques figurent la mosquée Al-Nouri et son célèbre minaret Al-Hadba, ainsi que les églises Al-Tahira et Al-Saa’a, toutes deux gravement endommagées. Le programme, financé à hauteur de 115 millions de dollars par les Émirats arabes unis, l’Union européenne et une quinzaine d’États partenaires, a permis la réhabilitation de 124 maisons historiques, la rénovation de 404 salles de classe, la création de plus de 7 000 emplois locaux et l’ouverture d’un centre communautaire sur les rives du Tigre. L’UNESCO n’intervient pas en zone de guerre, mais son rôle en sortie de conflit s’est affirmé comme une force de reconstruction culturelle et sociale.
Sous la direction d’Audrey Azoulay, l’Afrique a également pris une place centrale. Le nombre de sites africains inscrits au patrimoine mondial est passé de 93 à 108 depuis 2018. Ce chiffre traduit une mobilisation croissante des États du continent, accompagnée par un soutien technique accru de l’UNESCO pour la constitution et la défense des dossiers d’inscription. L’organisation a aussi renforcé ses programmes de formation destinés aux experts africains afin de réduire les inégalités de représentation culturelle.
Parallèlement, la priorité donnée à l’éducation des filles et la réflexion internationale sur l’éthique de l’intelligence artificielle ont redéfini l’identité intellectuelle de l’organisation. En replaçant la question du savoir, du numérique et de la culture au cœur du multilatéralisme, Audrey Azoulay a redonné à l’UNESCO une légitimité intellectuelle que beaucoup pensaient perdue.
Le 6 octobre 2025, le Conseil exécutif de l’UNESCO a élu à une très large majorité l’Égyptien Khaled El-Enany, 54 ans, égyptologue et ancien ministre du Tourisme et des Antiquités, pour succéder à Audrey Azoulay. Soutenu par l’Union africaine et la Ligue arabe, il incarne la continuité d’une gouvernance tournée vers la coopération Sud-Sud et la représentativité culturelle mondiale. Son élection sera formellement entérinée lors de la Conférence générale de novembre, mais le signal politique est déjà fort : pour la deuxième fois consécutive, un Africain prend les rênes de l’organisation.
Quant à Audrey Azoulay, elle n’a encore annoncé aucun projet pour l’après-UNESCO. Plusieurs scénarios sont évoqués, entre retour à la diplomatie culturelle, engagement académique ou fondations internationales. Elle quitte toutefois l’institution avec l’image d’une dirigeante qui a su réhabiliter la valeur concrète du multilatéralisme culturel et replacer l’UNESCO au centre du jeu mondial.
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